Published on 29 avril 2026

6 min

Muhammed Sabally, pêcheur de Gambie sans papier qui a sauvé une femme de la noyade à Bordeaux

#News

Le 22 avril dernier, Muhammed Sabally se jetait dans la Garonne pour porter secours à une jeune femme qui a tenté de se suicider. Arrivé en France en 2023, cet orphelin de 20 ans a quitté la Gambie peu après la disparition en mer de son père, marin-pêcheur. Suite à son acte de bravoure, il espère que les autorités françaises tiendront leur promesse de régulariser sa situation.

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Muhammed Sabally sous le pont Eiffel, où il a extrait une femme de l’eau (WS/Rue89 Bordeaux)

Le 22 avril dernier, Muhammed Sabally se jetait dans la Garonne pour porter secours à une jeune femme qui a tenté de se suicider. Arrivé en France en 2023, cet orphelin de 20 ans a quitté la Gambie peu après la disparition en mer de son père, marin-pêcheur. Suite à son acte de bravoure, il espère que les autorités françaises tiendront leur promesse de régulariser sa situation.

Il est 9 h, ce mercredi 22 avril, sur le quai des Sports à Bordeaux. Comme chaque matin, sur le sable du terrain de beach-volley, Muhammed Sabally fait ses exercices de sport. « J’aime commencer ma journée comme ça, je suis en forme pour la journée », confie ce jeune homme de 20 ans. Avec son 1,90 m et sa carrure de rugbyman, il est concentré sur ses efforts : des pompes, des flexions et de la sueur qui perle à chaque poussée.

Muhammed ne prête pas attention à l’agitation qui s’amorce de l’autre côté de la barrière, côté Garonne. Il est finalement surpris lorsqu’un chien se met à aboyer à ses côtés :

« Il faisait des allers-retours en aboyant de plus en plus en fort, jusqu’à ce que je comprenne que je dois le suivre, raconte le gaillard en mélangeant le français, qu’il maîtrise encore difficilement, et l’anglais. Quand j’ai regardé vers le fleuve, j’ai vu des gens crier et j’ai compris qu’il y avait quelqu’un dans l’eau. »

« Merci ! »

« Sans réfléchir », Muhammed enjambe la barrière et se met à courir vers le trinquet au bout du parc, suivant le sens de la marée montante. Il aperçoit un accès vers les berges qu’il emprunte et se jette illico à l’eau pour en ressortir aussitôt :

« Le courant était fort et la fille venait de passer à une dizaine de mètres devant moi et j’ai compris que n’allais pas pouvoir l’atteindre. Je suis remonté pour chercher un accès un peu plus loin. »

Il se remet à courir, gardant son objectif à l’œil après l’avoir dépassé. Il doit calculer la trajectoire depuis laquelle il pourra se jeter à l’eau, nager une dizaine de mètres jusqu’à cette personne qui se débat, et la saisir sans être emporté par le courant. Muhammed vise juste et atteint la jeune fille sous le pont Eiffel. Il l’entoure de ses grands bras et l’entraîne jusqu’aux berges vaseuses, où les attendent la police et les pompiers déjà prévenus.

« J’étais surpris par l’accueil ! dit-il en souriant. Tout le monde applaudissait et ça m’a soulagé. Les policiers sont venus me féliciter et l’un d’eux m’a dit que l’eau devait être froide et qu’il aurait jamais osé y aller. »

Et la personne qu’il a sauvée de la noyade ? « Elle m’a juste dit merci, juste ça. »

Muhammed Sabally sauve la fille de la noyade au niveau des piliers du pont Eiffel Photo : WS/Rue89 Bordeaux

Mineur non accompagné

La suite, la presse locale l’a relayée : tous deux sont pris en charge par les pompiers et conduits à l’hôpital. Muhammed Sabally présente quelques blessures aux pieds et aux bras, « des coupures en sortant de l’eau ». Il y passe tout juste 24 heures, le temps d’apprendre par la police que la personne sauvée, âgée de 18 ans, avait tenté de mettre fin à ses jours.

« C’est tellement triste d’apprendre ça, on n’a pourtant qu’une vie », dit-il.

À sa sortie, les policiers le félicitent une nouvelle fois pour son acte de bravoure et lui assurent qu’il sera aidé dans ses démarches de régularisation en France. Muhammed Sabally est en effet en situation irrégulière depuis son arrivée à Bordeaux, en décembre 2025.

Né en 2005 à Barra, ville située à l’embouchure du fleuve Gambie et de l’océan Atlantique, il quitte son pays natal, la Gambie, en 2023, à bord d’une pirogue avec une cinquantaine de personnes. Après sept jours de traversée, il accoste sur l’île espagnole de Tenerife, où il est pris en charge, encore mineur, par une ONG jusqu’à Madrid. Il quitte l’Espagne trois mois plus tard pour rejoindre Paris, où il dépose une demande d’asile.

Il est envoyé par la Préfecture de Paris vers Bordeaux. Son récépissé expire alors que le statut de réfugié lui est refusé.

Muhammed Sabally à son arrivée à Madrid en 2023 Photo : DR

« Le Français »

« Je suis né dans une famille de pêcheurs, l’eau ne me fait pas peur », raconte, sans vantardise, le jeune Gambien. Pourtant, un événement douloureux aurait pu devenir un traumatisme : la mort de son père, en 2019.

« Il était parti comme tous les jours à la pêche en mer avec sa pirogue. Un vent s’est levé de manière inattendue et mon père n’est plus jamais revenu. Tout le village parle encore de cette disparition, pas habituelle chez nous. »

Muhammed devient orphelin et est confié à sa grand-mère, sa mère étant décédée en 2009 d’une maladie incurable. Cette situation le plonge encore davantage dans la misère :

« J’avais quitté l’école avant le collège pour aider mon père à la pêche. Après je suis devenu pêcheur. Je rêvais de venir en France et je n’ai finalement pensé qu’à ça. »

Pourquoi la France ? « J’étais fasciné par ce pays. » Muhammed raconte qu’il admirait les touristes français dans son pays à qui il proposait de l’aide. « J’entendais parler le français et ça me faisait rêver ! Autour de moi, on m’appelait le Français… »

« Sauver les gens »

Avec le sourire, il évoque la France, « un pays magnifique ». Son quotidien est pourtant parsemé d’embûches : sans allocation, il bénéficie d’hébergements de façon aléatoire, dort parfois à la rue, et ne peut compter que sur le soutien des communautés sénégalaise et gambienne, et sur quelques petits boulots. Malgré son parcours éprouvant de migrant et l’issue négative de sa demande d’asile, Muhammed reste optimiste, avec l’enthousiasme de ses vingt ans.

« Je suis venu à Bordeaux parce que j’avais vu qu’il y avait un fleuve et la mer pas loin. J’étais très déçu en arrivant de constater qu’il n’y avait en fait aucune activité de pêche, moi je ne sais faire que ça. Mais je suis motivé pour apprendre un nouveau métier, devenir chauffeur de bus ou de tram. »

Muhammed ne perd pas espoir. « J’ai un don, confie-t-il, celui de sauver les gens. » Il raconte avoir repéré, quelques semaines plus tôt, une femme âgée errer à Saint-Michel et son intuition l’a poussé à l’aborder.

« Une personne âgée qui souffre de la maladie d’Alzheimer et qui était perdue. Je l’ai accompagnée jusqu’à son domicile où sa famille était très inquiète. Et, c’est incroyable, quelques jours plus tard je la retrouve à l’arrêt du tram Villenave-Pyrénées, pareil, toujours perdue, et je la ramène une nouvelle fois chez elle. »

Et quelles sont les nouvelles de la jeune fille sauvée de la noyade ? « Je ne sais pas, je ne connais même pas son nom, la police m’a dit qu’elle me tiendrait au courant. » Muhammed Sallaby dit espérer toutefois qu’elle n’a plus des idées suicidaires.

Written by Walid Salem

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Il a évité la noyade à une jeune femme de 18 ans en sautant dans la Garonne. Le Gambien Muhammed Sabally raconte son intervention salvatrice à Rue89 Bordeaux et espère qu'elle lui permettra de voir sa demande d'asile reconsidérée par la France. 

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