Publié le 16 mai 2026

4 min

Caroline Fourest, Matthieu Pigasse et l'esprit "Charlie"

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"Radio Nova, il en a fait Radio Gaza, et maintenant Radio Dieudonné." Nous sommes le 12 mai, sur LCI, et l'éditorialiste Caroline Fourest a la parole dans l'émission 24h Pujadas. Le "il" en question, c'est Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe de médias Combat, dont fait partie Radio Nova. Et Radio Nova, donc, est au coeur d'une actualité brûlante : dans le cadre de l'émission humoristique La Dernière, animée par Guillaume Meurice et sa bande, l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré a fait une blague.

Sa chronique avait pour sujet l'Eurovision, et sa blague était la suivante : l'Eurovision, dit Barré, est "l'événement dans tout l'univers dont [il] n'a le plus rien à foutre". "Je dirais, en 1) l'Eurovision, en 2) la candidature de François Ruffin, et en 3) le cancer de Gabriel Attal", listait-il, en précisant que ce cancer n'existe pas, mais qu'il s'en ficherait tout autant s'il était réel. "Si je devais choisir entre regarder l'Eurovision est le spectacle de Sophia Aram... Je me suiciderais", ajoute Barré, en s'agaçant de la façon qu'a eu Aram de parler du génocide à Gaza en mettant des guillemets autour du mot génocide. Ce qui lui fait conclure : "Sophia, je te souhaite de devenir daltonienne et de traverser au feu rouge !" Barré répondait par avance aux critiques : "C'est violent, mais elle, elle met des guillemets à un vrai génocide, alors je peux bien lui mettre une Kangoo imaginaire dans la gueule." Phrase importante, mais que Fourest ne reprend pas sur LCI.

On appréciera ou non l'humour noir : il ne s'agit que d'un humoriste qui fait une blague. C'est, après tout, son travail. Il faut dire que les humoristes de Radio Nova se paient régulièrement la tête de Sophia Aram, mais aussi de son amie du Printemps républicain Caroline Fourest : c'était déjà le cas, en octobre dernier, d'Akim Omiri dans son émission La Riposte, sur le biais pro-israélien de l'éditorialiste. Elle avait déclaré que la situation à Gaza est "un enfer pour les journalistes" - pas les journalistes palestinien·nes, qui sont assassiné·es à tour de bras, mais bien les journalistes français qui doivent faire face à un "torrent de manipulations", les pauvres : autant dire qu'Omiri n'avait pas grand chose à faire pour la tourner en dérision.

Fourest, dont le lot de casseroles rendrait millionnaire un ferrailleur, consacre donc son édito chez Pujadas à rendre Matthieu Pigasse responsable de la blague d'un humoriste, dans une émission où les humoristes répètent à chaque épisode qu'ils ont été embauchés pour dire ce qu'ils veulent. C'est vrai, ça : ils ont cru quoi ? Que le Printemps républicain défendait la liberté d'expression ? Qu'il était Charlie ?

"Pigasse, c'est le Bolloré de Mélenchon", dit-elle, tellement fière de sa formule qu'elle l'a placardée en Une de sa feuille de chou néo-réac, Franc-Tireur. Un article de l'hebdomadaire décrit la "stratégie" de Radio Nova : "La même que celle de LFI : polariser, radicaliser et jouer la carte « Gaza » pour draguer l'auditeur comme on drague l'électeur." Et Franc-Tireur n'est pas seul à alimenter la "polémique Radio Nova". Il y a bien sûr les médias Bolloré, qui ont sauté sur l'occasion pour demander l'annulation du partenariat entre Radio Nova et la Mairie de Paris, mais aussi Quotidien, dont le chroniqueur Julien Bellver, qui s'émeut des parodies faites par un humoriste de la Riposte des figures médiatiques d'extrême droite Jordan Florentin et Alice Cordier.

Matthieu Pigasse, explique Caroline Fourest sur LCI, "veut mettre les titres qu'il contrôle au service d'une lutte politique contre l'extrême droite". Et ça, Caroline Fourest, ça l'embête un peu, parce qu'il faut reconnaître que lutter contre l'extrême droite, c'est une bonne cause, elle le dit elle-même. "On peut se dire : «Après tout, la cause est noble, pourquoi pas ?» Sauf que la méthode, c'est mauvais pour la polarisation", dit-elle sur le plateau de Pujadas. "Je pense que c'est mauvais pour les médias d'en faire des outils au service d'une ligne politique."

Elle n'a pas tort, mais cela pose plusieurs questions. Tout d'abord, quid de Franc-Tireur, outil au service de la ligne politique du Printemps républicain ? Ensuite, si la cause est noble, faut-il donc s'attaquer à Pigasse, ou peut-être plus directement (c'est une idée au hasard) aux médias qui servent d'outils à la ligne politique des partis d'extrême droite ? Ou mieux encore, faire en sorte de protéger les médias des projets politiques des milliardaires quels qu'ils soient, en œuvrant pour une meilleure régulation contre la concentration des médias, et pour une meilleure visibilisation des médias indépendants ?

Par Pauline Bock

Publié le 16 mai 2026

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