Publié le 17 mai 2026

5 min

À Strasbourg, Dominique de Villepin convoque la République à l’aide des assos interreligieuses

#Actu

Dominique de Villepin était invité à « témoigner » mardi 12 mai à Strasbourg, à l’occasion d’un colloque sur le dialogue interreligieux. Face à la haine de l’autre, l’ancien Premier ministre presque-candidat à l’élection présidentielle 2027 en a profité pour rappeler sa foi dans les institutions républicaines.

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Dominique de Villepin et Bella Beltaief, présidente d’Eur Future.

Dominique de Villepin était invité à « témoigner » mardi 12 mai à Strasbourg, à l’occasion d’un colloque sur le dialogue interreligieux. Face à la haine de l’autre, l’ancien Premier ministre presque-candidat à l’élection présidentielle 2027 en a profité pour rappeler sa foi dans les institutions républicaines.

La Ville de Strasbourg se targue d’être une capitale du dialogue interreligieux, un modèle pour les autres métropoles. Mais les acteurs et les actrices de ce dialogue sont fatigués. Ils l’ont rappelé mardi 12 mai, à l’occasion d’un colloque sur le sujet à l’Hôtel d’Alsace, alors que s’amorce une campagne électorale polluée par les discours de haine.

Invité à « témoigner » devant un parterre d’une trentaine de représentants de cultes ou d’associations communautaires, Dominique de Villepin a d’abord fait s’activer les photographes. Premier ministre entre 2005 et 2007, il se verrait bien président de la République en 2027 même s’il tarde à se déclarer officiellement.

La crainte de l’impuissance

Dès l’ouverture, Bella Beltaief à l’initiative de cet évènement, brise cette ambiance amicale : « Est-ce qu’on attend encore ou est-ce qu’on fait quelque chose ? » lance-t-elle. À ses cotés, Dominique de Villepin, face à l’assemblée, convoque des chiffres pénibles à entendre :

« En 2025, plus de 1 320 actes antisémites. Et si on regarde du côté des actes antimusulmans, 88 % de croissance par rapport à l’année précédente. Face à ces constats, comment faire vivre le principe d’égalité entre les religions, le principe de laïcité, qui s’appliquent sur notre territoire ? Comment faire en sorte que la modernité puisse prendre en compte les besoins et les problèmes des uns et des autres, tout en respectant cet héritage de singularité historique ? »

Bella Beltaief, présidente et fondatrice d’Eur Future, avait invité Dominique de Villepin à témoigner lors du colloque.

Et si Dominique de Villepin s’est bien gardé de fournir des solutions, une piste, selon l’ancien Premier ministre, c’est « le dialogue, qui est un partage d’expérience » :

« Les épreuves que nous traversons depuis le 7 octobre 2023, depuis les engrenages qui se sont multipliés montrent à quel point il faut en revenir toujours et encore à ce dialogue pour éviter que les intolérances, les peurs, les colères ne fructifient. »

Mais ce discours, les représentants des associations cultuelles et communautaires présentes l’ont entendu mille fois et ils constatent qu’ils sont bien seuls, face aux haines rendues plus visibles et plus accessibles sur les réseaux sociaux. L’imam de la Grande mosquée de Strasbourg, Khalilou Sylla, refuse que le dialogue se résume à une « photographie officielle autour d’une table ». Il rappelle qu’en avril 2024, il avait organisé un diner à la Grande Mosquée, réunissant étudiants juifs et musulmans en plein cœur des tensions post-7 octobre.

Bella Beltaief, dont l’association Eur Future est à l’origine du colloque, propose la création d’un site internet pour mettre en valeur les actions de terrain des collectifs. Une proposition qui se heurte aux doutes des acteurs, déjà à bout de souffle.

Un dialogue à bout de souffle

Nombreux sont inquiets pour le dialogue interreligieux et convictionnel. Autour de la table, certains ont pointé le manque de moyens et une fatigue militante. Le numérique permet d’accélérer oui, mais il ne remplace pas les bénévoles.

La présidente de l’association Théodore, Catherine Zuber, dispose déjà d’un site web mais elle rappelle :

« Pour que le dialogue vive, il faut être dedans, il faut chercher des sous, il faut aller convaincre, il faut aller raconter ce qu’on fait. Si c’est de nouveau devoir s’organiser, trouver les volontaires, des responsables, là je pense que ça va encore nous fatiguer. On a besoin d’être entendus. »

Lahcen Sarrou, co-fondateur des Initiatives citoyennes musulmanes (ICM), ne cache pas non plus son amertume. Il rappelle le décalage total entre ces « tonnes de haine » déversées par certains responsables politiques, y compris dans les médias, et les budgets « dérisoires » alloués à ces collectifs. Selon lui, la solution passe par des événements comme l’exposition sur l’histoire des musulmans en France en 2024. Un succès qui a permis à des jeunes strasbourgeois de se sentir « fiers » et « ancrés » dans l’histoire nationale selon lui mais mener de tels projets « est un parcours du combattant » souffle-t-il. 

Jonas Cardoso et Dominique de Villepin. Photo : Pascal Bastien / Divergence

L’ombre de 2027 et de l’extrême droite

Jonas Cardoso, l’un des co-fondateurs du Collectif Golem, un mouvement de juifs de gauche engagés contre l’antisémitisme et l’extrême-droite, s’est aussi exprimé sur sa lassitude d’être « un juif errant » depuis le 7-Octobre, alors que « l’Assemblée nationale a rendu hommage à un militant néo-nazi mais s’est tue après la mort d’Aboubakar Cissé« . Il a évoqué sa crainte de la « bascule historique que la France [pourrait] connaître dans un an » en faisant allusion à l’élection présidentielle à laquelle aspire le Rassemblement national, « l’extrême droite, les réactionnaires et tous ceux qui suivent ces idéologies nauséabondes ».

Dans sa conclusion, Dominique de Villepin a souligné la responsabilité des institutions, qui ne doivent plus laisser les associations « seules en première ligne ». Il appelle la République à reprendre son rôle de « carapace » contre l’épuisement militant. Reprenant vite son costume de candidat, il a mentionné la création d’une « commission de sages » et une « mobilisation des consciences » pour stopper la spirale identitaire. Cette commission, selon lui, permettrait de sortir des « querelles de narratifs » pour s’accorder sur « une définition commune de l’antisémitisme ou de l’islamophobie ».

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