Dès le 23 juin, magistrats et greffiers du tribunal judiciaire de Strasbourg avaient exprimé leur opposition aux récupérations politiques du drame de Lyhanna.
Toujours choqués d’avoir été lâchés par leur ministre, les greffiers et les magistrats de Strasbourg ont réaffirmé leur opposition à l’instrumentalisation du drame de Lyhanna lors d’une assemblée générale mardi 30 juin.
Le communiqué est signé des « agents de greffe et des magistrats du tribunal judiciaire de Strasbourg, réunis en assemblée générale plénière » mardi 30 juin. Elles et ils ont adopté une motion au ton solennel à l’adresse du public, suite au meurtre de Lyhanna le 29 mai et surtout au comportement du Garde des sceaux. Dès le 6 juin, Gérald Darmanin a en effet accusé les magistrats d’avoir failli, en faisant trainer le traitement des plaintes qui visaient le meurtrier présumé.
Mais le pré-rapport d’enquête des inspections de la Justice et de l’Intérieur a démontré que ces manquements pouvaient largement être imputés aux trop faibles moyens dont dispose la justice en France. Le 25 juin, ls deux plus hauts magistrats de France ont pointé une « crise systémique » et appelé le gouvernement à ne pas céder à « la mécanique du bouc-émissaire ».
Gérald Darmanin a néanmoins sanctionné une substitute du procureur de la République d’Auch et demandé que toutes les affaires de violences sexuelles en cours soient réexaminées. Dans leur motion, les magistrats strasbourgeois disent partager « l’émotion qui traverse le pays » et entendre « l’incompréhension de nos concitoyens » mais ils « regrettent l’instrumentalisation politique de ce drame par ceux qui en rendent l’institution judiciaire comptable, et l’aveuglement du ministre de la Justice et du Président de la République ».
Sanction politique immédiate
Les magistrats et greffiers de Strasbourg s’indignent, poursuit le texte, « que les magistrats du parquet d’Auch et particulièrement la substitute du procureure chargée du contentieux des mineurs, aient été exposés à la vindicte publique sans attendre que le Conseil supérieur de la magistrature se prononce sur l’existence d’éventuels manquements professionnels susceptibles de caractériser une faute disciplinaire ».
Elle et ils « déplorent que la situation des stocks de millions de procédures dans les services d’enquête, qui concernent pour partie les violences sexuelles, et qui est connue des ministres de l’Intérieur successifs depuis plusieurs années, n’ait pas été prise en compte malgré maints signalements, notamment dans un rapport conjoint des Inspections de la police, de la gendarmerie et de la Justice de juin 2023 ».
Une justice sous-dotée à Strasbourg
Les greffiers et magistrats de Strasbourg prennent acte de la libération de la parole des victimes et de la prise de conscience de la société sur les violences sexuelles mais ils rappellent que la conséquence est « une explosion des plaintes, notamment sur les mineurs » et que « la Commission pour l’efficacité de la Justice en Europe redit année après année que la médiane européenne du nombre de magistrats du parquet est de 11,2 en Europe pour 100 000 habitants pour moins de 3 à Strasbourg, qu’elle est de 17,6 juges en Europe pour 8 à Strasbourg ». En outre, « plus de 30 postes d’agents de greffe sont vacants » au tribunal judiciaire de Strasbourg, ce qui entraine des délais supplémentaires.
Dans sa communication, Gérald Darmanin a indiqué qu’il avait donné des instructions aux parquets pour que soient priorisées les affaires de violences sexuelles mais les magistrats et greffiers de Strasbourg « dénoncent la multiplication des circulaires du ministre de la Justice qui se succèdent au gré des faits divers et de l’actualité – presqu’une tous les deux jours entre novembre 2025 et mai 2026 ». Cette politique de l’affichage contraint « les magistrats pénalistes à changer de cap régulièrement et empêchent la mise en œuvre par les procureurs d’actions cohérentes sur le long terme ».
En conclusion, les magistrats et greffiers de Strasbourg « réclament qu’il leur soit enfin possible d’exercer leurs fonctions dans des conditions dignes et respectueuses des justiciables et exigent pour ce faire, l’allocation de moyens à la hauteur des enjeux, seule à même d’éviter la réitération d’un nouveau drame ».