Recherche scientifique Macron annonce
Les agents du CNRS s’alarment d’une nouvelle coupe budgétaire : « On assiste à un net désengagement de l’État ». La France est-elle en train de suivre le chemin tracé par Donald Trump aux États-Unis ? Nous sommes en tout cas à contre-courant de la Chine qui renforce ses investissements dans la recherche.
« Ce qui se joue n’est pas un ajustement budgétaire. C’est une rupture », explique le texte signé par 735 agents du CNRS, dont 540 directrices et directeurs d’unité.
Le PDG de l’organisme de recherche, Antoine Petit, a annoncé récemment en interne que « le cabinet du Premier ministre a demandé au CNRS de présenter un budget rectificatif incluant une diminution des prévisions de dépenses de 20 M€ afin de conserver une trésorerie non fléchée de quelques dizaines de millions d’euros en fin d’exercice 2026 ». Dans ces 20 millions d’euros, 13,5 sont pris sur les dépenses des laboratoires, 6,5 sont économisés sur des investissements immobiliers.
Il a donné cette information aux salariés du CNRS quelques semaines après avoir été reconduit en tant que PDG, cette fois par intérim. Antoine Petit a épuisé la possibilité d’être de nouveau pleinement à la tête de l’organisme de recherche après avoir été nommé deux fois par Emmanuel Macron à ce poste. Mais la nomination de son successeur prend plus de temps que prévu dans ce contexte de baisse drastique de financement de la recherche.
Ponctionné de plus d’un demi-milliard d’euros en 2 ans
Car si Antoine Petit annonce une baisse de 20 millions d’euros, celle-ci n’est pas la première. Le texte des agents du CNRS la remet en contexte : « En l’espace de deux ans, le CNRS a vu son budget et sa trésorerie ponctionnés de plus d’un demi-milliard d’euros, du fait notamment de charges nouvelles décidées par le gouvernement qui ne sont pas compensées ».
« Contrairement à une idée répandue, les budgets des laboratoires ne financent pas une abstraction. Ils permettent de travailler. Ils servent à acheter des équipements, à mener des expériences, à accueillir des doctorantes et doctorants et des jeunes chercheuses et chercheurs, à échanger avec des collègues étrangers, à faire vivre une communauté scientifique. Les réduire, c’est arrêter concrètement des recherches », expliquent-ils.
À Challenges, Antoine Petit affirme que « jusqu’à présent le CNRS avait trouvé des marges de manœuvre permettant ne pas répercuter la contrainte budgétaire sur les moyens financiers alloués aux laboratoires, mais c’est désormais malheureusement impossible ».
Un collectif de directeurs de laboratoire de mathématiques a publié une tribune dans Le Monde mardi 14 avril dans laquelle il s’alarme de cette réduction supplémentaire de 20 millions d’euros. « De manière très concrète, en mathématiques, le budget qui a déjà été versé aux laboratoires pour 2026 sera ponctionné de plus de 8 %. […] Un quart de l’exercice 2026 est déjà écoulé et les engagements prévus sont brutalement remis en cause ».
Désorganisation et désengagement aux États-Unis et en France, investissement en Chine
L’année dernière, aux États-Unis, l’administration Trump avait chargé le DOGE de couper dans le budget des agences scientifiques en les désorganisant brutalement et en poussant la NASA, la NOAA ou encore la National Science Foundation à licencier massivement.
Dans leur tribune, les mathématiciens du CNRS constatent qu’en France aussi, « on assiste à un net désengagement de l’État. Cette situation touche aussi les universités et l’ensemble des organismes de recherche » en dépit de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche votée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron qui devait « mieux financer et évaluer la recherche publique, améliorer l’attractivité des métiers de la recherche et replacer la science dans une relation ouverte avec toute la société », expliquent-ils.
Ils ajoutent que « la recherche publique est un investissement pour le futur, dont il faut assumer le caractère imprévisible ». « La diminution du budget du CNRS renforce encore, dans le financement de la recherche, le poids des appels à projets, ciblés et peu ouverts à l’inattendu », expliquent ces chercheurs en mathématiques.
Ils pointent aussi que « pendant qu’en France, l’État impose une baisse drastique des budgets de ses fleurons de la recherche, la Chine […] annonce une hausse de 10 % du budget gouvernemental consacré à la recherche scientifique ».
Fin 2023, le président de la République avait voulu reprendre la main pour une énième réforme du milieu de la recherche publique qui devait tout chambouler en transformant les organismes scientifiques en « agences de programmes » et renforcer ainsi le poids de la gestion de la recherche par les appels à projets. Si leurs directions ont mis en place des changements pour aller dans ce sens, aucun texte de loi n’a finalement éclairci la nouvelle orientation voulue par Emmanuel Macron.
Mais ces coupes dans les budgets récurrents des infrastructures scientifiques et l’obligation de passer par des appels à projets poussent toutes les équipes de recherche à fonctionner avec des bouts de ficelle administratifs : « Avec la baisse de 10 %, il va nous manquer 3 000 euros pour payer le contrat de travail de six mois qu’on a fait à un jeune postdoctorant. Ceux qui avaient encore des crédits dans notre unité vont être solidaires et nous prêter l’argent au détriment d’autres projets », explique l’océanographe et directrice de recherche au CNRS Katell Guizien à Reporterre.
