Sur le modèle du violentomètre, outil de sensibilisation aux violences conjugales, des militantes handi-féministes ont élaboré le « validistomètre », pour prendre en compte les violences de personnes « valides » envers celles en situation de handicap.
« Le validisme imprègne l’ensemble de la société, pourtant il reste une des oppressions les moins conscientisées ». C’est le constat que dresse Laetitia Rebord, paire-aidante basée à Illkirch-Graffenstaden. Elle-même atteinte d’une maladie neuromusculaire rare, elle accompagne professionnellement d’autres personnes en situation de handicap dans leur santé sexuelle, avec son entreprise Sexpair. À partir de son vécu et de ce qu’elle a pu entendre en consultation, elle a planché sur l’élaboration du « validistomètre ».
Ce document se présente sous la forme de trois zones de couleur, du vert au rouge écarlage en fonction du degré de danger de la relation, et un rappel des numéros d’urgence. Il reprend les codes du « violentomètre » utilisé pour mesurer l’état des relations conjugales et que l’on peut voir affiché dans certains lieux publics.
Un outil collectif et inclusif
Laetitia Rebord a pensé cet outil avec des militantes du collectif les Dévalideuses et Chiara Kahn, autrice et journaliste handi-féministe paraplégique. Ces femmes ont développé le validistomètre à partir des différences entre leurs handicaps. « Ça n’est pas complètement exhaustif, sinon ça ferait 35 pages », plaisante à moitié Laetitia Rebord. Les militantes ont voulu le rendre le plus accessible possible aux personnes avec un handicap visuel. Un format audio devrait aussi voir le jour.




Publié le 8 mars, le validistomètre a été diffusé à divers organismes et institutions. « Même les plannings familiaux se sont rendu compte qu’ils n’y avaient pas pensé », rapporte Laetitia Rebord. « Si par exemple il y a un projet de création d’outil pour aider au niveau des violences, on voit bien qu’on est le public auquel on va penser en dernier. On a l’impression d’être moins considérées en général, même dans le féminisme », regrette la paire-aidante. Le collectif espère néanmoins réussir à diffuser massivement le nouvel outil de sensibilisation, via des personnes directement concernées et jusque dans des lieux non-spécialisés.
Le validisme, une violence souvent invisible
Les premiers retours concernant le validistomètre démontrent son utilité. Selon Laetitia Rebord, beaucoup de personnes se reconnaissent dans la zone orange, soit la zone de vigilance. « Le validisme ne commence pas forcément par une violence extrême et très visible, heureusement, explique l’experte en santé sexuelle. Mais ça peut passer par de l’infantilisation, de la culpabilisation, une dépendance organisée autour des questions de handicap. » Les personnes en situation de handicap – et particulièrement les femmes et minorités de genre dans cette situation – peuvent ainsi subir des formes spécifiques de contrôle et de domination dans leurs relations intimes.

La publication du validistomètre a permis de déclencher des discussions aussi inconfortables que nécessaires au sein de différents couples. « Certaines personnes se sont rendu compte qu’elles s’approchaient du validisme sans le vouloir », relate la fondatrice de Sexpair. Avant de poursuivre : « Un ou une bonne partenaire doit avoir conscience qu’à partir du moment où il y a une dépendance, physique ou autre, des rapports de pouvoir s’installent ». Pour poursuivre ce travail de conscientisation, le collectif de femmes à l’origine du validistomètre réfléchit déjà à élargir cet outil à d’autres relations : familiales, médicales, professionnelles… Parce que les violences validistes ne se limitent pas aux relations intimes, affectives et sexuelles.