Zainab (à droite sur l’image) et sa famille peinent à trouver un logement adapté.
Environ 150 personnes se sont rassemblées mercredi 1er juillet devant la préfecture du Bas-Rhin pour demander le maintien des places d’hébergement d’urgence destinées aux ménages à droits incomplets. Elles dénoncent une décision de l’État qui pourrait mettre à la rue des centaines de familles d’ici la fin de l’année.
« On est venus pour savoir quoi faire pour trouver un logement et peut-être trouver une personne pour nous aider. On n’a pas d’autre solution », explique Zainab, réfugiée d’Afghanistan avec sa famille. Place de la République, elle espère trouver de l’aide parmi les centaines de personnes rassemblées devant la préfecture du Bas-Rhin pour demander à l’État de ne pas réduire le nombre de places d’hébergement d’urgence pour les ménages à droits incomplets (MDI). Zainab explique que la situation urge : « C’est trop compliqué pour ma mère, elle est handicapée à 80%. Mais quand on cherche une maison, on nous dit qu’il faut qu’on ait du travail. »
Ces ménages se retrouvent souvent dans une impasse : faute de titre de séjour, ils ne peuvent généralement ni travailler légalement ni accéder à un logement classique. Des associations financées par l’État leur fournissent donc un hébergement d’urgence. Dans un document que Rue89 Strasbourg a pu consulter, transmis à la mi-juin aux structures d’accueil, la préfecture demandait la fermeture de l’entièreté des places disponibles en hébergement d’urgence d’ici la fin de l’année 2026. En parallèle, la préfecture prévoit de réorienter une partie de ces familles vers des dispositifs d’insertion ou vers les centres de préparation au retour (CPAR), une solution largement refusée par les personnes concernées.

« Un impératif de dignité humaine » pour l’État
Devant la porte d’entrée de la préfecture, plusieurs représentants des quinze syndicats et collectifs à l’appel du rassemblement ont pris la parole pour dénoncer ces situations. « Tous les ans, on trouve des bâtiments vidés par la police, clame un représentant du collectif La P’tite Mary Read qui aide les familles à la rue. On fait face à des institutions qui nous mettent des bâtons dans les roues et un État qui n’est plus seulement responsable mais aussi coupable. » Clara Fleury, représentante du Syndicat des avocats de France, a rappelé que fournir un « hébergement d’urgence est une obligation légale » pour l’État avant d’évoquer un « impératif de dignité humaine ».

Arbi, réfugié de Géorgie avec sa femme et ses trois enfants, est directement concerné par cette consigne de la préfecture. « On est en France depuis huit ans et demi, on a demandé un titre de séjour qui a été refusé l’année dernière », explique-t-il. Il raconte ensuite avoir reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). « Aujourd’hui, on est logés par l’association L’Étage », ajoute-t-il. Cette association qui fournit une grande partie des logements d’urgence fait partie des structures menacées. Ses salariés avaient déjà alerté Rue89 Strasbourg sur les conséquences humaines de cette décision, certains expliquant devoir annoncer à des familles hébergées depuis plusieurs années qu’elles risquaient désormais de se retrouver à la rue.
Les enseignants mobilisés
Pour venir en aide à ces familles, Géraldine Delaye, représentante syndicale du syndicat d’enseignants FSU 67, explique qu’un « certain nombre de collègues ont l’habitude d’accueillir les enfants et leur famille dans les écoles notamment l’hiver. » Elle affiche son soutien à ces derniers et demande à ce « qu’ils ne soient pas sanctionnés par la hiérarchie » puisque ces mises à l’abri ne sont pas autorisés par l’administration. Pour autant, sa première revendication reste l’hébergement des élèves et de leurs familles par la préfecture et les collectivités territoriales qui, selon elle, « font comme si le problème n’existait pas. »

Différentes organisations se mettent en place pour pallier l’absence des pouvoirs publics. Manu, enseignant et représentant du syndicat Sud Éducation, a lui aussi pris la parole pour appeler « les enseignants qui le veulent à s’organiser sur le temps personnel pour venir en aide aux familles qui doivent être hébergées. »