Les participants du « café des habitants » en pleine partie de Skyjo
Porté par l’association du Fossé-des-Treize depuis 2017, le centre socioculturel Côté Gare dans le quartier Laiterie doit limiter ses activités en raison de l’exiguïté de ses locaux.
Comme à son habitude, Béatrice, retraitée depuis 2022, arrive avec quelques minutes d’avance dans la salle principale du centre socioculturel Côté Gare pour disposer ses gâteaux faits maison à côté des pichets à thé fumants. « Je n’aime pas venir les mains vides », claironne-t-elle.
L’ancienne femme de ménage ne manque aucun des « cafés des habitants » que le centre socioculturel anime deux fois par semaine, les mardis et vendredis, même si cela lui demande de faire le chemin depuis l’Elsau. « C’est pas pareil là-bas. Ici, on se connaît bien et on est bien accueillis. Si quelqu’un me le demandait, je lui dirais : vas-y tout de suite », confie-t-elle le sourire aux lèvres tout en observant d’un œil amusé la partie de baby-foot qui se déroule à l’autre bout de la pièce.

Le « café des habitants » est un rendez-vous régulier pour Thierry, qui bénéficie de l’accompagnement du médiateur social pour ses démarches administratives. « Les ateliers sont bien pensés et l’équipe fait beaucoup d’efforts, analyse ce retraité de 65 ans, installé à Laiterie depuis 37 ans, mais les locaux sont moyens ». Après quelques secondes de silence, il ajoute : « C’est sûr, à Tribunal, ça n’a rien à voir avec ici ».

Tribunal, c’est le siège de l’association gestionnaire du centre socioculturel Côté Gare, l’association du Fossé-des-Treize. Elle gère aussi un centre socioculturel (CSC) dans une ancienne imprimerie à la jonction des quartiers des Halles et du Tribunal depuis 1994. Avec ses 3 000 mètres carrés, il est en quelque sorte la « Rolls-Royce des CSC de Strasbourg », s’amuse Malika Asdik-Basak, la coordinatrice du Côté Gare. En comparaison, le cadet du Fossé-des-Treize affiche une triste mine.
Tout commence en 2015 lorsque l’association reçoit un courrier de la Caisse d’allocations familiales (CAF) lui intimant d’ouvrir un nouveau CSC dans le quartier Laiterie. Très vite, la Ville de Strasbourg lui propose de s’installer en face de la Fabrique de Théâtre, dans un immeuble dont la collectivité possède les deux étages inférieurs et qu’elle met déjà à la disposition de l’association d’action sociale Porte Ouverte. « On a dit dès le départ que ces locaux n’étaient pas du tout adaptés aux activités d’un centre socioculturel », précise Malika Asdik-Basak.

Faute de mieux, le CSC et Portes Ouvertes cohabitent dans le bâtiment jusqu’à la liquidation judiciaire de cette dernière en 2019. Désormais seul dans ces locaux, le centre socioculturel continue à se développer : il compte 15 salariés en 2026 et il est devenu « une structure qui pèse dans le quartier » d’après la coordinatrice. Ses activités restent toutefois confinées dans un espace près de dix fois plus petit que celui du CSC Halles / Tribunal, avec seulement 400 mètres carrés disponibles.
Des espaces inadaptés aux usages
Les contraintes du bâti obligent l’équipe à redoubler d’ingéniosité pour maintenir l’ensemble de la programmation. Marine, qui anime depuis 5 ans les ateliers parents / enfants des mercredis, s’est vite heurtée aux limites de la « salle famille » située au 1er étage. « Cette salle ne peut pas accueillir plus de trois familles », constate-elle.
Autre problème, l’ascenseur, à l’arrêt depuis 2022, rend très difficile l’accès au 1er étage aux personnes à mobilité réduite, qui sont obligées d’être portées par l’équipe pour accéder aux salles de cuisine pédagogique, famille, informatique et à l’espace jeunes. L’accès est aussi compliqué pour les familles : « Ça oblige les parents à sortir les enfants des poussettes et donc à les réveiller ». Pour ces raisons, Marine a fait le choix de délocaliser ses activités dans la salle polyvalente du rez-de-chaussée. En janvier, l’ascenseur a enfin été réparé, mais une visite de réception des travaux de la Ville est toujours attendue avant de pouvoir l’utiliser…

Outre le fait que plusieurs animatrices et animateurs soient contraints de réaliser leurs ateliers dans la seule grande salle du CSC, provoquant de fait des embouteillages dans l’emploi du temps, l’étroitesse des locaux induit, pour certaines activités, une monopolisation des espaces à certaines heures de la journée.
« Pour l’aide aux devoirs, toutes les salles sont réquisitionnées », explique Eva, animatrice sociale en charge des activités pour les adultes. La situation est d’autant plus tendue que depuis septembre 2025, la « salle informatique » n’est plus accessible aux enfants en raison de la prolifération de moisissures sur un pan de mur à la suite d’une fuite d’eau dans un logement au 2e étage…

Et si le déploiement de l’aide aux devoirs dans toutes les salles permet d’atteindre la capacité d’accueil maximale des locaux – 90 enfants par semaine -, Malika Asdik-Basak estime que leur nombre « pourrait monter à 130, voire à 150 » avec des espaces plus grands.
Une offre sportive quasi inexistante
L’étroitesse des locaux a aussi de très fortes répercussions sur la nature des activités proposées. « Il y a des activités qu’on ne peut tout simplement pas proposer à la Laiterie », déplore la coordinatrice. Les activités sportives arrivent en tête de liste, le CSC ne proposant qu’une séance hebdomadaire d’éveil sportif. « Il y a pourtant une forte demande dans le quartier pour des activités de danse, de gym et d’arts martiaux ». La création d’une offre sportive au CSC Côté Gare est d’autant plus nécessaire que les habitants de Laiterie n’ont accès à aucun gymnase à proximité. « On sait aussi qu’il y a des problèmes d’obésité dans le quartier », poursuit la coordinatrice. Le CSC côté Halles / Tribunal propose une centaine ateliers de danse, boxe, arts martiaux, yoga, gym ou encore d’arts du cirque…

« Il nous faudrait aussi un local adapté aux activités culturelles », affirme Malika Asdik-Basak, aujourd’hui limitée à quelques ateliers de dessin et d’éveil musical. Une situation d’autant plus frustrante que « le développement culturel fait partie de l’ADN de l’association du Fossé-des-Treize », relève-t-elle. Là encore, le CSC Côté Gare souffre de la comparaison avec son aîné.
La liste d’espaces faisant défaut au CSC est longue : le centre aurait d’abord besoin d’une grande salle pouvant accueillir plus de 30 personnes, d’un local adapté aux jeunes, d’un espace de convivialité de type cafétéria et d’un lieu dédié à la petite enfance. L’accueil de loisirs n’a pu demander l’agrément pour recevoir des enfants de moins de 6 ans.
« On est dans une forme de statu quo, on est bloqués par le manque de place »
Marion Gaeng, directrice des deux centres socioculturels
Si rien n’a bougé depuis l’ouverture du CSC Gare en 2017, Marion Gaeng, la directrice de l’association du Fossé-des-Treize assure qu’« il y a eu un engagement fort de la municipalité, qui était au fait de nos besoins ». Les Écologistes avaient envisagé deux pistes de développement : récupérer un étage supplémentaire au-dessus du CSC et acquérir des locaux commerciaux vacants dans le quartier.
Paul Meyer, adjoint en charge du quartier Gare-Laiterie depuis mars, compte repartir du « plan-guide » qu’il avait conçu à l’époque du maire Roland Ries, lequel contenait des orientations pour créer un « cœur de quartier » rue du Hohwald. Il entend lancer « un diagnostic de la situation du patrimoine de la Ville afin de s’adapter aux changements qui ont eu lieu dans le quartier en 10 ans ». Une mesure qui pourrait prendre du temps, bien que Paul Meyer reconnait que la recherche d’une solution pour le CSC « est la première des choses à faire dans le quartier Gare et fait partie des engagements de la maire Catherine Trautmann ».