L’enseigne Decitre est en grande difficulté à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.
Ce mardi 26 mai, le groupe Nosoli, propriétaire de l’enseigne lyonnaise Decitre, a annoncé engager une procédure de redressement judiciaire « pour continuer sa transformation ». Un nouveau coup dur pour une institution centenaire qui a connu deux plans de licenciements en six ans.
« À plus ou moins long terme, ça ne tiendra pas… » Cette petite phrase d’une ancienne salariée de Decitre pourrait avoir un triste air prémonitoire. Ce mardi 26 mai, le groupe Nosoli, propriétaire des librairies Furet du Nord et de l’institution lyonnaise Decitre, a annoncé entrer en procédure de redressement judiciaire.
« Le marché des biens culturels traverse une crise profonde, marquée par une forte pression sur les marges et un recul des volumes de près de 15 % depuis 2021. La dégradation plus rapide qu’anticipée du marché depuis le début de l’année 2026 a conduit le groupe à franchir une nouvelle étape », a défendu la direction du groupe dans un communiqué.
Une décision qui confirme tristement le contenu de notre enquête, parue en décembre. Celle-ci décrivait « un bateau qui prend l’eau », pour reprendre l’expression d’un ancien de la maison, et le déclin d’une institution lyonnaise qui n’arrive plus à redresser la barre.
À Lyon, les deux plans sociaux de Decitre
Car Decitre n’en est pas à ses premières difficultés. Avant même le rachat du groupe par Nosoli, l’institution de Pierre Decitre avait dû fermer une librairie à Saint-Genis-Laval en 2017. Quand le géant lillois rachète le groupe en 2019, il procède à un premier « plan de sauvegarde de l’emploi» (les fameux «PSE»).
Les ressources humaines, les services achats, la compta… Des postes sont supprimés avec une centralisation des services à Tourcoing (Nord), permettant de faire quelques économies. Des frictions vont avoir lieu avec la nouvelle direction, entrainant le départ – plus ou moins forcé – de salariés de différentes librairies, comme à Annemasse.
Un deuxième PSE est annoncé en 2024, avec la fermeture d’Annemasse, de Grenoble, et de Bezons (Val-d’Oise) ainsi que la fin des librairies Furet du Nord de Villeneuve-d’Ascq et Roubaix. Ces deux dernières seront finalement sauvées, et celle de Grenoble réduira sa taille. Decitre connaît cependant la suppression de postes de son service « back-office » et la délocalisation de son service « collectivités ».
Le groupe lyonnais compte aujourd’hui autour de 190 salariés – contre plus de 300 (Les Echos mettaient en avant le chiffre de 400 en 2016) il y a une dizaine d’années, avant les redressement judiciaire.
Un marché du livre en (grande) difficulté et une direction critiquée
Dans notre enquête, nous revenions sur les difficultés connues par le monde du livre ainsi que sur certains choix faits par le groupe lillois, fortement critiqué à Lyon, rapport interne à l’appui.
Dans son communiqué, la direction défend elle mordicus son plan de transformation :
« Cette démarche vise à permettre au groupe de poursuivre sa transformation dans un cadre sécurisé et de travailler, avec l’administrateur judiciaire qui sera désigné, à un plan de redressement destiné à assurer la pérennité de ses activités et la préservation de l’emploi. »
Un mot rassurant, mais qui ne convainc pas tout le monde. « Ils sont aux abois », constate tristement un ancien de la maison.
Dans ses priorités, la direction met en avant la nécessité d’investir dans le digital et de rééquilibrer l’activité des ventes entre livres et hors-livre. Un dernier point qui avait fait sauter au plafond nombre de libraires. Ces derniers ne comprenaient pas l’intérêt de vendre des « sacs à crotte » qui n’avaient aucun rapport avec leur métier… Auprès de Rue89Lyon, le PDG, Christophe Desbonnet, avait défendu l’intérêt économique de cette mesure.
Enfin, l’entreprise mise sur le développement de l’activité auprès des professionnels, et notamment des collectivités. Un point qui devrait agacer quelques «ex» de la maison. Le service «collectivité» de Decitre a en effet perdu des plumes, à Lyon, lors du dernier plan social.
La procédure de redressement judiciaire devrait être engagée le 1ᵉʳ juin. Pour l’heure, les activités des Furets du Nord et de Decitre se poursuivent et les magasins restent ouverts. Le plan de redressement détaillé sera présenté dans les prochaines semaines.
