Publié le 08 août 2026

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Les fortes chaleurs transforment Strasbourg en enfer pour les personnes sans-abris

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La canicule aggrave les conditions de vie des personnes sans-abris. Malgré la mobilisation de quelques associations, l’accès à l’eau, à l’ombre et aux autres besoins essentiels sont insuffisants pour compenser les effets de la chaleur. Rue89 Strasbourg s’est rendu à une distribution du Secours populaire et au camp de Krimmeri.

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La queue s’allonge à la distribution du Secours populaire

La canicule aggrave les conditions de vie des personnes sans-abris. Malgré la mobilisation de quelques associations, l’accès à l’eau, à l’ombre et aux autres besoins essentiels sont insuffisants pour compenser les effets de la chaleur. Rue89 Strasbourg s’est rendu à une distribution du Secours populaire et au camp de Krimmeri.

« En ce moment, c’est spartiate » souffle Alain, quarantenaire originaire d’Afrique de l’ouest, casquette vissée sur le crâne. Il vient de faire la queue pendant une dizaine de minutes pour récupérer un déjeuner gratuit. Avec son ami Sébastien, également d’origine africaine, ils s’installent en ce jeudi 6 août sur les bancs en bois de la cantine du Secours populaire, installée à la Fabrique de théâtre dans le quartier Laiterie, ouverte du mercredi au dimanche jusqu’au 30 août. À l’ombre des barnums, ils déjeunent. Au menu, salade de pâtes, compote, gâteaux secs et une bouteille d’eau, afin de faire le plein et de lutter contre les 33 degrés attendus dans l’après-midi.

Le déjeuner se fait à l’ombre des barnums Photo : Gabriel de Baecque Duriez

Alors qu’il pique dans sa salade de pâtes, des gouttes de sueur perlent sur la tempe de Sébastien. Les deux hommes attendent d’être régularisés depuis plusieurs mois. « On n’a plus de logement social. C’est une mauvaise période pour dormir dehors », raconte Alain. Dès que la température ne redescend plus sous les 20 degrés durant la nuit, le corps n’évacue pas la chaleur accumulée dans la journée, l’organisme récupère mal et la fatigue s’installe. « On humidifie nos tentes pour les rafraîchir, mais ce n’est pas suffisant » explique Sébastien, « le mieux c’est de pouvoir se doucher régulièrement ».

Depuis le 1er juin et jusqu’au 15 septembre, la préfecture du Bas-Rhin a activé un « plan canicule ». Strasbourg fait face à plusieurs vagues de chaleur et depuis début août, le thermomètre affiche des valeurs au dessus de 30 degrés tous les jours. Registre des personnes fragiles, appels réguliers de veille sanitaire, cartographie des lieux de fraîcheur et actions ciblées vers les plus vulnérables… Un panel de mesures sont prévues dans ce plan canicule mais aucune n’est suffisante face aux dangers que les fortes chaleurs font peser sur les personnes sans-abris.

Des brumisateurs ont été mis en place pour rafraîchir les corps et les esprits.Photo : Gabriel De Baecque Duriez

« Pour me rafraîchir, je déambule dans les supermarchés »

“L’été dernier, j’ai fait un infarctus à cause de la chaleur » explique Stan, essoufflé et le visage humide après avoir fait sa toilette sous les robinets. Cet Ukrainien de 60 ans avait alors été retrouvé sur le sol, en plein soleil. Un accident qui aurait pu lui coûter la vie. « Depuis le début des canicules, je n’ai qu’une crainte, c’est que ça m’arrive à nouveau », raconte-t-il. La peur et le stress poussent Stan à dormir près des hôpitaux. Il se retrouve parfois obligé d’attendre plusieurs journées devant la permanence d’accès aux soins de santé pour obtenir les médicaments dont il a besoin.

Quelques tables derrière, Avtandil, 37 ans, discute avec son amie Hélène, plus jeune de quelques années. Tous les deux géorgiens, ils aiment se retrouver lors de ces distributions pour prendre des nouvelles. À l’aide de l’application Google traduction sur son téléphone, Avtandil explique qu’il est arrivé en France en 2022 pour soigner une leucémie. Mais il vit dans sa voiture.

Avtandil et Hélène, deux amis géorgiens à la distribution du Secours populairePhoto : Gabriel de Baecque Duriez

« La journée, pour me rafraîchir, je déambule dans les supermarchés ou les médiathèques », explique Avtantil. Les fortes chaleurs raccourcissent les nuits et, par conséquent, rendent les journées plus longues et difficiles. « Ma voiture chauffe très rapidement. L’habitacle conserve la chaleur de la journée. Lorsqu’il fait chaud comme ça, j’essaye de trouver un lit auprès du 115 (le service d’orientation de l’hébergement d’urgence, NDLR) afin de pouvoir trouver le sommeil ». Ce jeudi soir, il a été accepté dans un centre d’hébergement mais il ne sait pas comment il va faire ensuite. En juillet, une femme sans abri a été retrouvée morte dans sa voiture à La Wantzenau.

Des mesures sparadrap

Camille Vega, directeur de l’antenne du Secours populaire du Bas-Rhin, est sur place pour voir si la distribution se déroule bien. Concernant le plan canicule de l’État, il parle de « mesures sparadrap ». Le renforcement des maraudes, la distribution d’eau et l’accès à des îlots de fraîcheur recensés ne sont pas suffisants. « Ce ne sont pas de véritables réponses qui sont apportées. C’est plus une façon de dire qu’il y a des actions qui sont menées » estime-t-il.

Camille Véga et deux bénévoles discutent de la distribution.Photo : Gabriel de Baecque Duriez

L’un des meilleurs exemples du décalage entre la communication et les besoins, selon lui, est l’ouverture de places d’hébergement d’urgence exceptionnelles : Lors des niveaux 3 (alerte orange) ou 4 (alerte rouge) du plan canicule, 15 places supplémentaires sont disponibles, leur attribution passe par le 115 après une évaluation médicale des demandeurs… « Au niveau des associations, on estime qu’il y a à peu près 1 000 à 1 500 personnes à Strasbourg qui n’ont pas de solution d’hébergement durable », souffle Camille Vega.

De son côté, le directeur adjoint de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités, Philippe Schonemann, liste les mesures déjà évoquées mais reconnaît qu’il n’y a pas de réponse à la chaleur sur le long terme :

« On est limités par la réalité des bâtiments et ce dont on dispose. On aimerait avoir de très grandes salles climatisées où l’on pourrait mettre tout le monde à l’abri, mais ça n’existe pas. « .

Les associations en première ligne

« En 2024, la Cour des comptes a mis en évidence que les politiques d’État en matière d’hébergement et de logement n’étaient pas adaptées parce qu’elles donnaient des réponses conjoncturelles face à une situation structurelle », explique Camille Vega.

Une douche de fortune sur le camp de Krimmeri.Photo : Gabriel de Baecque Duriez

Le directeur du Secours populaire dans le Bas-Rhin poursuit :

« On s’adapte d’année en année. Par exemple, on n’a pas assez de financement pour donner plus d’une bouteille d’eau lors des distributions. On a donc décidé de mettre des robinets à disposition. »

Une mesure anodine au premier abord mais d’une importance primordiale pour les personnes sans-abri en cette période de fortes chaleurs. Même si la préfecture et la Ville de Strasbourg mettent en avant 150 points d’eau de la ville, l’accès à cette ressource de première nécessité reste compliqué pour les personnes sans abri.

Des stocks d’eau pour deux jours au camp Krimmeri.Photo : Gabriel De Baecque Duriez

Des besoins de première nécessité inaccessibles

Au camp de Krimmeri, le robinet municipal a été retiré après un démantèlement à l’aide de policiers le 8 janvier. Après la réinstallation quasi-immédiate du campement, cette situation laisse depuis des centaines de personnes sans eau potable à proximité. Le premier point d’eau est au Lycée Couffignal, à plusieurs centaines de mètres. « On remplit toutes les bouteilles d’un coup pour faire des réserves pour tout le camp », explique Mohamed, assis avec deux amis devant sa tente. Ce jeune afghan de 20 ans est arrivé il y a six mois à Strasbourg avec sa mère et son père.

« La nuit, c’est compliqué de réussir à vraiment dormir, il fait souvent meilleur dehors qu’à l’intérieur de la tente ». Mais sortir pour perdre quelques degrés comporte son lot de problèmes. Les moustiques qui prolifèrent avec les fortes chaleurs envahissent la zone tandis que les souris et les rats déambulent autour des tentes.

Les toilettes sont en plein soleil. La chaleur y est intenable, l’odeur insoutenable.Photo : Gabriel de Baecque Duriez

D’autres accès aux besoins de première nécessité sont dégradés par la canicule. La chaleur fait pourrir la nourriture plus rapidement et sans électricité, rien ne peut être conservé. Faire ses besoins est devenu un enfer car les toilettes mobiles accumulent la chaleur : « C’est impossible de s’y installer. En plus de l’odeur nauséabonde, la chaleur y est insoutenable. » La mosquée Eyyûb Sultan et l’antenne du Secours populaire de la Meinau deviennent alors des solutions de repli pour les toilettes mais aussi pour recharger son téléphone ou pour se rafraichir un peu.





Par Gabriel De Baecque Duriez

Publié le 08 août 2026

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