Published on 21 septembre 2026

7 min

Portfolio : « Non au permis de tuer », les familles de victimes en tête du cortège à Paris

#Libertés #Communs

Des familles de victimes aux associations de défense des droits, en passant par les syndicats et les partis de gauche, le 20 septembre a rassemblé à Paris – et dans de nombreuses villes françaises – un front large contre la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre. Dans le cortège, les visages, les noms et les slogans ont rappelé que derrière la bataille législative se joue aussi une lutte plus ancienne.

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Maxime Sirvins

Les familles de victimes en tête, la mémoire des morts au cœur du cortège. Dimanche 20 septembre, 21 000 personnes, selon la préfecture de police, ont marché à Paris contre la proposition de loi instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les policiers et les gendarmes. La mobilisation, portée notamment par Stop aux violences d’État (Save), le Comité Vérité pour Adama, des organisations de défense des droits humains, des syndicats et des partis de gauche, s’est également déployée dans de nombreuses villes en France.

Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet, le texte prévoit qu’après un tir, le respect des conditions d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité fixées par l’article L. 435-1 soit présumé, sauf preuve contraire. Le gouvernement assure que cette disposition n’élargit pas les conditions permettant aux forces de l’ordre de faire feu ; ses opposants craignent au contraire qu’elle complique l’établissement des faits et fasse peser davantage la recherche de la preuve sur les victimes et leurs proches.

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Tout au long du parcours, ce sont surtout les familles qui ont donné son sens à la marche : prises de parole depuis le camion de tête, banderoles portant les prénoms des morts, portraits et références aux affaires qui jalonnent l’histoire récente des violences policières. Une manière de rappeler ce que Samia El Khalfaoui expliquait avant la mobilisation : les familles avaient choisi d’ouvrir le cortège parce que, selon elle, leurs voix devaient être « portées par [leurs] voix ».

Les familles de victimes ouvrent la marche derrière la banderole unitaire « Non au permis de tuer », dimanche 20 septembre à Paris. Les organisateurs ont souhaité leur laisser le premier rang d’une mobilisation réunissant associations, syndicats, organisations de défense des droits humains et partis politiques.
Depuis le camion de tête, Samia El Khalfaoui, cofondatrice de Stop aux violences d’État et tante de Souheil El Khalfaoui, tué par un policier à Marseille en 2021, prend la parole pendant la manifestation. « Si on est tous ensemble aujourd’hui, c’est parce qu’il est question du droit à la vie et que le droit à la vie nous concerne tous. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’une manifestation de familles des victimes de violences policières. Il ne s’agit pas d’une manifestation isolée. Il s’agit d’une manifestation qui devrait nous concerner tous. »
À l’avant de la marche, des manifestantes avancent derrière la banderole unitaire. Au-dessus d’elles, une pancarte détourne un panneau de signalisation pour afficher « Attention, la police tue ». Dans le cortège, pancartes, banderoles ou t-shirts font revenir les noms des victimes.
« 730 000 signatures ignorées, démocratie en danger. » La pétition, lancée le 26 juin par Issam El Khalfaoui, père de Souheil, contre la proposition de loi, a finalement recueilli 732 086 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Malgré ce nombre, la commission des lois a décidé le 21 juillet de la classer sans suite. Un classement invoqué par les organisateurs pour expliquer le passage de la mobilisation en ligne à la rue.
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Des membres d’Amnesty International France défilent avec leurs pancartes « Non au permis de tuer de la police ». L’organisation fait partie du front constitué autour de Save. Lors des prises de parole, sa présidente, Anne Savinel-Barras, a replacé le débat autour du droit à la vie, de la nécessité et de la proportionnalité de l’usage de la force, mais aussi de l’obligation pour la police de rendre des comptes lorsqu’une personne est tuée ou blessée.
Les drapeaux de La France insoumise se mêlent aux pancartes. Plusieurs partis de gauche, particulièrement LFI, ont rejoint l’appel initié par les familles, les associations et les organisations du monde judiciaire.
Jean-Luc Mélenchon et plusieurs élus et responsables de La France insoumise ont pris part à la marche parisienne. La mobilisation rassemble ainsi, derrière les familles et les collectifs, des organisations politiques venues soutenir l’opposition au texte.
« Haine légale », « I can’t breathe », « La violence au nom de la loi » : au fil du parcours, les slogans dépassent la seule proposition de loi actuellement examinée. Une partie des manifestants rattache le texte à une critique plus ancienne des violences policières, du racisme et de l’usage de la force dans les quartiers populaires. Plusieurs prises de parole ont également demandé de revenir sur l’article L. 435-1 lui-même, créé en 2017.
« Siamo tutti antifascisti ! » À Paris, la préfecture de police a comptabilisé 21 000 participants. Au niveau national, le ministère de l’Intérieur en a recensé près de 49 000. Derrière les chiffres, la manifestation rassemble des générations et des organisations très diverses autour d’un mot d’ordre commun : empêcher l’adoption définitive de la proposition de loi qui devrait arriver prochainement au Sénat.
À mi-parcours, sur les marches de l’Opéra Bastille, une œuvre monumentale de l’artiste Jaeraymie est déployée par Save. Elle appartient au projet itinérant 435-1 m’a tué·e, composé de sept peintures à l’huile qui abordent différents aspects de l’article L. 435-1 : son cadre juridique, la fabrication des récits autour des tirs, les familles, la survie ou encore l’impunité dénoncée par l’association.
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Un manifestant porte sur le visage le viseur rouge devenu l’un des motifs graphiques de la mobilisation « Non au permis de tuer ». Décliné sur les tee-shirts, affiches et banderoles du mouvement, il matérialise visuellement le sujet qui traverse la marche : l’usage de l’arme à feu par les forces de l’ordre.
Sur une publicité, l’affiche officielle de la marche et l’inscription « La police vous hait ».
« Violences policières, résistances populaires. » Entre Bastille et Nation, une grande banderole suspendue au-dessus du parcours accompagne le passage du cortège.
Dans la fumée d’un fumigène : « Contre cette loi, ACABlante, non au permis de tuer. » Elle résume le ton plus offensif d’une partie du cortège. Aux messages préparés par les organisations signataires se mêle une jeunesse qui élargit la contestation à une critique plus globale de l’institution policière.
Avant une charge, un manifestant torse nu brandit une pancarte « Légitime violence ». Sur son corps, le viseur rouge de la mobilisation accompagne les noms de Nahel et d’Adama. Jusqu’alors largement calme, la manifestation connaît, avant Nation, une séquence plus tendue.
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En fin de manifestation, des heurts éclatent et les forces de l’ordre chargent au milieu des gaz lacrymogènes. Ces violences restent toutefois marginales au regard des quatres heures de marche.
Une personne blessée au visage est prise en charge par des streetmedics, avant d’être évacuée à l’hôpital. Elle a été touchée par un coup de matraque.
Derrière un tambour, la banderole de l’association Red Jeunes porte ces mots : « Votre loi, nos morts », entourés des prénoms de victimes. Elle résume le récit que les familles ont voulu imposer ce 20 septembre 2026. Derrière une bataille parlementaire, rappeler les morts auxquels elles rattachent leur combat contre l’article L. 435-1 et contre la nouvelle présomption. « La première loi existe déjà, elle tue déjà », a martelé Assa Traoré lors des prises de parole, appelant à ne pas limiter la mobilisation au seul texte actuellement discuté.
Written by Maxime Sirvins

Published on 21 septembre 2026

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Par Thylan Brissy 
Ce sont les dernières auditions du procès dit des "passeurs" : deux réfugiés afghans sont poursuivis pour avoir "rendu service à un ami", disent-ils, en hébergeant des victimes du naufrage du 24 novembre 2021. Politis revient sur les témoignages de Zar Mohamad S. et Shahed M., rencontrés quelques années plus tôt dans un centre d’hébergement après avoir fui les talibans.

 

Une nuit d’août 2022, sur un parking de la banlieue lyonnaise, des policiers ont abattu deux jeunes hommes au volant d’une voiture volée. Quatre ans après, l’enquête se poursuit alors que l’Assemblée nationale a d’adopté en première lecture une loi présumant légal tout tir policier. Rue89 Lyon raconte cette affaire marquée par des images de vidéosurveillance manquantes, des expertises balistiques contradictoires et des profils de victimes caricaturés dans les médias.

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