L’emplacement prévu pour l’usine de Pure Salmon au port du Verdon, à quelques mètres de la plage familiale La Chambrette (WS/Rue89 Bordeaux)
L’autorisation environnementale, signée par la préfète de la Gironde, constitue l’une des dernières étapes administratives du projet de 275 millions d’euros. Contesté depuis plusieurs années, il est validé au nom de l’intérêt économique, mais assorti de nombreuses prescriptions et d’un suivi renforcé. Les opposants annoncent le dépôt d’un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux.
La décision était attendue depuis plusieurs semaines. Elle est tombée en plein cœur de l’été. La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a signé, lundi 3 août, l’arrêté préfectoral d’autorisation environnementale permettant la réalisation du projet Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. Annoncé mardi par la préfecture, ce feu vert ouvre la voie à la construction d’une ferme aquacole industrielle destinée à produire jusqu’à 10 000 tonnes de saumon par an grâce à un système d’élevage en circuit fermé.
Après le permis de construire délivré au printemps et les avis favorables de la commission d’enquête publique puis du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst), le projet franchit ainsi une étape administrative décisive.
L’État assume un choix économique
Dans son communiqué, la préfète justifie sa décision en mettant en avant « plusieurs enjeux d’intérêt général ». L’État souligne la reconversion d’une friche industrialo-portuaire au Verdon-sur-Mer, la création d’emplois – un investissement estimé à 275 millions d’euros et 250 emplois directs promis – mais aussi la volonté d’accueillir « la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99 % ».
« La décision intervient au terme d’une longue instruction », insiste la préfecture, rappelant que le dossier a été examiné par l’ensemble des services de l’État, soumis à la consultation du public puis modifié à la suite des réserves formulées par la commission d’enquête publique. Celles-ci « ont conduit à faire évoluer le projet », affirme-t-elle.
Malgré les nombreuses critiques qui entourent le dossier, la préfecture insiste sur le caractère particulièrement encadré de cette autorisation.
« L’autorisation délivrée par la préfète est assortie de prescriptions environnementales particulièrement exigeantes qui encadreront aussi bien la phase de travaux que l’exploitation de l’installation », précise le communiqué.
Les conditions de la préfète
Les prescriptions imposées à Pure Salmon concernent aussi bien les travaux que l’exploitation future du site. Elles portent sur la surveillance de la qualité de l’air, la protection des ressources en eau, le suivi des prélèvements dans les nappes souterraines, le contrôle des rejets dans le milieu naturel, la biodiversité, les espèces protégées, les nuisances sonores, les odeurs, les émissions lumineuses, les risques industriels et la gestion des déchets.
L’un des points les plus sensibles concerne les ressources en eau. Les prélèvements prévus dans les nappes feront l’objet d’un suivi permanent, avec trois points de contrôle définis après expertise du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières).
Autre mesure notable : l’usine ne pourra pas atteindre immédiatement sa pleine capacité. La préfète impose « une montée en puissance progressive », chaque étape de production étant conditionnée aux résultats des suivis environnementaux. En cas de non-respect des prescriptions, l’État affirme qu’il pourra imposer des mesures correctives, voire bloquer la poursuite du développement.
Une commission de suivi de site sera également créée. Elle réunira les services de l’État, les collectivités, les associations environnementales, les représentants de la gestion de l’eau et des espaces naturels, notamment le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis.
Un projet qui divise depuis plusieurs années
Avec toutes ces précautions promises, cette décision parviendra-t-elle à mettre un terme à la polémique ? Depuis son annonce, Pure Salmon cristallise une opposition qui a dépassé les frontières de la commune. L’enquête publique avait enregistré plus de 20 000 contributions, très majoritairement défavorables, venant de toute la France.
Associations environnementales, collectifs citoyens, pêcheurs, élus locaux, artistes et scientifiques ont multiplié les critiques sur les prélèvements d’eau, les rejets dans l’estuaire, la consommation énergétique du site, les risques pour la biodiversité ou encore le modèle d’élevage intensif.
L’Ifremer lui-même, sans s’opposer au projet, avait souligné que si la technologie de recirculation d’eau (RAS) était désormais bien maîtrisée, un élevage de cette taille constituait un véritable changement d’échelle, avec encore peu de références opérationnelles dans le monde.
La décision intervient également dans un contexte politique confus. Au printemps, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’était déclarée « pas favorable à titre personnel » au projet, tandis que le ministre chargé de l’Industrie estimait au contraire qu’il n’existait aucune raison de s’y opposer. Par ailleurs, une proposition de loi du 18 mars 2025 visant à instaurer un moratoire sur les fermes-usines de saumons est toujours en attente au Parlement.
Les opposants dénoncent une décision « irresponsable » après le feu de Gironde
Les collectifs opposés au projet Pure Salmon n’ont pas tardé à réagir après l’annonce de l’autorisation préfectorale. Dans un communiqué commun, Seastemik, La Fraie sauvage, Estuaire 2050, Pays royannais environnement et Usines de Saumons Non merci, dénoncent une décision qu’ils jugent « irresponsable », prise « deux jours après la fin du méga-feu qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde », alors que le département reste confronté à des tensions sur la ressource en eau.
« La Gironde brûle, la Gironde a soif et un méga-élevage de saumons serait “d’intérêt général” ? », interrogent-ils, estimant que ce feu vert « révèle un décalage majeur entre l’urgence écologique vécue sur le territoire et les choix industriels validés par l’État ».
Les opposants contestent notamment les arguments avancés pour justifier le projet, comme la reconversion d’une friche industrielle, la création d’emplois ou la souveraineté alimentaire. Ils alertent sur les besoins en eau de la future ferme aquacole et sur ses impacts potentiels pour l’estuaire de la Gironde et la nappe de l’Éocène.
« La Préfète ignore les avis défavorables de l’ensemble des instances scientifiques compétentes et méprise les demandes de dialogue des élus et professionnels locaux », estime Esther Dufaure, co-fondatrice et co-directrice de Seastemik.
Pour les collectifs, « c’est un fiasco, une catastrophe annoncée pour l’estuaire ». Ils annoncent désormais le dépôt d’un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux.
