Catherine Trautmann et Nathalie Roos ont créé ensemble ce conseil.
« Créer de la valeur », « attirer les talents », « scorer » le territoire : avec son conseil métropolitain de l’économie, Catherine Trautmann emprunte les codes du monde de l’entreprise. La présidente de l’Eurométropole veut faire du développement économique l’un des axes majeurs de son mandat.
« Co-construction », « attractivité », « création de valeur », « orientations stratégiques », « process ouvert et transparent », « performance », « Net Promoter Score » : pendant près d’une heure mardi 9 juin, le vocabulaire de l’entreprise a largement supplanté celui des collectivités lors de la présentation du « conseil métropolitain de l’économie ». Annoncé pendant la campagne, cette nouvelle instance est présentée par la maire (PS) Catherine Trautmann comme un outil « inédit » destiné à « renouer le dialogue entre les élus et les entreprises du territoire ».
Autour de la maire de Strasbourg et présidente de l’Eurométropole, les représentants du Medef, de la Chambre de commerce et d’industrie, des chambres consulaires, du monde bancaire, de l’aéroport, du Port autonome ou encore de l’Université de Strasbourg étaient réunis pour le lancement de cette démarche qui veut replacer le développement économique et l’attractivité au cœur des actions de la municipalité.
« Créer de la valeur »
Pour piloter cette nouvelle instance, Catherine Trautmann a choisi de Nathalie Roos, ancienne cadre dirigeante dans des grands groupes internationaux comme Mars Chocolat et L’Oréal. La maire raconte l’avoir croisée trois fois le jour même où elle a déclaré sa candidature aux municipales. Les deux femmes engagent alors une discussion sur la manière de répondre à ce qu’elles décrivent comme un contexte économique difficile. Quelques mois plus tard, cette réflexion se matérialise sous la forme d’un conseil métropolitain de l’économie présenté comme une « instance permanente de dialogue, de coconstruction et d’orientation stratégique ».
Pour Catherine Trautmann, il n’y a pas d’autres solutions. Il faut « soit augmenter les impôts, soit créer de la valeur », résume-t-elle.

« L’attractivité était un gros mot »
« On a bifurqué d’une période où les termes de développement et d’attractivité étaient bannis », estime-t-elle. Pernelle Richardot, vice-présidente (PS) de l’Eurométropole chargée du développement économique, assure que la relation entre les collectivités et le monde économique se serait fortement dégradée durant le mandat des Écologistes. « Ce qui nous a marqué pendant la campagne, c’est le manque de confiance entre le monde économique et politique », explique ainsi l’élue. Pour elle, « le territoire est en défiance car l’attractivité était un gros mot ».
Un projet inscrit dans l’accord avec la droite
La création de ce conseil métropolitain de l’économie figure également dans le pacte de gouvernance conclu entre la majorité de Catherine Trautmann et les groupes de droite à l’Eurométropole. Un élément qui éclaire la cohérence politique de la démarche.
Pour prendre la présidence de l’Eurométropole, Catherine Trautmann a dû construire une majorité allant des socialistes jusqu’à la droite menée par Thibaud Phillips, (maire Les Républicains d’Illkirch-Graffenstaden) et Catherine Graef-Eckert (maire de Lingolsheim). Avec cette nouvelle instance, la présidente socialiste donne des gages à ses alliés politiques.

Le conseil de l’économie constitue l’un des quatre grands chantiers institutionnels mis en avant par Catherine Trautmann pour son mandat, aux côtés de la conférence des mobilités, de la conférence du logement et de la révision du plan climat.
« Un conseil d’administration » de l’Eurométropole
Nathalie Roos résume ainsi l’ambition du projet :
« C’est un conseil d’administration de l’Eurométropole avec des actionnaires qui sont des chefs d’entreprises de l’agglomération et qui vont être là pour donner les bonnes orientations stratégiques. »
Les élus et les fonctionnaires apprécieront la formule mais Nathalie Roos n’en est pas à sa première friction avec le monde des collectivités, ayant été élue conseillère régionale de 2010 à 2014 en charge du pôle compétitivité et emploi. Une charge qu’elle a ensuite abandonnée pour retourner dans le monde des affaires.
Le conseil économique réunira chefs d’entreprise, représentants patronaux, syndicats, chambres consulaires, universitaires, responsables d’infrastructures et acteurs institutionnels. Sa composition définitive sera arrêtée après « une grande enquête » lancée à l’été. « C’est comme dans un rêve pour quelqu’un qui a passé sa vie en entreprise », confie la cadre-dirigeante.
Les chefs d’entreprise appelés à « scorer » l’Eurométropole
Le premier chantier du conseil prend la forme d’une vaste consultation. Deux questions sont posées aux dirigeants dans une enquête en ligne : quels sont les blocages qui freinent leur développement ? Quelles opportunités permettraient de renforcer l’attractivité du territoire ? Les résultats seront traduits sous la forme d’un « Net Promoter Score » (NPS). Derrière cet acronyme, un outil de marketing largement utilisé par les entreprises pour mesurer la satisfaction de leurs clients.
Les chefs d’entreprise seront ainsi invités à « scorer » l’Eurométropole et à dire dans quelle mesure ils la recommanderaient à d’autres acteurs économiques. Le score obtenu deviendra ensuite un indicateur de référence permettant d’évaluer l’efficacité du conseil métropolitain de l’économie. Autrement dit, la performance des politiques publiques sera mesurée à l’aune de la satisfaction des dirigeants.
Une nouvelle instance dont le coût reste inconnu
Reste une question encore sans réponse : combien coûtera cette nouvelle structure ? Les moyens financiers nécessaires sont « en cours d’évaluation », répond Catherine Trautmann. La création d’une instance supplémentaire, dotée d’une gouvernance propre et d’un comité stratégique qui sera recruté dans le cadre d’un « process ouvert et transparent », interroge donc sur les priorités financières de la nouvelle majorité. Pour Catherine Trautmann, l’investissement sera minime et justifié. D’ici six à sept ans, le conseil métropolitain de l’économie devrait pouvoir s’enorgueillir d’avoir permis l’implantation ou le maintien « d’entreprises prospères », d’un « taux d’emploi élevé » et de « projets créateurs de valeur ».
La première réunion du conseil métropolitain de l’économie est attendue en octobre. Elle permettra de « scorer » si cette nouvelle proximité entre pouvoir politique et économique se traduit par de simples échanges ou par une influence mesurable sur les orientations de l’Eurométropole.