Published on 10 septembre 2026

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Penser la prison à l’aune de l’écologie

#Écologie #Communs

Les convergences entre mouvements écologistes et opposants à la prison restent encore à construire. Et s'avèrent d’autant plus importantes à l’heure où la prison se prête largement au greenwashing.

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Vladimir Zuhovitsky / Unsplash

Cet été, les vagues de canicule ne se sont pas arrêtées aux portes des prisons. Dans un contexte de durcissement des conditions de détention et d’augmentation continue du nombre de prisonnier·ères, marqué notamment par un accès limité aux douches et aux ventilateurs ainsi que par des températures extrêmes dans les cellules, plusieurs décès de détenus ont été rapportés.

Aux États-Unis, la surmortalité des prisonnier·ères en raison de la chaleur est bien documentée.

Compte tenu du changement climatique, je plaide ici pour que la prison soit pensée également comme une question écologique. Je le fais depuis une perspective de critique radicale de la prison, celle de l’abolitionnisme pénal, qui considère que la prison n’est pas une réponse adéquate au phénomène social du « crime » et que ses effets néfastes sont nombreux. Mes réflexions s’appuient principalement sur la criminologie verte, ainsi que sur la situation aux États-Unis. Elles n’en sont pas moins, à bien des égards, transposables ailleurs.

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Les prisons constituent des environnements toxiques. Certaines sont implantées sur des sites pollués, mais leur toxicité tient souvent aux conditions de vie à l’intérieur, notamment en matière d’air (par exemple, l’exposition au tabagisme passif), d’eau, d’éclairage et de nuisances sonores. Aux États-Unis, en particulier au Texas, la surmortalité des prisonnier·ères en raison de la chaleur est bien documentée et a donné lieu à d’importants contentieux judiciaires.

Les personnes détenues sont particulièrement exposées aux catastrophes dites « naturelles ». En France, les évacuations liées aux inondations des prisons d’Arles (2003), de Draguignan (2010) ou de Saintes (2023, 2026) en témoignent. L’évacuation de celle d’Orléans-Saran, en 2016, seulement deux ans après son ouverture, avait d’ailleurs ravivé la polémique sur sa construction en zone inondable. L’exposition supérieure des prisonnier·ères aux risques environnementaux est bien connue aux États-Unis et elle est une déclinaison du racisme environnemental.

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Convergences

Les prisons polluent. Elles contribuent à l’étalement urbain et à l’artificialisation des terres, et les exemples sont nombreux de constructions d’établissements ayant entraîné déforestation et destruction d’habitats de nombreuses espèces. À cela s’ajoutent une production importante de déchets et des risques accrus de pollution des eaux, particulièrement pour les prisons de grande taille. La recherche a ainsi mis en évidence la contribution de l’incarcération de masse au changement climatique.

Alors même que les personnes détenues sont souvent considérées comme les « déchets » de la société, la prison se verdit.

Alors même que les personnes détenues sont souvent considérées comme les « déchets » de la société, la prison se verdit (recours aux énergies renouvelables, panneaux solaires, etc.) et elle cherche de plus en plus à se présenter comme un acteur de la transition écologique. Les prisonnier·ères constituent en outre une main-d’œuvre largement mobilisée par l’industrie du tri et du recyclage.

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D’un point de vue politique, les convergences entre mouvements écologistes et opposants à la prison restent encore à construire. Mais on a pu les voir à l’œuvre dans le mouvement contre la construction de la prison d’Haren (Belgique) et, aux États-Unis, dans des initiatives remarquables, comme Defend the Forest (Atlanta, Georgie) et Fight Toxic Prisons. Cette convergence est d’autant plus importante à l’heure où la prison se prête largement au greenwashing (1). Construire toujours plus de prisons, qu’elles soient « vertes » ou non, ne nous sauvera pas de la destruction de l’environnement. Mais cette question fera peut-être l’objet d’une prochaine chronique.

Ou « écoblanchiment » : technique qui consiste à donner une image trompeuse de responsabilité écologique.

Written by Gwenola Ricordeau•

Published on 10 septembre 2026

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Par Virgil Bauchaud

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