Chloé Jafé expose à La Chambre trois séries photographiques réalisées au Japon.
Au programme du mois d’avril 2026 : une plongée en photos dans le Japon des marges, une librairie en fête, un double concert folk, du stand-up, du théâtre documentaire, des techno-activistes, et d’autres curiosités…
Le Japon des marges
La Chambre accueille jusqu’au 24 mai la trilogie Sakasa de Chloé Jafé, fruit de sept années passées au Japon. Loin des clichés, la photographe a plongé dans les zones d’ombre de la société nippone : femmes de Yakuzas aux corps tatoués d’Irezumi, bases américaines d’Okinawa, quartier populaire de Kamagasaki à Osaka où cohabitent anciens criminels, travailleurs précaires et personnes en transition.
Pour approcher ces mondes fermés, Chloé Jafé s’est fait embaucher comme hôtesse de bar à Tokyo, a gagné la confiance d’un chef mafieux, erré de nuit dans les ruelles d’Okinawa. Ses images — tirages peints à la main, sérigraphies, argentiques — mêlent brutalité et poésie, documentaire et introspection. Une salle finale rend hommage aux disparus, baignée par des lanternes inspirées du festival Toro Nagashi. Un voyage intense aux confins de l’intime et du politique.

Une librairie indépendante en fête

Deux libraires salariées (Agathe Freyburger et Marie Marchal) rachètent la boutique où elles travaillent depuis quelques années : la Librairie Gutenberg située sur la place Saint-Étienne. Et décident de fêter ça en bonne compagnie. Fondée en 1945, la librairie avait été reprise par Françoise Laot en 2011. Les trois femmes ont voulu réaliser ce passage de témoin aux côtés des autrices, artistes, acteurs et actrices du monde du livre et de la culture mais aussi lectrices et lecteurs.
Le joyeux programme annonce un tirage de cartes avec l’oracle Tulipe (le personnage de BD si attachant de Sophie Guerrive) et les éditions (strasbourgeoises) 2042, une partie de memory avec l’autrice et illustratrice Élisa Géhin, une performance de peinture sur vitrine avec l’artiste Céline Clément, une pêche miraculeuse concoctée par Céline Clément, une lecture avec Gaby Gourreau, auteurice de Vaisseau mère, aux éditions Gorge bleue… C’est l’occasion aussi de flâner dans ses rayons et d’y découvrir les coups de cœurs de ces (jeunes) libraires qui assument un penchant pour les éditions indépendantes. À noter, la librairie Gutenberg anime trois clubs de lecture à l’année dont un dédié à la science-fiction féministe !
Le folk contemplatif de Steve Gunn
Une soirée, deux univers qui se répondent : le folk contemplatif de Brooklyn rencontre les nuits sombres de Bristol. Steve Gunn déboule avec un nouveau disque renversant, là où les arpèges voyagent et les mélodies semblent surgir d’une autre époque — entre rock psyché, blues et folk. Avec Daylight Daylight, le musicien a voulu capturer l’intimité du jeu en solo, ce sentiment de possibilité et de découverte qui jaillit lorsqu’il s’assoit pour composer, tout en créant un univers sonore riche dans lequel l’auditeur peut s’immerger. Ancien guitariste de The War on Drugs et de Kurt Vile, ce songwriter de Brooklyn tisse des compositions à l’âme vagabonde, lumineuses ou sombres, caressantes ou entraînantes. Pour les fans de Kevin Morby, Neil Young, et Lou Reed.
Il partage la soirée avec Matt Elliott, compositeur britannique désormais ancré à Nancy (et français depuis le brexit), qui explore cet espace étrange entre la joie intense et le chagrin absolu. Quelque part entre Nick Drake, Leonard Cohen et Dominique A, ses compositions mêlent instruments acoustiques et textures électroniques subtiles pour tisser des atmosphères mélancoliques et poétiques d’une grande beauté fragile.
Stand-up au TNS
Après le succès de la première édition du TNS Comedy club en mai 2025, la scène nationale de théâtre continue de tisser des liens avec le stand-up : quatre soirées lui sont dédiées ce mois-ci et les élèves de l’école du TNS vont le pratiquer dans leur cursus. Au programme de ces soirées composées avec la complicité du Plato Comedy Club de Strasbourg : douze artistes stand uppeur·ses venu·es des quatre coins de l’époque, une programmation paritaire, deux soirées comedy club dont une dédiée à des humouristes internationaux francophones.

Ça démarre le 8 avril avec la stand-uppeuse, chroniqueuse et philanthrope Morgane Cadignan et son spectacle La nuit je mens. S’arranger avec la réalité, déformer les faits, omettre les détails, on le fait tous. Mais est-ce vraiment grave ? Dans ce nouveau spectacle elle questionnera la place du mensonge dans nos vies.
Le 9 avril, l’humour francophone sera à l’honneur avec cinq artistes de cinq pays différents : Lotfi Abdelli (Tunisie), Camille Lorente (France), Sarah Lélé (Belgique), Bruno Peki (Suisse), et Thomas Wiesel (Suisse).
Le 11 avril, il sera possible d’assister à l’enregistrement du podcast À bientôt de te revoir de Sophie-Marie Larrouy, comédienne et podcasteuse. Dans ce rendez-vous, enregistré une fois par mois en public, elle convie son invité·e à une discussion qui permet, mine de rien, d’en apprendre plus sur son prochain. Là, c’est l’humouriste Baptiste Lecaplain qui sera à ses côtés sur les planches de la salle Koltès du TNS.
Le 12 avril, le Plato Comedy Club est de retour au TNS pour une soirée de clôture de fou avec six artistes en pointe dans stand-up : Ethan Lallouz, Amandine Lourdel, Cécile Marx, Tristan Pierre, Salima Passion, Lala Sagna.
Se faire berner au théâtre
Et si le théâtre pouvait nous aider à comprendre comment on se fait manipuler ? C’est le pari audacieux de Superamas, collectif artistique européen, avec Bunker, spectacle documentaire qui fait déjà l’effet d’une petite bombe depuis sa création en 2023. Sur scène, l’actrice Pauline Paolini retrace le destin tragique de sa sœur jumelle, tombée sous l’emprise d’un naturopathe complotiste alors qu’elle combattait un cancer. Une histoire intime et bouleversante, qui s’ouvre peu à peu sur une enquête plus large : comment le discours conspirationniste prospère-t-il sur nos fragilités, nos peurs, notre soif de sens face à un monde qui nous échappe ?

Mêlant témoignage en direct, interviews de chercheurs et effets de mise en abyme, Bunker joue avec la suspension de l’incrédulité du spectateur pour mieux lui retourner le miroir. Un geste politique et formel sur la montée des populismes et les nouvelles dérives sectaires à l’ère des réseaux sociaux.
Curieuses rencontres
La cinquième édition du Curieux Festival qui mêle science et arts de la scène a lieu du 7 au 19 avril. Théâtre, cirque, danse, musique, projection et performances, les disciplines se mêlent et s’associent pour questionner le monde lors de soirées thématiques sur les maths, l’astronomie, les neurosciences ou encore la physique. Le festival promet de rire avec les mathématiques, de comprendre la physique quantique ou encore de dériver dans l’espace… La chanteuse et musicienne Ballerine dialoguera avec Armelle Rancillac, chercheuse en neurosciences (le 7 avril) tandis que la physicienne Sandrine Courtin et l’accordéoniste Marcel Loeffler proposeront une rencontre entre tango argentin, musique live et physique des étoiles (le 13 avril).
Nous, on a tout de suite repéré ce concert de Planète Boum Boum, le 18 avril aux Ateliers Éclairés. C’est ce collectif techno-activiste qui égaye les manifs avec ses slogans et ses chants entonnés sur des beats techno… Faire danser le public en mode dance floor sur des messages de luttes écologistes et sociales, on apprécie.
Vivre ensemble à Kaleidoscoopie
Et si un quartier décidait de changer de mode d’emploi ? C’est le sous-titre de cette quatrième édition de Kaleidoscoopie, le festival de la Coop. Du 23 avril au 2 mai, vont s’enchaîner conférences, ateliers, repas partagés, concerts et débats, plus de 70 événements disséminés dans tout le quartier. Un festival gratuit, ouvert à toutes et tous, pour imaginer d’autres manières concrètes de faire et de vivre ensemble aux côtés des habitant·es, acteur·trices locaux et professionnel·les de part et d’autre du Rhin.
À noter, les 24 et 25 avril, la place des ouvrières prendra vie pour son inauguration avec un bal folk, des jeux et ateliers (le vendredi), des OOlympiades engagées (avec défis décalés et coopératifs) et un cinéma plein air avec Le Cosmos, le samedi. L’Ososphère s’exposera dans le tiers-lieu Kaleidoscoop pendant la durée du festival.
