Publié le 04 octobre 2026

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7 min

À Strasbourg, l’électricité se finance entre voisins

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À Strasbourg, huit foyers et un supermarché achètent désormais une partie de leur électricité directement à une coopérative citoyenne, produite sur le toit d’une école de l’Esplanade. Une première dans la région, alors que l’autoconsommation collective reste encore rare en France.

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Le collectif des Brasseurs d’Énergie existe depuis 2019 à Strasbourg, et collabore avec l’Agence du climat et l’Eurométropole.

À Strasbourg, huit foyers et un supermarché achètent désormais une partie de leur électricité directement à une coopérative citoyenne, produite sur le toit d’une école de l’Esplanade. Une première dans la région, alors que l’autoconsommation collective reste encore rare en France.

Le courant produit sur le toit de l’école Louvois ne part plus seulement dans le réseau. Depuis quelques semaines, une partie de l’électricité produite par ses panneaux solaires alimente aussi les logements et le magasin d’habitants du quartier. Huit foyers strasbourgeois et une Biocoop ont rejoint la boucle mise en place par Les Brasseurs d’énergie, une coopérative citoyenne créée en 2020. Le principe est simple : produire localement de l’électricité renouvelable et la faire consommer, autant que possible, par les habitants situés à proximité.

Le dispositif reste toutefois encore confidentiel. Selon Énergie Partagée, qui accompagne les projets citoyens, seuls 54 projets de ce type étaient en exploitation en France au premier trimestre 2026. Celui des Brasseurs d’énergie est le premier du genre en Alsace. À Strasbourg, 322 m² de panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit de l’école élémentaire Louvois, à l’Esplanade. La centrale peut produire jusqu’à 66 000 kilowattheures (kWh) par an, soit l’équivalent de la consommation électrique moyenne, hors chauffage et eau chaude, d’environ 25 foyers.

Dix bénévoles fondateurs

Le projet a débuté en 2019, à l’initiative d’Alter Alsace Énergies. L’association cherchait des habitants prêts à se lancer dans la production d’énergie citoyenne à Strasbourg. Les Brasseurs d’énergie ont été officiellement créés en 2020, par dix membres fondateurs et l’Eurométropole, qui est entrée au capital de la société). Depuis, le collectif fonctionne largement grâce à des bénévoles. On y trouve deux ingénieurs commerciaux d’Engie, un ingénieur de l’Ademe, une chercheuse en biologie ou encore plusieurs retraités.

« Ce ne sont pas des spécialistes de l’énergie mais des gens très intéressés par le développement des énergies renouvelables », explique Didier Kahn, président des Brasseurs d’énergie. Le retraité est juriste de formation et a enseigné le droit de l’énergie. La coopérative revendique une gouvernance démocratique, fondée sur le principe « une personne = une voix », et veut défendre une production locale. Les panneaux installés sur l’école Louvois sont ainsi fabriqués en Alsace, par Voltec Solar à Dinsheim-sur-Bruche.

Sur les toits d’une école

Pour installer les panneaux, la collectivité avait identifié six toitures d’école. Encore fallait-il que les bâtiments puissent supporter une telle installation et qu’ils bénéficient d’une exposition suffisante au soleil. L’école élémentaire Louvois cochait toutes les cases et dès 2021 une première partie de panneaux a été installée. « Pour des raisons d’investissement, nous avions prévu deux phases de lancement, détaille Didier Kahn. Cette première centrale a été financée sur fonds propres. »

À l’époque, les Brasseurs d’énergie n’ont pas encore prévu de faire consommer directement leur production aux habitants. L’électricité produite doit entièrement revendue à Électricité de Strasbourg. Sauf que depuis le lancement de la coopérative, le tarif de rachat de l’électricité photovoltaïque n’a cessé de diminuer : de 14,3 centimes d’euro par kWh à l’origine, il est tombé à 1,1 centime hors taxes depuis un arrêté publié en juin 2026.

À Strasbourg, le coût de revient de l’électricité produite est actuellement d’environ 11 centimes par kWh. Autrement dit, continuer à produire pour revendre au réseau revient désormais à vendre très en dessous du coût de production. Pour Didier Kahn, ces difficultés financières illustrent aussi le peu de soutien public au développement de ce type de projets en France, notamment par rapport à l’Allemagne. La coopérative a donc cherché une autre solution : vendre directement son électricité aux habitants situés à proximité.

Les panneaux photovoltaïques, installés sur le toit de l’école Louvois à Strasbourg, fournissent une partie de l’électricité consommée par les habitants sociétaires de la coopérative.Photo : Les Brasseurs d’Énergie

Des électrons qui restent dans le quartier

C’est l’objet de l’expérimentation lancée au début de 2026. Avec une idée assez différente du modèle précédent : plutôt que de produire ici et vendre ailleurs, faire coïncider autant que possible production et consommation. Pour mettre en place une autoconsommation collective, il faut toutefois un intermédiaire chargé de représenter l’ensemble des participants et de dialoguer avec Enedis. Cette structure porte le nom peu poétique de « personne morale organisatrice », ou PMO.

À Strasbourg, c’est l’Agence du climat qui joue ce rôle, avec le soutien financier de l’Eurométropole et de l’Europe. Cette aide a notamment permis de créer un poste salarié consacré au projet. Concrètement, rien ne change pour le réseau électrique : les habitants continuent de recevoir leur électricité par les mêmes câbles et doivent conserver leur contrat avec Électricité de Strasbourg.

Ce qui change, c’est l’origine d’une partie de cette électricité. Lorsqu’elle est disponible, la production des panneaux de l’école est attribuée aux membres de la boucle. Le tarif fixé par la coopérative est de 18 centimes hors taxes par kWh. « On retombe à un tarif à peu près équivalent à celui de l’énergie verte d’ÉS, à 22 centimes », explique Didier Kahn.

Mais les panneaux de l’école ne vont pas rendre les habitants autonomes en électricité. Loin de là. « On ne peut pas couvrir toute la consommation d’énergie en photovoltaïque. Sur ce projet ça représentera maximum 25 % des besoins », précise le président des Brasseurs d’énergie.

Un tarif bloqué pendant 20 ans

En début d’année, le collectif a longuement débattu pour choisir son tarif de revente car celui-ci est ensuite bloqué durant 20 ans pour les consommateurs qui rejoignent la boucle. Un argument pour Pascale Giraud, sociétaire des Brasseurs et branchée à la boucle de consommation depuis quelques semaines : « Je sais que l’électricité est un peu plus chère mais avec un tarif qui ne va pas bouger. J’ai souscrit des parts sociales pour participer à un projet durable, participatif, local et qui a du sens. »

L’habitante du quartier du Neudorf ajoute :

« Je suis psychologue et pas scientifique, je les ai rencontrés et j’ai trouvé intéressant de comprendre comment ça fonctionne, et de constater que l’équipe est extrêmement engagée et sérieuse. C’était important de financer quelque chose en quoi j’ai confiance. »

D’autres projets en cours

Pour participer, il faut d’abord devenir sociétaire des Brasseurs d’énergie en achetant au minimum une part, à 100 euros. Cette participation permet notamment de voter lors des décisions de la coopérative. Il faut ensuite remplir et signer un contrat spécifique. Le consommateur continue à payer uniquement l’électricité qu’il utilise, tandis qu’Électricité de Strasbourg reste son fournisseur et le gestionnaire du réseau de distribution.

Pour le moment, l’expérimentation reste modeste : huit foyers et une Biocoop ont rejoint la boucle, sur une centaine de sociétaires de la coopérative. Elle est toutefois loin d’être complète. Plusieurs habitants peuvent encore la rejoindre, sous réserve d’être éligibles. Et les Brasseurs d’énergie voient déjà plus loin que le toit de l’école Louvois. D’autres projets sont en développement dans des copropriétés de l’Eurométropole. À Vendenheim, une boucle d’autoconsommation collective ouverte à tous les habitants doit également être lancée en octobre.

Par Fanny Laemmel•

Publié le 04 octobre 2026

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