Extinction Rebellion a déversé une tonne de vêtements non recyclables issus de la fast fashion (MM/Rue89 Bordeaux)
Une montagne de vêtements déversée en plein centre de Bordeaux. Samedi 6 juin 2026 , des militants d’Extinction Rebellion ont investi la place de la Comédie pour dénoncer la fast fashion. À travers cette action coup de poing, le collectif entend sensibiliser aux impacts environnementaux et sociaux de la surconsommation textile.
Un camion de location blanc s’arrête sur la place de la Comédie à 10 h, devant l’Opéra national de Bordeaux. À l’intérieur, des dizaines de sacs-poubelles noirs sont déchargés par une quinzaine de militants d’Extinction Rebellion, en ce samedi 6 juin 2026 au matin.
En quelques secondes, un gros tas de vêtements se forme au sol, accompagné de pancartes où l’on peut lire : « 1 t-shirt = 27 000 litres d’eau ». Une action coup de poing pour dénoncer la fast fashion, ou « mode jetable », et les problèmes de pollution et les atteintes aux droits humains qu’elle engendre.
« On avait envie de faire une piqûre de rappel. Il y a eu une loi contre la fast fashion qui a été votée. Le gouvernement doit aller au bout de ce projet de loi. Ça fait effet d’annonce mais ça ne va pas au bout », affirme un des organisateurs du happening.

Chaque seconde, environ 100 vêtements, chaussures ou articles de linge de maison sont mis sur le marché en France, selon l’Ademe (agence de l’environnement). Par ailleurs, 45 % des Français déclarent s’approvisionner dans des enseignes de fast fashion (H&M, Zara et Primark étant les plus fréquentées), toujours selon l’Ademe.
Sensibiliser à l’entrée de la rue Sainte-Catherine
Le lieu n’est pas choisi au hasard, à l’entrée de la rue Sainte-Catherine, une des plus longues artères commerçantes d’Europe, fréquentée par de nombreux passants, et hébergeant plusieurs enseignes de fast fashion que le collectif Extinction Rebellion dénonce.
« La rue Sainte-Catherine est le temple de la surconsommation, où les vitrines brillent plus que les consciences », lance une militante, avant qu’un autre poursuive devant le tas de vêtements déversés : « Mesdames et Messieurs, bienvenue au festival international du gaspillage textile ! » Un groupe de percussions attire alors l’attention et accompagne cette mise en scène.
« Veuillez applaudir notre mannequin, faites du bruit pour ce merveilleux jean ! Effet délavé, déchirures parfaites ! », ironise un militant. « Pour obtenir ce style, une technique qui a longtemps été utilisée provoquait la silicose chez des milliers d’ouvriers. Mais rassurez-vous, le jean a l’air magnifiquement vintage ! »
Plusieurs personnes s’arrêtent pour assister à la scène. Juliette, 12 ans, et sa mère sont justement venues faire du shopping. La collégienne reconnaît avoir conscience des impacts de la fast fashion, sans pour autant que cela impacte sa consommation :
« C’est bien comme action. J’en ai conscience, un peu, mais je ne le prends pas forcément en compte. Tous les vêtements sont faits comme ça maintenant dans les magasins. »
Sa mère, elle, affiche une position plus tranchée. Elle ne comprend pas ce rapport à la consommation : « C’est de son âge, mais acheter un pull Ralph Lauren fabriqué au Bangladesh, je n’en vois pas l’intérêt », estime-t-elle, se disant attachée à une consommation très raisonnée : « J’ai plutôt été éduquée dans le besoin. »

Romane et sa mère flânaient dans les rues de Bordeaux et se sont arrêtées devant l’action : « C’est toujours pertinent d’en reparler. Aujourd’hui je fais plus attention qu’avant. Ça peut m’arriver d’acheter des habits en fast fashion, mais je vais plus favoriser les fripes », confie la jeune femme d’une vingtaine d’années.
Les vêtements répandus par le collectif ont justement été récupérés dans une recyclerie girondine :
« Il y a une tonne de vêtements qui allaient à la destruction. Ils ne pouvaient rien en faire à part les mettre à l’incinération », raconte un des organisateurs, ajoutant qu’il s’agit de la quantité que la recyclerie jette toutes les trois semaines. Un moyen de mettre en avant les difficultés à réutiliser et recycler les articles issus de cette industrie.
Rendre la cause concrète
Le but de l’action est ainsi de montrer concrètement les conséquences des achats dans les grandes enseignes. Et, pour une militante d’Extinction Rebellion, d’expliquer que des alternatives sont à portée e main :
« Tu peux choisir où tu achètes. Il y a beaucoup de vêtements en friperie, chez tes potes, chez ta mère, chez ta sœur. C’est facile d’agir et sans te priver. »
Une fois les tambours arrêtés, les lieux retrouvent leur calme. Les passants continuent de circuler autour, certains observant le tas sans s’attarder, d’autres le fouillant.
Après une action d’environ 30 minutes, les militants quittent les lieux en quelques secondes en lançant finalement au public : « Bon shopping ! »

