Pour cuisiner, un préau fait de bâches et de grillages a été installé dans le camp.
Malgré un démantèlement en janvier, le camp Krimmeri, dans le quartier de la Meinau, s’est reformé avec toujours des conditions de vie très dégradées. Les associations essaient d’alerter les institutions pour trouver des solutions de relogement, mais en vain.
Sur le parking près du Secours populaire, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, se côtoient une quarantaine de tentes. Juste à côté, des travaux de voirie provoquent un bruit continu. « Ça fait trois nuits que je ne dors pas », se plaint Marzia, réfugiée afghane de 34 ans, mère de cinq enfants âgés de 2 à 11 ans. Sa tente, protégée de la pluie par une bâche, est située juste à côté des travaux. D’une faible voix, elle ajoute : « Le sable m’a causé de l’asthme. »
D’après le Secours populaire, 103 personnes sans-abri, pour la majorité ayant obtenu le statut de réfugié, sont sur place. Parmi elles, 32 mineurs, dont 13 enfants de moins de 6 ans. Cela représente 43 « foyers » au total, avec des familles mais aussi des hommes et femmes isolées. Le camp Krimmeri avait pourtant été démantelé par la police le 8 janvier. Mais Céline Balasse, du collectif « Enfants à la rue État hors la loi », affirme que les familles, sans autre solution d’hébergement, sont revenues « dès la mi-février » malgré les travaux.
Des problèmes de santé à répétition
Mehr est aussi arrivé d’Afghanistan deux mois plus tôt avec sa famille. Et si son frère, sa belle-sœur et son neveu ont pu être transférés dans un hôtel à Saverne, lui, son père et sa mère sont encore sur le camp. Ils dorment à trois dans la même tente. Pour se faire à manger, faute d’électricité, un réchaud de camping au gaz a été installé sommairement près des matelas. Il se plaint de ces conditions de vie : « Je dors difficilement à cause de l’humidité dans les tentes, et quand je me lève, j’ai des douleurs de dos. » Il ajoute avoir froid et être malade constamment, mais le retour des beaux jours n’est pas forcément non plus une bonne nouvelle pour lui : « Il fait trop chaud dans les tentes. » Cherchant désespérément un logement d’urgence, Mehr appelle le 115 deux à trois fois par semaine. Il est surtout préoccupé par la santé de ses parents, âgés de 65 et 59 ans :
« Ma mère a du diabète, de l’arthrose et des douleurs au dos. On nous dit que ça ne fait que quelques mois qu’on est là et qu’il faut attendre des années avant d’avoir un logement. Peut-être qu’entre temps, elle sera morte. »

Le campement étant situé juste à côté du Secours populaire, Camille Vega, directeur de la fédération du Bas-Rhin de l’association caritative, rappelle que leur antenne est ouverte sept jours sur sept : « Certaines personnes viennent ici pour chercher de l’eau car le point d’eau est à 200 mètres, et beaucoup utilisent les sanitaires car ceux du campement sont sales. » En effet, sur le camp, il n’y a que trois toilettes de chantier, dont l’odeur et l’aspect sont repoussants. Une jeune fille afghane confie souffrir d’infections urinaires depuis trois mois.

Une réfugiée tchétchène de 18 ans, ne souhaitant pas communiquer son prénom, ne supporte plus cette situation. « Vendredi, je suis allée aux urgences car j’ai eu des maux de ventre à cause de l’humidité et de la moisissure dans les tentes », confie-t-elle. Elle non plus ne dort pas : « La nuit, on a froid, et le matin, il y a du bruit à cause des travaux. » Arrivée en 2016 dans la région avec sa famille, et présente depuis quatre mois au campement, l’élève de Terminale déplore l’inaction de la municipalité : « On n’est pas pris en compte, la maire a beau parler mais derrière il n’y a pas d’actes, c’est des promesses en l’air. » Dans le programme de Catherine Trautmann, la nouvelle maire s’engageait à « renforcer l’offre d’hébergement d’urgence en mobilisant les bâtiments en attente de travaux ».
Une urgence à trouver des solutions de relogement
Les femmes sur place insistent aussi sur l’insécurité dont elles souffrent. « J’ai peur le soir, je suis incapable de dormir », confie Hanifa, 23 ans, venue seule d’Afghanistan. Selon elle, « aucune femme ne sort la nuit ». Elle reste cloîtrée dans sa tente de 22 heures à 7 heures du matin. « Je demande un logement car je veux juste dormir », soupire-t-elle.
D’après elle, dans la nuit du 26 au 27 avril, des violences ont dégénéré. Elle a alors averti le collectif « Enfants à la rue, État hors la loi ». Céline Balasse concède que la précarité sur le campement attise les tensions : « Le moindre différend peut rapidement dégénérer en conflit violent ». Elle demande alors à mettre en priorité « les enfants et les femmes isolées à l’abri ».
Mercredi 27 avril, le collectif a envoyé un courriel à la mairie pour alerter de cette situation, mais sans réponse au moment de publier cet article. En effet, dans le Bas-Rhin, selon le code de l’action sociale et des familles, l’hébergement d’urgence est une compétence de la Ville et pas seulement de l’État. Contactée, la municipalité n’a pas répondu à nos demandes d’informations, pas plus que la préfecture.

En attendant, mercredi 6 mai, le collectif a proposé un goûter et une activité jardinage pour les enfants. Chacun peut mettre du terreau et des graines dans des pots. L’objectif est d’égayer le campement mais aussi de mettre la pression sur les pouvoirs publics. « On veut que les familles soient logées avant que les fleurs aient clos », défend Céline Balasse. Dans quelques semaines, le collectif mettra ces pots devant le centre administratif pour interpeller directement les élus si les réfugiés ne sont toujours pas relogés. « Ça peut paraître naïf mais on ne sait plus comment attirer l’attention sur cette situation », soupire Céline Balasse, qui s’était engagée dans la campagne électorale avec La France insoumise.
Le collectif a proposé une liste de lieux inoccupés, comme certaines écoles, comme solution d’hébergement d’urgence temporaire mais cela ne convenait pas à la municipalité. « Si ce n’est pas entendable pour eux, il faut qu’ils pensent à d’autres solutions », affirme Céline Balasse. Pour autant, la municipalité n’est pas totalement sourde aux différentes alertes. En avril, l’adjointe à la maire Céline Geissmann (PS) avait affiché une volonté de dialogue en leur répondant par courriel. « Le ton laissait présager qu’il va se passer quelque chose », veut croire Céline Balasse.