C’est une interview comme on a l'impression d'en voir chaque semaine chez Frédéric Haziza. Et pourtant, celle-ci a un petit truc en plus. Dans son émission diffusée sur Radio J, l'animateur recevait ce dimanche 5 juillet Jean Quatremer. Tous deux partageant la même haine non-dissimulée à l'égard de LFI, cela pouvait difficilement mal se passer. Le résultat ? Un entretien de 47 minutes qui va bien au-delà de nos espérances et à la fin duquel toutes les cases du bingo des obsessions médiatiques réactionnaires sont cochées.
se désole pour commencer le journaliste de Je suis désolé de dire qu'aujourd'hui c'est inaudible par les jeunes qui ont moins de 50 ans. Ils savent pas ce que c'est, ils se rendent pas compte de ce que ça a été,
Libé à propos de la Shoah
.
Ils n'ont peut-être pas la mémoire, la culture, l'histoire,
complète Haziza qui ne semble pas non plus avoir mis son nez dans un programme scolaire depuis longtemps.
C'est après 18 minutes d'interview que la longue charge anti-LFI et anti-palestinistes
(sic) commence, dans le sillage d'une nouvelle tirade où Quatremer se plaint des jeunes
qui parlent de génocide à tout bout de champs sans savoir ce que c'est qu'un génocide, ce que ça implique en terme de mise en œuvre, en terme de volonté politiq
ue". Puis : Aujourd'hui vous voyez qu'une partie de cette jeunesse considère que tous les Juifs de la planète sont responsables des éventuels crimes qui ont été commis à Gaza mais c'est complètement dingue !.
On notera au passage ce très prudent éventuels.
La faute à qui ? À La France Insoumise bien sûr : Je pense que c'est une faillite de l'éducation d'abord et on a laissé sans doute l'éducation aux mains de gens qui pensent comme les gens de LFI
. Il fustige ensuite tout en nuance une haine de soi,
le wokisme
, le décolonialisme.
Bref "tout se mélange.
"J'emmerde LFI" et apparemment un peu moins le RN ?
Radio J, 5 juillet 2026
Haziza décide ensuite de passer à l'offensive :À vous entendre, à entendre vos chroniques sur LCI et à lire vos papiers dans Libé, vous paraissez fasciné par Israël. C'est le cas ou pas ?
. Sont alors fustigés à leur tour celles et ceux qui nient le droit à l'existence d'Israël, à
grand renfort de point Godwin (Même du temps de l'Allemagne nazie, il ne venait à l'idée de personne de dire qu'il fallait faire disparaître l'Allemagne
).
Arrive ensuite l'accusation d'antisémitisme (curieusement, c'est le seul État dont on nie le droit à l'existence
). Si jamais des jeunes nous écoutent, qu'ils comprennent qu'il y a deux millions d'arabes qui vivent en Israël avec les mêmes droits que les Israéliens
insiste l'européiste. Tant pis pour la nuance, et surtout pour les faits.
S'ensuivent près de trente minutes d'entretien où nos deux "journalistes" déroulent tranquillement leurs obsessions communes : les collègues de Quatremer à Libé
qui désapprouvent vivement ses prises de position de plus en plus réactionnaires et outrancières ? C'est juste qu'ils ne supportent pas
qu'il puisse dire qu'Israël a le droit d'exister, que la lutte contre l'antisémitisme est fondamentale parce que ça met en question le pacte républicain
. Qui exactement à Libé
tient cette position ? On ne le saura pas. Ce qui est sûr, selon lui, c'est qu'une partie de la rédaction
ne supporte plus le dissensus
assure celui qui semble pourtant particulièrement absent des discussions collectives comme en témoignent plusieurs de ses collègues ici ou là.
Viennent les VRAIES questions. Vous êtes la cible de campagnes d'une violence extrême. Comment vous vivez ça ? Est-ce que vous êtes à l'aise à Libération, ou est-ce que vous n'en pouvez plus ? Et est-ce que vous considérez que vous pouvez quand même y rester ?
. Quatremer décrit alors des campagnes qui obéissent toujours au même schéma
et - ô surprise ! - qui partent toujours de… La France insoumise. Ensuite ? Une réaction d'une partie du personnel de Libération via la Société des journalistes, voire le comité d'entreprise, à chaque fois c'est la même chose
. Bref, Quatremer est victime de la meute des vilains insoumis de Libé (qui reste visiblement à relativiser largement) : C'est extrêmement difficile, je vous le cache pas, c'est très difficile de travailler avec des gens qui expliquent dans des tweets qu'ils ont honte d'être avec vous,
poursuit-il en référence à ce tweet de son collègue Vincent Coquaz.
Honte d'être avec quelqu'un qui lutte contre l'antisémitisme, honte d'être avec quelqu'un qui est contre la discrimination, honte de travailler à côté de quelqu'un qui veut faire du journalisme et du vrai journalisme et pas de l'idéologie, et ben la vache, c'est pas facile hein !
, ironise l'éditorialiste qui officie sur LCI. Ce n'est évidemment pas pour ses mèmes islamophobes, pour ses tweets accusant de manière fallacieuse ses confrères, pour ses multiples prises de parole outrancières, diffamantes, ou pour ses chroniques fondées sur des citations tronquées, que Jean Quatremer exaspère une bonne partie de la rédaction de Libé.
Comme ASI le rappelait en mars dernier, en citant un courrier interne de la Société des journalistes et personnels de Libération (SJPL), Quatremer n'a pas hésité, en outre à qualifier le chercheur Nedjib Sidi Moussa d'"égorgeur" (en 2024), son (et notre) collègue Daniel Schneidermann, de "crétin malfaisant", ou encore Rima Hassan de "Rima Hamas".
Petite respiration teintée de poncifs réacs (à gauche, c'est la permanence dans l'erreur
; la guerre à Gaza aura été une faillite journalistique mondiale
- pas dans le sens que vous imaginez), avant que la charge anti-LFI ne monte d'un cran : Faut que les choses soient extrêmement claires, voilà et j'emmerde LFI et je le dis franchement, voilà, il y a un moment il faut qu'ils arrêtent
. "Ah vous emmerdez LFI ?", se frotte les mains Haziza.
Régalade et IA dégénérée
Radio J, 5 juillet 2026
En boucle
Oui, c'est le premier parti antisémite de France.
Quatremer n'a pas peur de mettre les pieds dans le plat et... de réhabiliter au passage le RN : Ce parti que j'estime largement aussi dangereux voire plus dangereux que le Rassemblement National.
Pour vous le plus dangereux c'est LFI ?
insiste Haziza. "Aujourd'hui la façon dont LFI parle, ils me font peur
. Et le RN ? Moi je suis un opposant farouche au Rassemblement national...
MAIS ? Mais le RN ne dit pas comme Mélenchon vient de le faire récemment là dans une interview avec Frédéric Lordon où il vous explique qu'il va mettre la presse au pas, qu'il va créer un service public de l'information
.
Quatremer est clair : pour lui, LFI c'est un parti d'extrême droite
. Pas suffisant pour Haziza qui relance un parti facho ?.
Raté, Quatremer se contente d'un ils sont dangereux
.
Puis nos deux éditocrates évoquent l'affaire Erner (racontée ici par ASI, commentée ici par Daniel). L'occasion d'affirmer pour Quatremer que les syndicats de journalistes censés défendre les travailleurs
sont totalement aux ordres de LFI.
Les preuves ? On n'est visiblement pas là pour ça.
Haziza n'en a pas eu assez sur LFI, alors il re-re-re-relance : Et alors LFI, c'est quoi ? C'est un parti rouge-vert, c'est de l'alliance entre l'extrême gauche et les islamistes, rouge-vert ?.
Mais c'est pas de l'extrême gauche encore une fois
radote Quatremer qui ne croit même plus dans le terme islamogauchiste
car ces gens ont abandonné toutes les valeurs de la gauche
. On glisse sur un débat colorimétrique : Ces gens ne sont sont pas rouge-vert. C'est des noirs-verts, si vous voulez.
On y est presque... Noirs... c'est quoi ? Noir... c'est la couleur des fachos...
rebondit Haziza. Ouais, c'est des fascistes
. Hallelujah, il l'a dit !
Encore une dernière relance peut-être ? C
es gens-là, les Manon Aubry, Mélenchon, Panot, Bompard, Rima Hassan, Caron, ils sont le nom de quoi aujourd'hui ?
reformule encore Haziza. L'antisémitisme,
lâche Quatremer. C'est bon, c'est dans la boîte. Mais quand même, pour être bien sûr sûr, une dernière pour la route : Qu'est-ce qui vous fait le plus peur aujourd'hui ? Est-ce que c'est LFI ou est-ce que c'est Le RN ? Est-ce que c'est Mélenchon ou Le Pen et Bardella ? Et 2027, Le Pen - Bardella, Le Pen - Mélenchon, vous faites quoi ?.
Quatremer refuse de choisir entrela peste et le choléra
mais tout de même, ce dont il est sûr et certain c'est qu'il ne votera en aucun cas LFI, ça c'est clair
carils nous menacent déjà vous et moi de nous déporter.
Où ça ? On ne le saura pas.
La démarche de M. Haziza s'apparente à l'intention de nuire avec une posture militante,
avait déclaré le CDJM suite à une saisine à propos d'une vidéo diffusée sur X par le journaliste. On pourrait difficilement en faire meilleure démonstration que ce dimanche 5 juillet, où le nom de Mélenchon a été cité 23 fois et celui de LFI 30 fois. Voilà un entretien rondement mené. On peut se dire à la semaine prochaine.
