« Ultrasensibles » de Fanny de Chaillé (Marc Domage)
La dernière création de la directrice du TnBA est présentée dans la grande salle Vitez jusqu’au vendredi 22 mai. Une fresque des vécus propres qui trouble les passés communs.
Un discours écrit pour un mariage qui n’aura (peut-être) jamais lieu, mais quand même déclamé sur scène. Des photos souvenirs, une vidéo compromettante (comme celle dans « The Fabelmans », le film de Spielberg…), des messages téléphoniques en récit elliptique une relation amoureuse de A à Z (rappelant furieusement « Brandt rhapsodie », la chanson de Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal)…
Ce sont quelques exemples d’archives personnelles (et de références) déployées par Fanny de Chaillé dans Ultrasensibles. Avec cette nouvelle création, à l’affiche jusqu’à ce vendredi 22 mai de la salle Vittez, la directrice du TNBA prolonge son travail avec les jeunes comédien·nes, déjà vu·es pour les un·es ou les autres dans Le Chœur, Une autre histoire du théâtre ou Avignon, une école, pour citer les spectacles présentés à Bordeaux.
Les traces du passé
Le processus de création et le dispositif sont d’ailleurs les mêmes : à partir de leur propre vécu, les 8 actrices et acteurs convoquent sur scène des souvenirs, recomposés sous forme de cocasses tableaux figés (ah, le sapin de Noël !) ou animés, parfois au ralenti (une scène de bagarre très réussie), souvent en musique avec un accompagnement en live par un guitariste et une pianiste/contrebassiste.
Le prétexte initial est le tri opéré dans la cave de la maison familiale par l’un des enfants, et les controverses qu’il suscite. Pourquoi jeter ses cours de physique-chimie, concentré d’adolescence, et pas les photos des aïeuls, dont plus personne ne se souvient ? Comment supporter les « tontons barbecue » moquant la petite dernière de la famille en raison de sa grosse voix ?
Le fil rouge de cette nouvelle pièce à sketchs, ce sont les traces de ce passé, qui de physiques (portraits photo, cassettes VHS, disques vinyles…) se font de plus en plus numériques (vidéo Youtube, conversation WhatsApp…), virtuels, et donc évanescents. Au point que la mémoire puisse se dissoudre dans le grand tout du Web, semble en conclure la metteuse en scène.
« Ego-documents »
« Ultrasensibles » démarre en trombe, avec un enchaînement de scènes ébouriffantes, hilarantes, souvent touchantes : la maman émue qui entre rires et larmes n’arrive plus à finir son speech au mariage de sa fille ; les parents qui contraignent leur petite enfant à raconter une blague à la famille ; deux ados qui, à travers leurs journaux intimes, relatent un premier amour de leurs propres points de vue…
La dernière partie est moins aboutie. Certaines scènes sont un poil convenues ou longuettes, d’autres apparaissent presque hors sujet, comme la virée en boite de nuit. Fanny de Chaillé revendique une ambition – selon sa note d’intention, se saisir des « égo-documents », ces archives du quotidien, « pour faire théâtre et inventer une forme partageable part toutes et tous révélant nos affects » –, qui parfois flirte avec l’anecdote superficielle. L’ensemble n’en demeure pas moins vif, prenant et in fine réussi.
