Publié le 16 septembre 2026

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5 min

Un tabou médiatique : les crimes d’Israël

#Actu

L’affaire Adèle Haenel met en évidence la difficulté de regarder la réalité du conflit israélo-palestinien en face.

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Guillaume Deleurence

Les téléspectateur·ices qui regardent « La Grande Librairie », le mercredi sur France 5, connaissent l’exercice. En guise de conclusion, Augustin Trapenard demande à l’un ou l’une de ses invité·es de prendre sa place et de dire, « droit dans les yeux », un court texte imaginé pour cette seule circonstance. Ce 9 septembre, le journaliste a cédé son fauteuil à la comédienne Adèle Haenel, autrice récente d’un premier livre (1). Celle-ci est connue pour sa parole franche (litote) et une irrépressible façon de casser les codes de la bonne société médiatique. Elle n’a pas déçu. Je n’en retiens ici que les mots qui ont fait scandale : « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. »

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Viser juste / L’Arche Éditeur.

Cette censure peut aussi nous inspirer une réflexion sur la place qu’occupe Israël dans la droitisation de notre paysage médiatique.

Holà Adèle, comme tu y vas ! « Génocide », « Israël », « sanctions », on n’est pas loin de l’apologie du terrorisme. France Télévisions a illico effacé de son site le replay de toute l’émission. Au passage, tant pis pour les autres invité·es, dont les auteurs et autrices d’un ouvrage collectif (2) écrit en réaction à la mainmise de Bolloré sur Grasset. Honni soit qui mal y pense ! Télérama a obtenu de la direction de la chaîne publique une explication : il n’y avait pas de contradicteur pour « contrebalancer » le propos d’Adèle Haenel. Nos amis d’Arrêt sur Images soulignent le double standard que pratiquent désormais les médias de service public, et l’extrême mauvaise foi des explications fournies.

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La grande évasion / Collectif des États généreux / Buchet-Chastel.

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Cela peut aussi nous inspirer une réflexion sur la place qu’occupe Israël dans la droitisation de notre paysage médiatique. Rappelons pour les mémoires défaillantes que le mot « génocide » a été validé par Amnesty International, de nombreuses ONG, et par la rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, autrice en mars 2024 d’un rapport intitulé « Anatomie d’un génocide ». Adèle Haenel ne l’a pas inventé. Il y a longtemps que la vie, au sens biologique du terme, est attaquée à Gaza, comme le montre encore Naza, le documentaire primé à la Mostra de Venise (3).

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Le film a été jugé comme « un acte de trahison » par le ministre de la Culture israélien, qui demande la déchéance de nationalité pour leurs deux réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor.

Mais la comédienne a poussé un peu plus loin le bouchon. Elle a appelé à des sanctions. Sa parole venait le jour même où précisément douze pays, dont la France, le Canada et le Royaume-Uni, ont imposé à Israël des sanctions sur les produits venus de Cisjordanie. Aurait-elle été exaucée ? Loin de là, car si ces dispositions ne sont pas sans effets, elles procèdent toujours de la même logique. Il s’agit de donner à voir des sanctions qui contournent la question de la responsabilité du gouvernement israélien. C’est la faute de Ben-Gvir et des colons fanatisés, jamais à l’armée d’un État, jamais au Premier ministre.

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Le génocide à Gaza comme l’épuration ethnique en Cisjordanie ne seraient donc aucunement l’accomplissement méthodique d’un projet historique. C’est pourtant de cela qu’il s’agit comme le documente avec force l’enquête de l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem publié le 14 septembre. C’est ce « système politique » dénoncé par l’ONG que l’Union européenne, Paris et quelques autres capitales ne veulent pas voir. Seule, sans doute, une rupture franche et assumée de l’accord d’association qui traite Israël en parangon de vertu démocratique aurait des effets immédiats.

La défense avouée ou inavouée de la politique coloniale israélienne fait partie aujourd’hui du corpus idéologique de la droite et de l’extrême droite.

On ne méconnaît pas les bonnes ou mauvaises raisons de cette dérobade : de probables représailles de Trump qui se vengerait sur l’Ukraine, et un déchaînement des principales organisations juives pro-israéliennes sur le thème de l’antisémitisme, mais aussi d’une grande partie du paysage politique. Car voilà sans doute le fond du problème. La défense avouée ou inavouée de la politique coloniale israélienne fait partie aujourd’hui du corpus idéologique de la droite et de l’extrême droite. De Le Pen à Hollande. À la croisée des chemins, on trouve par exemple Aurore Bergé, ministre, mais aussi présidente du groupe d’amitié France-Israël, qui refuse obstinément de qualifier de raciste la théorie du « grand remplacement ».

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Il y a dans tout cela une grande cohérence qui nous fait voyager du Proche-Orient jusqu’au cœur d’une classe politique qui n’aura pas grand mal à s’adapter à Marine Le Pen en cas de malheur. Les médias de service public s’y préparent aussi. À Radio France, on embauche le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles ; sur France 5, on « cancelle » Adèle Haenel. Cette affaire met une nouvelle fois en évidence la centralité du conflit israélo-palestinien dans nos débats. Non seulement pour ce qu’il est, mais aussi pour ce qu’il représente comme point de ralliement politique. Avec ses tabous et ses dérives.

Par Denis Sieffert•

Publié le 16 septembre 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Virgil Bauchaud

La révélation par Mediapart des messages antisémites de Jordan Bardella peut-elle faire dévisser le RN ? Pour les spécialistes interrogés dans Politis, la base électorale restera acquise à l'argumentaire anti-immigration du parti. L’incertitude réside plutôt du côté des nouveaux·elles électeur·rices.

 

Cette affaire a parfois été accueillie avec étonnement dans les médias dominants. Arrêt sur images décrypte dans son émission hebdomadaire comment s'est installé le mythe de la "dédiabolisation" du parti à la flamme. Dans cette lignée, Reflets dépoussière les vieux dossiers et ressort des mails d’électeurs FN envoyés à Jean-Marie Le Pen à l’entre deux tours 2002. Le racisme et l’antisémitisme y sont omniprésents.

#Extrême droite

Affaire Bardella : la « dédiabolisation » du RN à l’épreuve, mais pour quel électorat ?

Publié le 01/10/2026 à 16:11

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Branle-bas de combat au Rassemblement national (RN). Alors que le parti à la flamme forme pour la première fois un groupe au Sénat et franchit une étape dans sa « dédiabolisation », le média d’investigation Mediapart met à l’épreuve la « stratégie de la cravate ». Dans une enquête intitulée « Les banques sont toutes détenues par des juifs : Jordan […]

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