Mark Zuckerberg a dévoilé mercredi la nouvelle génération de lunettes connectées issues du partenariat entre Meta et Ray-Ban : lancées à 800 dollars, elles inaugurent un écran dédié à l’affichage d’informations ainsi qu’un bracelet permettant un contrôle sans contact. Énième gadget ou révolution à venir dans les usages ?
Près de quinze ans après l’annonce des fameuses Google Glass, premières du nom, l’heure des lunettes connectées serait-elle enfin venue ? Une chose est sure : Mark Zuckerberg a plaidé, ou plutôt prêché, leur cause avec conviction, mercredi 17 septembre, lors de la présentation des « Meta Ray-Ban Display », la dernière évolution en date des montures bardées d’électronique que Meta développe depuis 2021 en partenariat avec EssilorLuxottica, maison mère du fabricant des célèbres Wayfarer. Si ces dernières embarquent de vraies nouveautés, et se présentent à un tarif (799 dollars) accessible à défaut d’être abordable, leur intégration au sein d’une gamme plus large souligne que Meta n’a sans doute pas encore trouvé la martingale optique…
Des lunettes avec écran intégré et bracelet EMG
Voici donc venir les Meta Ray-Ban Display, dont l’un des verres embarque un affichage capable de se superposer à l’entourage immédiat de l’utilisateur. Objectif annoncé ? Fournir des informations contextuelles (un guidage GPS pas à pas), identifier automatiquement des objets ou des personnes dans le champ de vision et, bien sûr, répondre aux requêtes formulées par l’utilisateur. « Posez une question, voyez la réponse », clame Meta dans l’une de ses vidéos promotionnelles. Sans surprise, les possibilités associées à l’IA sont régulièrement invoquées.

Couplé à la caméra embarquée dans la monture des lunettes, cet écran doit également permettre de visionner un cliché (pour en vérifier le cadrage) ou de zoomer lors de la prise de photos, de voir l’interlocuteur avec qui on est en train de converser, d’obtenir une traduction en temps réel de la conversation en cours ou d’afficher les paroles de la chanson qu’on écoute. Pour ce faire, Meta exploite un écran (projeté sur le verre) de 600 x 600 pixels qui offrirait des angles de vision de l’ordre de 20 degrés, un rafraichissement de 90 Hz et une luminosité capable de varier de 30 à 5000 nits.
« Pour concevoir les Meta Ray-Ban Display, il nous a fallu trouver un équilibre entre offrir des visuels immersifs et permettre de rester connecté à son environnement. L’écran est décalé sur le côté pour ne jamais gêner votre vue. Il ne reste pas allumé en permanence : il est pensé pour des interactions courtes, entièrement sous votre contrôle. Il ne s’agit pas de fixer un téléphone sur votre visage, mais de réaliser rapidement vos tâches quotidiennes sans interrompre votre quotidien », explique Meta.

Les premiers essais réalisés outre-Atlantique s’accordent à dire que la qualité de cet affichage est une bonne surprise. Il serait à la fois net et lisible, même si l’exercice de va-et-vient entre l’écran et le monde extérieur n’est pas forcément un exercice naturel au premier abord. Le caractère très dirigé de la projection rendrait par ailleurs l’écran invisible aux yeux extérieurs, qu’ils soient en face du porteur ou à ses côtés.
L’autre grande nouveauté de ces lunettes consiste en un bracelet baptisé Neural Band, qui exploite le principe de l’électromyographie (EMG) pour permettre un contrôle par gestes, sans qu’il soit nécessaire d’établir un contact physique ou visuel entre les lunettes et la main de l’utilisateur. Ainsi, un simple pincement de doigts de la main qui porte le bracelet est censé permettre de sélectionner un élément à l’écran, tandis qu’un pincement suivi d’une rotation du poignet augmente ou diminue le volume, etc. Sur scène, Mark Zuckerberg a également montré qu’il était possible de taper un message texte sans autre accessoire que ce bracelet.
Pour Victoria Song de The Verge, c’est la combinaison de ces deux éléments, affichage et interface de contrôle distante, qui fait la différence par rapport aux précédentes générations de lunettes connectées, en ceci qu’elle autorise de « vrais » scénarios d’usage, et sa réflexion se tient : on se voit mal faire défiler un affichage à tâtons en glissant la main sur sa branche de ses lunettes, mais s’il est possible de le faire d’un simple pincement de doigt, alors on peut imaginer parcourir un flux Instagram en toute discrétion ?
Lancées à 799 dollars, en France en 2026
Les Meta Ray-Ban Display disposeraient d’une autonomie d’environ six heures en utilisation mixte, en sachant qu’elles disposent d’un capteur photo de 12 mégapixels et de 32 Go de stockage, le tout dans des montures de seulement 69 grammes, qui se montreraient relativement agréables à porter, bien que plus lourdes que des lunettes « passives ». Un boitier capable d’assurer quatre cycles de recharge des lunettes les accompagne.
Meta semble considérer que ses lunettes sont suffisamment abouties pour mériter un lancement grand public : la firme annonce ainsi une disponibilité le 30 septembre aux États-Unis, avec un prix de lancement fixé à 799 dollars, et un réseau de distribution étendu, incluant de grandes enseignes comme Best Buy (électronique) ou Sunglass Hunt (lunettes de soleil), mais aussi l’opérateur Verizon. Le Canada, la France, l’Italie et le Royaume-Uni devraient quant à eux être servis « début 2026 ».
Sur le plan logiciel, Meta annonce la prise en charge de WhatsApp, Messenger, Instagram, Spotify, Audible, iHeart, Google Calendar, Outlook, Shazam et Amazon Music. Reste à voir ce que donneront un agenda professionnel ou un email sur un écran miniature de la sorte ?
Un petit effet Bonaldi des familles
Dans sa communication, Meta met l’accent sur la possibilité (et peut-être la nécessité) de tester ces nouvelles lunettes connectées avant de s’en porter acquéreur. Une précaution oratoire que l’on peut interpréter comme une marque de confiance (c’est tellement bien que vous repartirez avec), mais aussi comme une forme de prudence, sur une famille de produit qui n’a jamais jusqu’ici trouvé de débouché grand public.
La présentation réalisée mercredi par Mark Zuckerberg aura sans doute donné du grain à moudre aux sceptiques : le patron de Meta a en effet vécu quelques longues minutes de gêne sur scène. Il lui a ainsi fallu s’y prendre à trois reprises pour réussir à prendre un appel vidéo. Quelques instants plus tôt, c’est un chef cuisinier, convoqué sur scène pour illustrer la façon dont l’IA de Meta pouvait le guider dans sa recette via les lunettes, qui s’est trouvé confronté à un logiciel ignorant ses questions.
Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, s’en est expliqué sur Instagram. D’après lui, le problème est survenu parce que la commande vocale censée lancer les interactions avec l’IA ne s’est pas limitée à actionner les lunettes portées par le chef sur scène : elle aurait fait réagir toutes les paires de lunettes présentes dans le bâtiment, ce qui aurait engorgé le serveur de développement utilisé pour isoler le processus le temps de la conférence. « Et tout ça n’est pas arrivé pendant les répétitions parce que nous n’avions pas autant de gens avec des lunettes dans le bâtiment », conclut-il.
Un modèle sport avec Oakley
Officiellement, pas de quoi doucher l’enthousiasme de Meta en matière de lunettes connectées. L’entreprise appelle d’ailleurs les éditeurs de logiciels intéressés par l’écran des Ray-Ban Display à se manifester pour accéder au futur kit de développement dédié.
Meta a par ailleurs dévoilé mercredi un autre modèle de lunettes connectées, dépourvues d’écran cette fois, mais toujours dotées d’une caméra et pensées pour un contrôle à la voix, à la façon des actuelles Meta Ray-Ban. Cette fois, l’entreprise prolonge l’association déjà conclue avec Oakley (également propriété d’EssilorLuxottica), marque bien connue des sportifs pour ses solaires et masques de ski. Les Oakley Meta Vanguard débarqueront le 21 octobre outre-Atlantique, au prix public de 499 dollars, et permettront de filmer, d’écouter de la musique, ou de dialoguer avec l’application Meta AI tout en faisant du sport.
À ces deux concepts (lunettes avec caméra et IA, lunettes connectées avec écran), Meta en ajoute un troisième, dévoilé à l’été 2024 : les lunettes Orion dédiées cette fois à la réalité augmentée. Toujours au stade de prototype, celles-ci n’ont pas été abandonnées. « Nous continuons à travailler sur une version grand public de notre prototype Orion que nous avons présenté à Connect l’année dernière, alors restez à l’écoute », promet Meta.
Le marché est-il déjà là ?
Avec leur écran et leur bracelet, les Ray-Ban Display constituent une promesse plus ambitieuse, mais aussi plus onéreuse, que les actuelles lunettes connectées de la marque, dont le prix démarre, en France, à 329 euros.
Reste à savoir si ces dernières ont déjà trouvé leur public ? Meta ne communique pas de chiffre de ventes précis sur sa collaboration avec EssilorLuxottica (dont il détient 3% du capital depuis le mois de juillet). Le groupe italien a quant à lui déclaré en février dernier, par l’intermédiaire de son CEO, qu’il avait franchi le seuil des 2 millions d’exemplaires vendus à fin 2024. Depuis, la tendance semble positive.
Dans ses résultats pour le premier semestre 2025, il affirme ainsi enregistrer un chiffre d’affaires trois fois supérieur à celui de l’année précédente sur le segment des « lunettes IA ». « La croissance de Ray-Ban Meta reste solide, soutenue par une pénétration accrue et une distribution élargie », écrit le groupe, qui a lancé ses lunettes connectées dans plusieurs nouveaux pays au printemps.
Chez Meta, les aventures liées à la réalité virtuelle et à ses différentes incarnations matérielles se révèlent particulièrement couteuses, avec plus de 60 milliards de dollars de pertes cumulées. Le groupe reste néanmoins très investi dans la course à la VR. Si l’événement de mercredi était centré sur les lunettes connectées, Meta a d’ailleurs présenté la version alpha de Meta Horizon Studio, une suite d’outils de développement dédiée à la création de mondes virtuels et nourrie à l’intelligence artificielle générative.
« Si la réalité virtuelle offre et continuera d’offrir certaines des expériences les plus profondes et les plus magiques que l’IA puisse rendre possibles, nous savons également que les lunettes apporteront une superintelligence personnelle dans nos vies d’une manière radicalement différente », déclare Meta, selon qui lunettes et casques VR participent au même « changement de paradigme ».
Google et Snap également sur le pont
Bien que le marché soit encore confidentiel, le sujet des lunettes connectées mobilise d’autres grands acteurs du Web, dont Snap (éditeur de Snapchat), qui a présenté en septembre 2024 la cinquième génération de ses lunettes à réalité augmentée, les Spectacles, parfois abrégées en « Specs », en réservant toutefois leur commercialisation aux développeurs. Une façon implicite d’admettre, sans doute, que le produit n’est pas encore suffisamment abouti pour que ces lunettes, elles aussi dotées d’une caméra, s’installent comme un objet incontournable du quotidien.
Evan Spiegel, CEO de Snap, se dit néanmoins convaincu de leur potentiel. « Une paire de lunettes peut remplacer de nombreux écrans. Notre système d’exploitation, personnalisé par le contexte et la mémoire, prend de la valeur au fil du temps, écrit-il dans une lettre aux actionnaires datée du 8 septembre dernier. Les lunettes nous permettent de dépasser les limites des smartphones, de dépasser la concurrence féroce et d’entamer une transformation générationnelle vers une informatique centrée sur l’humain. »

Google est également de la partie, a minima avec un environnement dédié aux appareils de réalité virtuelle ou augmentée, Android XR. S’il doit à terme pouvoir équiper des lunettes, ce dernier devrait cependant d’abord prendre corps au travers d’un casque de réalité virtuelle élaboré par Samsung, dont la présentation pourrait intervenir d’ici la fin du mois.
Au dernier décompte réalisé par IDC, les ventes combinées de lunettes connectées et de casques de réalité virtuelle ou augmentée devraient représenter 14,3 millions d’unités en 2025, un volume en hausse de près de 40 % sur un an. IDC estime que Meta aurait raflé quelque 60 % de marché au deuxième trimestre, loin devant les concurrents que sont Xiaomi, XREAL, RayNeo et Huawei, dont les ventes émanent quasi exclusivement du marché chinois. Le cabinet estime que le marché devrait continuer à croitre pour atteindre 43,1 millions d’exemplaires vendus en 2029. « Les lunettes sans écran devraient toujours dominer le marché, dans la mesure où elles devraient constituer un point d’entrée abordable vers le marché de l’IA à porter sur soi », pronostique IDC.

