Publié le 19 septembre 2026

3 min

"L'infiltré" : la chasse aux sources est ouverte

#Actu

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Il est 21 h 15, sur CNews, le 14 septembre. Gauthier Le Bret, animateur de l'émission 100% Politique, accueille ses collaborateurs du média Frontières, Jules Torres et Erik Tegnér - on ne dit plus "invités", puisqu'ils sont présents continuellement sur ses plateaux, celui-ci comme celui du matin, 100% Frontières. Ce soir-là, chez Le Bret, on discute de l'enquête de Libération sur l'obsession bling-bling de Jordan Bardella, dont le député Rassemblement National Sébastien Chenu déplorait, sur CNews le matin-même, qu'elle ait été alimentée par des sources au sein de son parti. "Les cadres du RN parlent-ils à Libération ?" se demande le bandeau de la chaîne bolloréenne. La réponse est "oui, tous les politiques parlent aux journalistes politiques", mais cela a beau être une évidence pour toute personne sensée, ça ne l'est pas pour les génies de CNews. "Aller parler à un journal qui, en plus, vomit le Rassemblement national, Sébastien Chenu a raison, ça ne me semble pas très intelligent", déclare Gauthier Le Bret. "C'est typiquement le genre d'information qu'on peut lire, demain, dans les colonnes de l'Infiltré !"

L'Infiltré, c'est le nouveau "média" (guillemets nécessaires) que lance la bande de Frontières le 29 septembre prochain. Le Monde n'y va pas par quatre chemins : L'Infiltré est "une nouvelle machine de guerre idéologique". Au service de l'extrême droite, bien entendu : Tegnér, directeur éditorial, promet de "concentrer les investigations" sur le "bloc central" et LFI. "Quant aux méthodes employées, les limites pourraient être repoussées à l'extrême", note le quotidien du soir : "« On peut savoir beaucoup de choses sur un homme politique dans le monde de la transparence », menace Erik Tegnér, qui dit se référer à « la presse anglo-saxonne »." Mais la "presse anglo-saxonne" - terme peu précis - respecte elle aussi quelques principes journalistiques. Notamment celui de ne pas griller les sources des confrères, encore moins enquêter sur celles-ci comme le ferait une police politique.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : "Dans les colonnes de l'Infiltré, on peut lire qu'untel balance sur Jordan Bardella à Libération ?" demande Le Bret le 14 septembre sur CNews. Et Erik Tegnér, qui depuis ses débuts dans Livre Noir en 2021 fait du journalisme comme un poisson ferait de la bicylette, répond avec enthousiasme : "Bien entendu !" Il explique : "Il faut comprendre que Libération mène une véritable guerre face à la droite." Et souligne que les "militants LFI", eux, "ne vont pas parler à des journaux comme Frontières, Valeurs actuelles". Pour Tegnér, le fait que des élu·es RN puissent parler à Libération - ce qui, en réalité, prouve que le sérieux du travail des journalistes de Libé est reconnu au-delà du bord politique du journal - serait "donner de l'info à l'adversaire". "Donc, en effet, le 29 septembre [dans l'Infiltré], on va pouvoir parler de ce genre d'éléments."

L'"adversaire" : le mot est lancé. L'Infiltré ne compte pas faire du journalisme : il compte faire la guerre, y compris, voire surtout, aux médias qui, eux, auraient l'idée saugrenue de respecter des principes tels que le secret des sources, la véracité des faits ou pire, le contradictoire. Tegnér a même précisé au Monde qu'"un budget, au montant confidentiel, est provisionné pour d'éventuels procès". Derrière l'Infiltré, il y a la société éditrice de Frontières, nommée Artefakt, dans laquelle, depuis 2025, investit Lagardère News, contrôlée par Vincent Bolloré. Aucune surprise, bien sûr, à ce que Bolloré soutienne Tegnér : pro-russe, pro-Orbàn, pro-Zemmour, condamné en première instance pour avoir divulgué les données personnelles d'avocats (il a fait appel), Tegnér et son équipe sont de parfaits petits propagandistes. Leurs "adversaires" ? Ce seront tous les journalistes qui font leur boulot avec sérieux et indépendance. Vincent Bolloré place ses pions pour 2027. La meilleure chose à faire pour le combattre ? Abonnez-vous à du vrai journalisme, soutenez les médias indépendants, rejoignez La Presse Libre.

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