Published on 22 septembre 2026

6 min

À Strasbourg, LFI dénonce le dépôt de tas de terre hostiles aux sans-abris d'un campement informel

#Communs

Les élus « insoumis » de Strasbourg déplorent l’aménagement fin août de buttes de terre au camp Krimmeri, destinées à empêcher les sans-abris d’installer des tentes. Ils estiment que la municipalité de Catherine Trautmann n’a pas agi pour les personnes à la rue malgré ses engagements. De son côté, la Ville assure être en recherche de solutions.

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Des buttes de terre empêchent l’installation de tentes dans le secteur du campement Krimmeri.

Les élus « insoumis » de Strasbourg déplorent l’aménagement fin août de buttes de terre au camp Krimmeri, destinées à empêcher les sans-abris d’installer des tentes. Ils estiment que la municipalité de Catherine Trautmann n’a pas agi pour les personnes à la rue malgré ses engagements. De son côté, la Ville assure être en recherche de solutions.

« Les politiques de solidarité devraient être ce qui nous réunit à gauche. Mais là, Catherine Traumann démontre la convergence du Parti socialiste (PS) avec la droite dans ses pires aspects. » Florian Kobryn, ancien candidat de La France insoumise (LFI) à la mairie de Strasbourg et désormais conseiller municipal d’opposition, emploie des mots durs contre l’exécutif socialiste et macroniste lundi 21 septembre. Lisa Farault, Halima Meneceur et Benjamin Kuntz, les trois autres élus du groupe LFI au conseil municipal se tiennent à côté de lui, devant des terrains vagues minés de buttes de terre près de l’arrêt de tram Krimmeri – Meinau.

Les élus « insoumis » au conseil municipal de Strasbourg, de gauche à droite : Florian Kobryn, Halima Meneceur, Lisa Farault et Benjamin Kuntz.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

De part et d’autres, une centaine de personnes ont installé des tentes ou de petits baraquements qui continuent de constituer un campement. Ce dernier a été démantelé et s’est reformé à proximité quatre fois depuis début 2024. Le 26 août, la Ville a déposé des dizaines de tas de terre avec du remblais et des bouts de verre sur deux emplacements qui ont accueilli des tentes. Ils se trouvent précisément sur deux espaces verts à côté des rails d’une petite impasse logistique sur le réseau CTS, qui permet notamment de stationner des trams en renfort lors des matchs au stade de la Meinau. Cette zone de retournement a justement été agrandie en 2026. Les sans-abris s’implantent sur les deux parkings environnant, entre une antenne du Secours populaire et le comité départemental de Basket.

Ces anciens espaces verts se situent à côté des rails du tram.

Des aménagements contre les réinstallations depuis 2017

Contactée, la municipalité déclare que ces tas de terre étaient là avant les travaux, et ont été remis en place « dans la même configuration qu’auparavant ». Mais elle ne répond pas sur les raisons pour lesquelles ses buttes ont été reformées. Rue89 Strasbourg avait publié une enquête en janvier 2025 qui identifiait, sur neuf secteurs qui ont été occupés par des sans-abris depuis 2017, cinq espaces verts où la Ville a pris des mesures pour empêcher des réinstallations. Les exécutifs de Roland Ries (PS) et de Jeanne Barseghian (Les Écologistes) invoquaient principalement des arguments liés à la sécurité ou la nécessité de ne pas dégrader des pelouses. Les Écologistes avaient effectivement déjà créé de petites bosses de terre dans le secteur du campement Krimmeri, expliquant notamment que des arbres au bord de l’eau menaçaient de tomber sur des tentes, mais sans détailler les raisons du blocage du secteur à côté des rails.

En janvier 2025, bien avant l’élection de Catherine Trautmann, Rue89 Strasbourg avait photographié des tas de terre dans ce secteur.Photo : TV / Rue89 Strasbourg

Lisa Farault revient sur les positions de la municipalité socialiste vis-à-vis des personnes sans hébergement :

« Nous avons fait voter en avril une motion du conseil municipal qui promettait un plan d’action et un groupe de travail réunissant les différents partis. Nous n’avons eu aucune proposition depuis. Nous envoyons régulièrement des courriers. À chaque conseil municipal, nous alertons sur le sujet et proposons des solutions. Nous avons demandé l’ouverture des écoles pendant la canicule pour que les personnes puissent être au frais, mais nous n’avons jamais eu de réponse. Nous avons proposé à Catherine Trautmann de visiter le camp, elle n’est jamais venue. »

« Du silence et des tas de terre »

Les élus « insoumis » rappellent que l’exécutif de Jeanne Barseghian avait fait condamner l’État pour son inaction en matière d’hébergement d’urgence. Le jugement est tombé le 28 juillet, après l’élection municipale. « Il n’y a eu aucune réaction de la part de Catherine Trautmann, on ne sait pas si elle va essayer de faire respecter cette décision, remarque Florian Kobryn. Pour l’instant, la seule réponse c’est du silence et ces tas de terre. »

Le camp Krimmeri est devenu un bidonville par endroits.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Anticipant une justification basée sur les dangers du passage du tram, Benjamin Kuntz considère que « la mise en place de barrières » autour des rails aurait été plus adaptée. « La seule action ne peut pas être un aménagement hostile. Il n’y a pas eu de communication auprès des personnes qui vivent ici. C’est une politique antisociale et xénophobe », estime Florian Kobryn.

La Ville réaffirme son engagement

« Nous demandons le retrait immédiat de ces butes et la mise à l’abri des personnes. L’hiver arrive, ajoute Halima Meneceur. La Ville doit utiliser tous les moyens possibles, la réquisition des logements vides, un arrêté anti-expulsion… »

Pour rappel, les adjoints à la maire Paul Meyer et Françoise Bey avaient évoqué lors d’un entretien avec Rue89 Strasbourg des annonces sur « des dispositifs d’hébergement nouveaux en septembre ou en octobre 2026 ». La municipalité précise être en recherche « de solutions adaptées, notamment à travers un recensement des logements vacants appartenant à la Ville et susceptibles d’être utilisés » et « un travail avec les services et les acteurs concernés ». « À l’approche de l’hiver, notre priorité est claire : nous ne voulons pas laisser des familles sans solution d’hébergement », s’engage la Ville.

En attendant, les occupants du camp Krimmeri sont en attente de solutions. Mobine et Mansur, âgés respectivement de 29 et 28 ans, sont venus d’Afghanistan et vivent sous les bâches depuis juin. Leur demande d’asile n’est toujours pas traitée mais ils sont censés obtenir un hébergement d’urgence, comme toutes les personnes qui en font la demande en France. Sauf que les centres d’hébergement dédiés sont saturés et que le numéro d’appel d’urgence (115) leur répond soir après soir qu’il n’y a pas de solution. « Des familles avec des enfants vivent ici », insistent ces deux peintres en bâtiment.

Mobine (à gauche) et Mansur (à droite) vivent au camp Krimmeri depuis juin.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

L’incertitude pour les habitants du camp

La situation ne risque pas de s’améliorer, étant donné les mesures de réduction de la politique d’hébergement d’urgence par l’État, à moins d’un changement complet d’orientation. En 2026, il prévoit de supprimer 822 places pour les ménages qui n’ont pas encore obtenu de titre de séjour.

Interrogés sur les actions de la municipalité pour le camp, Mobine et Mensur indiquent que « les services sociaux sont venus prendre des informations sur tout le monde ». Les deux Afghans assurent qu’ils n’ont aucune visibilité sur une éventuelle opération de relogement. Le campement Krimmeri reste donc leur meilleur solution puisque l’antenne du Secours populaire à proximité leur permet d’accéder à des services, des sanitaires ou de charger leurs téléphones.

Written by Thibault Vetter

Published on 22 septembre 2026

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