Publié le 07 août 2026

3 min

La justice somme l’État de respecter les droits des détenus à la prison de Bordeaux-Gradignan

#Actu

Rouille, cafards, matelas au sol, violences, accès aux soins défaillant… Saisi en référé-liberté en juillet dernier, le tribunal administratif de Bordeaux ordonne à l’État de mettre en œuvre 21 mesures d’urgence au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Une nouvelle décision qui s’inscrit dans une série de rappels à l’ordre adressés à l’administration pénitentiaire.

Source :

Open link

La maison d’arrêt de Gradignan souffre toujours de surpopulation (WS/Rue89 Bordeaux)

Rouille, cafards, matelas au sol, violences, accès aux soins défaillant… Saisi en référé-liberté en juillet dernier, le tribunal administratif de Bordeaux ordonne à l’État de mettre en œuvre 21 mesures d’urgence au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Une nouvelle décision qui s’inscrit dans une série de rappels à l’ordre adressés à l’administration pénitentiaire.

Dans une ordonnance rendue le 5 août, le tribunal administratif de Bordeaux donnent raison aux organisations qui avaient saisi la justice en référé-liberté après la publication d’un rapport alarmant sur les conditions de détention au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan établi par la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL).

Dans un communiqué diffusé ce vendredi, l’Observatoire international des prisons (OIP), à l’origine de la procédure avec l’Ordre des avocats de Bordeaux, le Syndicat des avocats de France et l’Association de défense des droits des détenus (A3D), se félicite d’une décision qui constitue, selon lui, un « nouvel avertissement » adressé à l’État. L’association souligne qu’il s’agit de la troisième ordonnance rendue en moins d’un mois contre l’administration pénitentiaire, après celles concernant les établissements de Condé-sur-Sarthe et de Fresnes.

Des mesures immédiates

L’ordonnance s’appuie sur les constats dressés par la CGLPL lors de sa visite en mars 2026. À cette date, la maison d’arrêt affichait un taux d’occupation proche de 191 %, avec plus de 200 personnes contraintes de dormir sur un matelas au sol. Selon les chiffres rappelés par l’OIP, la situation s’est encore dégradée depuis, la densité carcérale atteignant 203,6 % au 1er juin.

Pour le tribunal, plusieurs situations portent une atteinte grave aux droits fondamentaux des personnes détenues et imposent des mesures immédiates. Les magistrats ordonnent notamment de traiter la rouille sur les lits, réparer les robinetteries, améliorer la luminosité des cellules, remplacer les fenêtres défectueuses, installer des rangements, augmenter la fréquence de lavage des draps, renouveler les matelas des personnes dormant au sol et renforcer la lutte contre les cafards et les punaises de lit.

Ils exigent également l’installation de véritables cloisons séparant les toilettes de l’espace de vie dans les cellules.

Sécurité et soins

L’ordonnance ne se limite pas aux conditions matérielles. Le tribunal impose aussi l’installation de sanitaires dans la cour de promenade du quartier des femmes, une demande ancienne restée sans réponse.

Les magistrats pointent par ailleurs un « climat structurel de violence entre détenus », avec 438 faits recensés en 2025. Ils ordonnent la vérification systématique du fonctionnement des interphones dans les cellules afin que les personnes détenues puissent alerter rapidement les surveillants en cas d’agression.

Concernant l’accès aux soins, le tribunal relève des annulations massives d’extractions médicales, des interférences de l’administration dans les décisions médicales et les difficultés d’accès aux soins psychiatriques. Ces manquements sont jugés susceptibles de porter atteinte au droit à la vie ainsi qu’à l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants, garantis par la Convention européenne des droits de l’homme.

Une nouvelle intervention de la justice

Ce n’est pas la première fois que le tribunal administratif intervient concernant Bordeaux-Gradignan. En 2022 déjà, plusieurs mesures avaient été ordonnées pour améliorer les conditions de détention.

Pour les associations requérantes, cette nouvelle décision montre que les améliorations engagées depuis quatre ans n’ont pas permis de mettre fin aux atteintes aux droits fondamentaux. Avec ces 21 injonctions, le tribunal rappelle à l’administration pénitentiaire son obligation de garantir un socle minimal de dignité aux personnes détenues.

Par Walid Salem

Publié le 07 août 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Pendant l'été, La Presse libre vous propose de retrouver des éditions thématiques regroupant des articles parus depuis le début de l'année. Aujourd'hui, on s'intéresse au backlash anti-féministe neuf ans après la déferlante #MeToo.