Des policiers armés et des agents en civil ont participé à l’opération.
La police nationale a contrôlé le Molodoï et l’association sportive qui l’occupait lundi 18 mai. Elle reste floue sur les raisons de cette opération. Aucune infraction n’a été relevée.
L’Action sportive libertaire (ASL) organise des ateliers de football et de boxe à prix libre, afin de « permettre au plus grand nombre d’avoir accès à une pratique sportive ». Elle « met en pratique les idées anarchistes », notamment par une organisation collégiale et la possibilité pour tout le monde d’être animateur et animatrice d’une séance. Elle organise régulièrement des sessions au Molodoï, salle autogérée emblématique de Strasbourg depuis 1994, connue comme étant un haut lieu des luttes de gauche. De nombreuses associations strasbourgeoises bénéficient de ces locaux quasi quotidiennement.
Ce 18 mai, vers 20h, une petite vingtaine de membres de l’ASL s’y entraînaient lorsque, subitement, entre 15 et 20 policiers ont pénétré dans le bâtiment avec un mandat de la procureure de la République. Des agents en civil ainsi qu’une inspectrice du travail étaient présents. « C’était lunaire comme situation, d’avoir 20 flics pour un contrôle administratif. Ils sont allés dans toutes les pièces, relate une personne qui participait à l’atelier. Ils bloquaient les entrées. On ne pouvait pas sortir si on ne donnait pas notre identité. Ils filmaient avec des caméras sur leur torse. Ça sonnait vraiment comme une démonstration, pour nous montrer qu’ils venaient surveiller ce qu’on faisait. »
Aucune infraction relevée
Le parquet a indiqué à Rue89 Strasbourg que ce sont « les services de police » qui ont « sollicité ce contrôle du droit du travail » des associations du Molodoï et de l’ASL. Selon le document du mandat, il s’agissait de vérifier « l’immatriculation au registre du commerce et des sociétés », de « se faire présenter les documents attestant que les déclarations préalables à l’embauche ont été effectuées », et de « contrôler l’identité des personnes dans le seul but de vérifier qu’elles figurent sur le registre ». Des missions très larges, présentées comme « un contrôle administratif tout à fait classique » par la police nationale, contactée par Rue89 Strasbourg.
Dans les faits, ce type d’opération reste extrêmement rare pour des associations culturelles et sportives. Le contrôle a par ailleurs visé deux structures connues pour leur engagement politique, ce qui alimente les soupçons d’une volonté de répression et de surveillance. Ni la police nationale, ni le parquet de Strasbourg n’ont précisé les éléments ayant motivé cette intervention. Quoiqu’il en soit, les fonctionnaires n’ont relevé « aucune infraction » d’après la procureure Clarisse Taron.
« Cela interroge forcément. C’est inquiétant cette incapacité à comprendre d’où vient cette opération », observe Sandra Regol, députée écologiste de Strasbourg, qui s’est rendue sur place dans la soirée du 18 mai. « Des contrôles d’identité des personnes présentes, ça fait vraiment beaucoup. »