L’école Michaël est à Koenigshoffen.
La Ville de Strasbourg avait décidé en juin d’arrêter de subventionner le jardin d’enfants Les Bons Amis, qui suit les principes de la pédagogie Steiner. Mais ce mardi 28 juillet, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu cette décision.
C’est un « soulagement » pour la directrice du jardin d’enfants, Sophie Laprie. Ce mardi matin, le tribunal administratif de Strasbourg a ordonné le réexamen de la subvention pour son établissement lors d’un prochain conseil municipal. Les magistrats ont aussi condamné la Ville à verser 1 000 euros au titre des frais de justice.
Le jardin d’enfants Les Bons Amis suit les principes de la pédagogie Steiner, issue d’un courant de pensée ésotérique. Il bénéficiait de subventions de la Ville, comprises entre 9 000 et 15 000 euros par an depuis 2014. L’arrêt de cette subvention entraînait par ailleurs la suppression des aides de la CAF attribuées aux familles, ce qui représente 40% des revenus du jardin d’enfants. Sans ces aides, les parents se retrouvaient obligés de trouver une autre solution pour faire garder leurs enfants. Selon Sophie Laprie, 95 enfants devaient être inscrits pour la rentrée de septembre 2026, mais après l’arrêt des aides de la CAF, seuls 70 d’entre eux étaient encore inscrits dans le centre.
La suspension de la subvention par la municipalité a déjà créé de « lourdes conséquences », comme l’explique la directrice Sophie Laprie. Cette suspension a également des répercussions sur les salariés. Sur une équipe de 19 personnes, six n’ont pas été reconduites. Quatre d’entre elles attendaient un CDD ou un CDI de la part du jardin d’enfants, qui n’a pas été en mesure de leur proposer un contrat en raison du retrait du financement.
Une subvention levée par « précaution »
En juin 2025, la subvention avait été suspendue à la suite d’une plainte pour viol déposée en mai 2025 par une ancienne élève. Celui-ci aurait été commis en 2010 par une ancienne salariée, mise à pied à l’époque suite à une main courante qui n’avait pas donné lieu à des suites. L’ancienne municipalité de Jeanne Barseghian (Les Écologistes) avait toutefois décidé, après plusieurs réunions entre les différentes parties et en connaissance des faits, de rétablir cette subvention.
Mais le nouvel exécutif de Catherine Trautmann (Parti socialiste) a décidé, le 4 juin 2026, « de mettre fin aux subventions de l’établissement ». Cette décision prise sans vote au conseil municipal était notamment motivée par cette même plainte pour viol déposée en 2025, sans que des faits nouveaux ne soient intervenus. Delphine Bernard, adjointe à la maire chargée de la petite enfance et de la parentalité, avait déclaré, dans un courrier adressé le 4 juin 2026 au président de l’association Les Bons Amis, Thomas Georges, que cette décision « s’inscrit dans un principe de précaution, dans un contexte national de vigilance renforcée concernant la protection des enfants au sein des structures éducatives, réaffirmé par l’adoption de la loi dite Bétharram ».
Un doute sur la légalité
La Ville justifie également sa décision par un contrôle de l’Éducation nationale réalisé à l’École Michaël en octobre 2025, relié à l’établissement Les Bons Amis par l’appartenance à la même pédagogie Steiner-Waldorf. Elle indique que « ce contrôle a mis en évidence des manquements importants, notamment en matière de respect du droit à l’éducation. À la suite de ce contrôle, l’établissement a fait l’objet d’une mise en demeure ». La municipalité a estimé que le jardin d’enfants Les Bons Amis pouvait susciter les mêmes interrogations que l’École Michaël. Or, aucun contrôle de l’Éducation nationale n’a été réalisé au sein du jardin d’enfants Les Bons Amis.
Le recours du Jardin d’enfants était un référé en urgence. Ainsi, les magistrats sont amenés à analyser si une décision administrative présente un doute sur sa légalité. Le principe est donc qu’ils suspendent jusqu’à une analyse plus poussée. Pour cette affaire, le juge des référés a effectivement considéré que le conseil municipal était certainement « le seul compétent pour refuser de subventionner le jardin d’enfants », ce qui provoquait « un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
L’avocat du jardin d’enfants, Maître Vincent Brengarth, déclare que « cette décision de justice désavoue le pouvoir arbitraire de la Ville, dont la décision est censurée par le juge des référés. L’avocat pointe qu’il est désormais indispensable que la subvention soit soumise au vote du conseil municipal afin de régulariser cette situation d’illégalité ».
Un vote prochainement ?
Cette décision n’oblige pas la Ville à reprendre immédiatement le versement des subventions. En revanche, la question devra être soumise au vote lors d’un prochain conseil municipal. Pour Maître Brengarth, « c’est une belle victoire qui doit conduire à une restauration du dialogue avec la municipalité ». Pour Sophie Laprie, directrice du jardin d’enfants Les Bons Amis, « la décision est très favorable. Est-ce que cela veut dire que nous sommes sortis d’affaire ? Pas sûr », tempère-t-elle. La majorité socialiste peut facilement organiser le vote qui mettra un terme à cette subvention si elle le décide.
Pour rappel, Rue89 Strasbourg et Mediapart ont récemment publié des enquêtes sur des écoles Steiner donnant la parole à des témoins qui évoquaient des violences éducatives dans plusieurs établissements.