Publié le 04 juillet 2026

5 min

« On est très inquiets » : à la Région, la droite et le RN interdisent un hommage à Imane Khelif

#Actu

Les élus régionaux viennent d’adopter un « règlement » pour encadrer le nom des lycées et des salles et espaces relevant de la compétence de la Région. Une réponse directe à l’initiative d’un établissement de Meyzieu, dont les élèves avaient voulu renommer une salle en hommage à la boxeuse algérienne Imane Khelif. Le corps enseignant s’inquiète.

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Fabrice Pannekoucke (LR), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. ©Pierre Ferrandis/Rue89Lyon

Les élus régionaux viennent d’adopter un « règlement » pour encadrer le nom des lycées et des salles et espaces relevant de la compétence de la Région. Une réponse directe à l’initiative d’un établissement de Meyzieu, dont les élèves avaient voulu renommer une salle en hommage à la boxeuse algérienne Imane Khelif. Le corps enseignant s’inquiète.

« On est très inquiets que le politique s’immisce dans les projets pédagogiques. » Une semaine après la dernière assemblée plénière de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, cette enseignante du lycée Colonel-Arnaud-Beltrame de Meyzieu n’en revient pas. Le 25 juin dernier, les élus LR et d’extrême droite de la collectivité ont voté une bien curieuse délibération.

En raison d’un « risque croissant de controverses liées à certaines propositions », la Région Aura a adopté un règlement « encadrant » la dénomination des lieux et espaces sous sa compétence, dont une majorité de lycées. Nous l’avons consulté. Dans le détail, la Région souligne vouloir valoriser des personnalités « françaises, ayant des liens avec la région, décédées, ayant un caractère inspirant, et […] présenter un caractère digne, consensuel et fédérateur ».

Les établissements devront désormais faire valider les noms de salles et d’espaces commun par les services régionaux après « une instruction approfondie, portant notamment sur la conformité aux principes du présent règlement ». La Région se réserve le droit de refuser les propositions « susceptibles de présenter un risque de polémique et celles liées à des personnalités faisant l’objet de controverses majeures. »

Lycée de Meyzieu : une polémique alimentée par la droite et l’extrême droite de la région

Un poil lunaire, ce règlement répond directement, sans la nommer, à une polémique déclenchée par le Rassemblement national, en avril dernier.

La députée du Rhône Tiffany Joncour s’était émue qu’une salle du lycée Arnaud-Beltrame de Meyzieu, dans l’est lyonnais, soit renommée en hommage à la boxeuse algérienne Imane Khelif. Ce nom, issu d’un projet pédagogique mené sur plusieurs mois, avait été plébiscité par une majorité d’élèves, au cours d' »un processus démocratique », défendent des enseignants du lycée, contactés par Rue89Lyon.

La polémique avait enflé, fortement alimentée par la droite régionale, au point que la cheffe d’établissement a reçu des menaces. Au cours d’un conseil d’administration qui s’est tenu lundi 22 juin en présence d’une représentante de la région, le lycée a finalement reculé face au refus de la collectivité d’accepter le nom d’Imane Khelif.

Dans un communiqué de la communauté enseignante transmis à Rue89Lyon ce vendredi 2 juillet, les profs du lycée disent « constater avec regret qu’une décision démocratique mettant à l’honneur une femme combative et dévouée à son sport, dans un lycée où le sport a une importance majeure puisque nous accueillons des élèves de l’Olympique lyonnais, n’ayant pas d’affiliation partisane qui serait susceptible de cliver ou de diviser, est balayée par des considérations politiciennes. »

Des attaques contre le lycée depuis la polémique

« Nous nous demandons si le deuxième choix des élèves – Gisèle Halimi – sera accepté par la Région au regard de ces critères arbitraires », se demande le corps enseignant. Ils dénoncent encore les « attaques sexistes, racistes et transphobes qui ont fragilisé les personnels de l’établissement » et déplorent que « la Région soit allée dans le sens du RN ».

Ces attaques n’ont pas ému la droite et l’extrême droite locale. Le conseiller (RN) Benoît Auguste a dénoncé un « agenda idéologique » et fustigé une athlète « dont le palmarès interroge les principes d’équité sportive et dont le pays crache allègrement sur la France ». Une façon de rappeler les polémiques sur l’identité de la boxeuse, dont le genre avait été remis en cause lors des Jeux olympiques de Paris.

Les profs du lycée s’inquiètent après le règlement de la région

Les élus écologistes régionaux ont dénoncé « l’instauration d’une véritable police de la pensée » et refusé « que l’extrême droite dicte quelle personne peut ou non être honorée dans nos lycées ».

Reste une communauté éducative encore sous le choc de ce battage médiatique pour une simple salle polyvalente. « On trouve que c’est un déni de démocratie, et aussi que ce choix de la Région s’est fait sur fond de préjugés racistes », estime l’enseignante contactée par Rue89Lyon. « Est-ce qu’on aura encore d’autres règlements pour limiter notre liberté pédagogique ? » se demande-t-elle encore.

Contactée au sujet du règlement, et du flou que cela engendre pour des lycées régionaux déjà nommés en l’honneur de Rosa Parks ou Charlie Chaplin, la Région ne nous a pas répondu.

Par Elian Delacôte

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