Publié le 11 février 2026

5 min

« Epstein », une affaire de notre temps

#Genres #Pouvoirs

Ce qui frappe dans l’affaire, c’est le sentiment d’impunité qui semble commun à tous les personnages impliqués.

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Images non datées fournies par le ministère américain de la Justice le 30 janvier 2026 dans le cadre du dossier Jeffrey Epstein.

Avant de s’interroger sur l’exploitation délétère de l’affaire, il faut regarder le crime lui-même, et le regarder en face. Avec ses criminels et ses victimes. Il faut identifier ce qu’il y a de nouveau. Car en dépit des apparences, l’affaire Epstein est loin d’être une première. Sans remonter aux bacchanales romaines, la prédation sexuelle qui va de pair avec la culture masculiniste de la domination ne manque pas de précédents. La IVe République finissante a eu son affaire Epstein. Qui s’en souvient ? L’histoire l’a retenue sous le nom de « ballets roses », parce qu’une danseuse était au cœur du scandale.

Avant même d’être un salaud, Epstein a été un financier habile à profiter des désordres de la mondialisation.

Le président de l’Assemblée nationale de l’époque, André Le Troquer, attirait des très jeunes filles dans un pavillon de chasse attribué au troisième personnage de l’État. Des appâts, des rabatteurs, des personnalités de la politique et du showbiz étaient passés par là. Le Canard enchaîné les avait réunis sous un titre de sa façon : « Le tout pourri ». Jeu de mots redoutable qui flirtait avec un slogan qui a toujours profité à l’extrême droite. On n’est pas à l’abri aujourd’hui de ce genre de récupération. À l’époque, Le Troquer, grand résistant, n’écopa que d’un an de prison avec sursis.

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Ce qui a changé cette fois, c’est l’ampleur de l’affaire et le comportement des personnages impliqués. C’est leur absence totale de honte. Tout sourire, ils font face à l’objectif, et s’affichent fièrement à côté du salaud parce que l’appartenance à ce cloaque est sans doute, pour eux, l’image même de la réussite. Ce qui change, c’est le sentiment d’impunité. Cette arrogance de l’argent renvoie à l’histoire personnelle de Jeffrey Epstein. Il est d’abord un arriviste qui a su user de toutes les techniques plus ou moins licites de la haute finance pour amasser une fortune colossale dont il a fait un instrument d’influence.

Devenu richissime, il a arrosé de ses largesses les grands de ce monde qui n’ont pas résisté à la tentation d’un jet privé, d’une invitation dans une villa somptueuse ou sur une île paradisiaque, et bientôt, pour certains d’entre eux, à l’exploitation sexuelle de gamines contraintes de se prostituer. Mais il est aussi un facilitateur d’investissements. Il monte pour ses amis des affaires offshore. C’est pour l’un de ces montages opaques que le parquet national financier enquête sur Jack Lang et sa fille Caroline, accusés de fraude fiscale aggravée. Bref, avant même la prédation sexuelle devenue instrument de chantage, c’est le fric qui donne à l’affaire son caractère d’époque. Avant même d’être un salaud, Epstein a été un financier habile à profiter des désordres de la mondialisation.

Pour tous ceux qui combattent avec force le complotisme, c’est un désastre.

Quant à Donald Trump, va-t-il s’en tirer à si bon compte, lui qui qualifiait Epstein de « mec génial » ? Après avoir vainement tenté d’étouffer l’affaire, il a finalement suivi le conseil de son ami, le fasciste Steve Bannon : il a « inondé la zone ». Autrement dit, mouillé tant de personnalités que sa présence en serait presque banalisée. Pour Trump, c’est ainsi que doit être le monde. Face à cela, on doute des pouvoirs de la justice. On veut croire en la sagesse des peuples pour sauver la démocratie, dans les urnes et, quand il le faut, dans la rue. Mais, entre la résignation et les mauvaises solutions, le chemin est étroit.

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Ce qui interroge aussi au point où nous en sommes, ce sont les effets sur les opinions, et disons-le, sur la démocratie. Ce qui était caché, et devait le rester, soudain explose au grand jour. Les coupables sont éclaboussés ; des innocents aussi le sont, au seul prétexte que leur nom figure dans la liste infâme. Pour tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, combattent avec force le complotisme, c’est un désastre. Prenons le cas de Bruno Le Maire, qui n’est pas de nos amis politiques, c’est le moins qu’on puisse dire. Le voilà cité comme ayant eu des contacts avec le prédateur sexuel. Il n’est pour rien dans cette affaire. Mais c’est un peu « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ». Et le site russe Storm-1516, mêlant le faux au vrai, s’est empressé de citer Macron. Réaction prompte et indignée de l’Élysée.

Mais un autre aphorisme, aussi stupide que le précédent mais plus répugnant, est là, tout prêt à servir : « Il n’y a pas de fumée sans feu. » On tremble à l’idée que des responsables politiques bien de chez nous fassent vibrer la corde du soupçon. Et voilà que l’on apprend que des proches du Kremlin sont à leur tour sérieusement impliqués. « Inonder la zone », avait dit Bannon. La « zone » est vaste.

Rédigé par Denis Sieffert

Publié le 11 février 2026

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