Published on 30 mars 2026

4 min

Les angles morts de la République

#Pouvoirs

Alors que de nouveaux visages accèdent aux responsabilités municipales, une mécanique habituelle se remet en marche : minimisation des attaques racistes, focalisation sur des polémiques secondaires, et silence politique embarrassé. Derrière les discours officiels sur l’égalité républicaine, une hiérarchie implicite des indignations continue de structurer le débat public.

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Le polémiste Michel Onfray sur le plateau de CNews, le 28 mars 2026.

Il suffit parfois d’observer ce dont on ne parle pas pour comprendre ce qui dérange vraiment. Dans le brouhaha médiatique, certains faits glissent entre les lignes, comme s’ils ne méritaient ni urgence ni gravité. Le racisme visant plusieurs maires récemment élus, souvent jeunes, souvent racisés, souvent issus de territoires populaires, appartient manifestement à cette catégorie d’invisibles.

Le cas de Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, est emblématique. À peine élu, il s’est trouvé confronté à des attaques dont la violence symbolique dépasse largement le cadre de la critique politique classique. Sur CNews, le psychologue Jean Doridot s’est cru autorisé à convoquer une pseudo-anthropologie douteuse, évoquant « l’homo sapiens » et la figure du chef tribal.

Sur le même sujet : « J’ai pris conscience que la démocratie, c’était pas que pour les autres »

Dans la même veine, le polémiste Michel Onfray a parlé de « mâle dominant », ramenant l’exercice d’un mandat démocratique à des imaginaires primaires, sinon racialement connotés. Que ces propos aient pu être tenus sans susciter une indignation politique massive interroge. Où sont les condamnations fermes ? Où est cette vigilance que l’on nous présente, à juste titre, comme non négociable dès lors qu’il s’agit d’autres formes de racisme ?

Lorsque Jean-Luc Mélenchon évoquait un antisémitisme « résiduel », la classe politique s’était immédiatement dressée pour dénoncer ses mots. Mais face aux attaques visant des élus racisés, le silence domine ou, pire, la minimisation.

Dans le même temps, l’attention médiatique se concentre ailleurs. Quelques installations de conseils municipaux, parfois plus animées que de coutume, deviennent des sujets en boucle. Les images tournent, les commentaires s’enchaînent, et une narration s’impose : celle d’élus insoumis supposément violents. La disproportion est flagrante. Des incidents marginaux occupent l’espace public, tandis que le racisme structurel dont sont victimes ces élus reste relégué à la marge, traité comme un épiphénomène, sinon ignoré.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est de savoir si la République accepte pleinement sa propre diversité.

Ce deux poids deux mesures n’est pas nouveau, mais il devient ici particulièrement visible. Sur la question de l’antisémitisme, et c’est heureux, aucune ambiguïté n’est tolérée. Les mobilisations sont massives, les condamnations immédiates. Mais pourquoi cette exigence s’effrite-t-elle dès qu’il s’agit d’autres formes de racisme ? Pourquoi la solidarité républicaine semble-t-elle à géométrie variable ?

Asymétrie

Cette asymétrie se retrouve jusque dans les réactions internationales. Ces derniers jours, Netanyahou a empêché le patriarche de célébrer les Rameaux à Jérusalem-Est. Une situation sans précédent. Les pays occidentaux ont rapidement condamné cette décision, Emmanuel Macron en tête. Même Giorgia Meloni, pourtant considérée comme proche de Netanyahou, a convoqué l’ambassadeur d’Israël à Rome. Dans le même temps, l’interdiction faite aux musulmans d’accéder à leurs lieux de culte à Jérusalem-Est, notamment à la mosquée Al-Aqsa, pendant le ramadan n’a suscité aucune condamnation. Là encore, la hiérarchie implicite des indignations interroge, et fragilise l’universalité proclamée des principes.

Sur le même sujet : Fascisme : Le Figaro contre les historiens

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est de savoir si la République accepte pleinement sa propre diversité. Les élus racisés ne demandent pas de traitement de faveur. Ils demandent simplement que les attaques dont ils sont la cible soient reconnues pour ce qu’elles sont, et combattues avec la même détermination que toutes les autres formes de racisme.

À défaut, c’est une fracture démocratique qui se creuse. Car en tolérant l’intolérable, en hiérarchisant les indignations, on envoie un message dangereux : celui d’une République qui protège mieux certains de ses enfants que d’autres. Pendant ce temps-là, dans les municipalités RN nouvellement élues, on retire les drapeaux européens des mairies et on fait la chasse aux pauvres et aux étrangers. Mais ça, tout le monde s’en fout…

Written by Pierre Jacquemain

Published on 30 mars 2026

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#News

Lumière, sécurité et propreté… Thomas Cazenave veut « agir vite » pour ses débuts, un « faux départ » selon l’opposition

Published on 09/04/2026 à 22:00

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Pour son premier point presse, le nouveau maire de Bordeaux dévoile une première salve de quinze mesures censées produire des effets visibles d’ici l’été. Éclairage public, sécurité, propreté : le nouvel exécutif lance une série d’actions sans en détailler les coûts. Dans un communiqué publié dans la foulée, l’opposition écologiste dénonce un « faux départ ».

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Par Léna Rosada

Une loi qui a pour prétexte de lutter contre "les formes renouvelées de l'antisémitisme" et à laquelle beaucoup reprochent de porter une possibilité de censure. Alors que l'Assemblée nationale examine la proposition de loi Yadan, Politis fait le point et éclaire les alternatives possibles.
Les 75 millions de volailles du Pays de la Loire sont les premières consommées par les Français·es. Mediacités tire le portrait d'une production qui prend son ·tournant agro-industriel et qui façonne de plus le territoire.

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Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  

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