Delphine Briday, Michaël Jouteux et Raphaeëlle Mizony.
Alors que LFI vient d’être classé comme parti « d’extrême gauche » par le ministère de l’Intérieur, trois des neufs candidats lyonnais se revendiquent (réellement) de l’extrême gauche pour les municipales à Lyon. Oscillant entre 1 % et 3 % dans les sondages, cette gauche de la gauche peine à se faire entendre sur la scène médiatique.
Dans la campagne des municipales, il y a ceux que l’on voit de partout, Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet. Et puis, il y a ceux qui passent sous les radars médiatiques. Notamment, à l’extrême gauche. « Nous sommes peu visibles, car notre exposition est rare dans les médias », regrette Delphine Briday, tête de liste Lutte Ouvrière (LO).
Peu médiatisées, ces listes sont pourtant bien présentes, ayant réussi le tour de force de présenter trois listes à Lyon mais aussi dans d’autres communes. Dans le Rhône, le Nouveau parti anticapitaliste révolutionnaire (NPA-R) présente 29 listes. Côté Lutte Ouvrière, Delphine Briday se félicite de la mobilisation de 600 candidats, « présents dans sept arrondissements à Lyon, et dans toutes les circonscriptions de la Métropole. »
« Il y a une discrimination des petits candidats »
« Sur la scène médiatique traditionnelle, nous n’avons pas le droit à une couverture médiatique égale », constate Anthony Bruno, co-tête de liste du NPA-R. « L’équation n’est pas nouvelle », rappelle Delphine Briday, tête de liste et militante LO de longue date. Pour elle, les idées portées par leurs partis viennent déranger « les intérêts défendus par les patrons » de médias. « Je n’attends rien comme reconnaissance médiatique de leur part », lâche-t-elle.
Même lorsqu’ils sont invités, le NPA-R lyonnais déplore un traitement différencié. « Le Progrès ne voulait pas citer nos mesures », souffle Raphaëlle Mizony. Le journal avait mis en avant le fait que celles-ci ne concernent pas les compétences municipales. Une problématique qui revient souvent pour parler de candidats qui, in fine, ne se présentent pas pour diriger une ville, mais pour faire passer un message de lutte.
Même constat lors d’une interview donnée à Lyon Capitale « qui n’a pas respecté des temps de parole égaux », ajoute Anthony Bruno. Le NPA a d’ailleurs interpellé à plusieurs reprises Rue89Lyon pour avoir une place dans nos colonnes, ou être invité à notre débat du 10 mars sur le logement.
Une nouvelle confusion sur l’extrême gauche
L’extrême gauche n’a pourtant pas disparu des radars médiatiques ces dernières semaines. Au cœur de la campagne municipale et après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a classé La France insoumise (LFI) à l’extrême gauche. Une décision confirmée par le Conseil d’État.
« La campagne médiatique de diabolisation de LFI est aussi une attaque menée contre tous les partis d’extrême gauche », déplore Raphaëlle Mizony. Pour Anthony Bruno, son colistier : « classer un parti social-démocrate [à savoir, La France insoumis, ndlr] à l’extrême gauche témoigne de la droitisation du champ politique. » Cela, alors que, la « surmédiatisation du RN banalise l’extrême droite », analyse-t-il.
Le constat est simple. Rejeté à la gauche de l’extrême gauche, il devient d’autant plus difficile pour les listes d’extrême gauche d’investir l’espace médiatique. Pourtant, « on a moins en commun avec la France insoumise qu’elle en a avec les autres partis bourgeois », pousse Raphaëlle Mizony.
Pour eux, la confusion entretenue au sommet de l’État entre la gauche institutionnalisée et l’extrême gauche rend inaudibles leurs idées révolutionnaires. Critique des expulsions de sans-abris entreprises par Doucet, les trois listes s’accordent par exemple sur une remise en cause du droit de propriété privée pour répondre à la crise du logement. Une position radicale, différente de la proposition insoumise : Anaïs Belouassa-Cherifi, candidate LFI, propose d’utiliser des outils légaux pour réquisitionner certains logements vacants.
La (dés)union des communistes révolutionnaires
Au regard des intentions de vote, et alors qu’une candidature sur trois à la mairie centrale porte les couleurs de l’extrême gauche (hors LFI), l’union des mouvances communistes révolutionnaires ne serait-elle pas la bonne stratégie ?
« Le nombre de partis des travailleurs reste minoritaire par rapport aux partis des patrons », tempère Anthony Bruno. Il précise que le NPA-R avait proposé un accord avec Lutte Ouvrière pour des listes communes, finalement tombé à l’eau. Pour Delphine Briday, « ils sont six à défendre les intérêts du capital, alors ce n’est vraiment pas de trop que trois partis parlent de la vie des travailleurs. »
