Le 29 août, à Gusra, des soldats israéliens cadrillent les environs d’une maison palestinienne après une attaque menée par des colons.
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Palestinien·nes réfugié·es en France : « Je m’étais forcé à ne plus y croire » « Requiem pour Gaza », témoignages d’un génocideIls ont d’abord encerclé et menacé les trois familles pour les pousser à quitter leur foyer. Mais ces familles ont refusé avec leur seul et unique moyen de résistance : rester chez elles. Alors ils leur ont coupé l’eau et l’électricité, se sont installés dans des tentes au pied de leurs habitations. En août dernier, plusieurs dizaines de colons israéliens ont organisé le blocus de trois maisons palestiniennes du village de Qusra, au nord de la Cisjordanie occupée. Un blocus de plusieurs semaines sous les yeux de soldats israéliens dépêchés sur place en renfort, mais surtout pour tenir la presse étrangère à distance.
Même les ambulances du Croissant-Rouge n’ont jamais pu s’approcher de ces maisons pour y délivrer des produits de première nécessité. Depuis Tel-Aviv, lors d’une très rare critique à l’égard des colons, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a condamné des « actes de violence criminels » et fustigé « une poignée d’émeutiers qui enfreignent la loi, causent un grand tort à la communauté juive respectueuse des lois, entravent l’action de l’armée dans l’accomplissement de ses missions et nuisent à la stature d’Israël dans le monde ».
Mais, sur place, aucun des acteurs de ce blocus n’a été arrêté. Mi-août, ces colons, très jeunes pour la plupart, ont seulement été repoussés un peu plus loin par l’armée israélienne. Les occupant·es des maisons sont désormais contraints à des contrôles renforcés avant de regagner leurs domiciles. L’épisode de Qusra illustre parfaitement la redoutable stratégie d’occupation de ces colons les plus extrémistes : en semant la terreur, ils grignotent progressivement du territoire avec pour seul et unique but de s’emparer totalement et définitivement des 5 800 kilomètres carrés que compte la Cisjordanie occupée.
Une stratégie en route
Tout au long de l’été, la situation s’est aggravée pour les Palestinien·nes de Cisjordanie occupée. Le 25 août, le cabinet du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, a d’ailleurs lancé une alerte et mis en garde « contre l’escalade des attaques de colons à travers les gouvernorats, menées avec la protection et la participation des forces israéliennes, avec plus de 470 attaques enregistrées pour la seule semaine écoulée ».
Les agressions sont quotidiennes et tellement nombreuses que les autorités locales comme les ONG ne parviennent pas à toutes les référencer. À titre d’exemple, le 7 septembre, des colons israéliens ont attaqué tôt le matin un hangar agricole appartenant à une famille. Deux Palestiniens ont été violemment agressés et blessés. Au même moment dans le même secteur, un autre groupe d’hommes visiblement organisés et bien équipés a sectionné des poteaux électriques pour priver de courant les familles installées autour.
Côté israélien, depuis le 7-Octobre, rien ne semble sérieusement envisagé pour freiner cette spirale de violence. Bien au contraire. Entre janvier 2023 et avril 2026, Israël a officiellement recensé 102 nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, un record dans l’histoire du pays. Selon Amnesty International, certaines ont même été classées « zones prioritaires nationales », ce qui leur permet d’obtenir davantage d’aides financières de l’État.
L’impunité dont bénéficient les colons israéliens leur laisse également la liberté d’aller toujours plus loin. Mais l’accélération du nombre d’attaques commises par ces groupes inquiète de plus en plus l’appareil sécuritaire israélien, qui craint une riposte palestinienne face à leur ampleur. Fin août, le chef d’état-major Eyal Zamir aurait averti Benyamin Netanyahou que la situation risquait de devenir incontrôlable.
Face à l’escalade des violences, la pression américaine se fait plus insistante.
Le Premier ministre n’a pas réagi à cet avertissement. Quelques jours plus tard, le 7 septembre, la réponse est venue de son ministre de la Défense : dans un communiqué, Israël Katz a menacé l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, d’une « guerre totale » en cas d’attaque coordonnée contre les colonies en Cisjordanie occupée. « Dans l’éventualité où […] nous apprenons avec certitude qu’ils s’apprêtent à lancer une attaque terroriste similaire à celle du 7-Octobre contre les forces de Tsahal et la population juive des implantations, le Premier ministre et moi-même avons donné pour instruction à l’armée de se préparer à une guerre totale contre les dirigeants. »
Israël Katz a notamment évoqué l’« assassinat de personnalités de premier plan » ou encore « l’évacuation des habitants de villes et de villages où des activités terroristes sont menées ». Le même scénario, encore une fois, que celui toujours en cours au Liban et dans la bande de Gaza. Cette prise de parole nourrit un peu plus les tensions et les peurs, les deux meilleures alliées d’une propagande israélienne destinée à justifier sans cesse la guerre.
Des actes qualifiés de « terroristes »
Face à l’escalade des violences, la pression américaine se fait plus insistante. Début septembre, l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee s’est rendu dans plusieurs localités de Cisjordanie occupée où il a clairement qualifié d’actes « terroristes » les attaques contre les Palestinien·nes et leurs biens. Les responsables américains réservent habituellement le terme de « terroriste » aux militant·es palestinien·nes.
Dans la foulée, Benyamin Netanyahou a ordonné le démantèlement d’une centaine d’avant-postes considérés comme illégaux y compris au regard du droit israélien. La majorité des colons à l’origine des multiples agressions partent de ces implantations. Mais, à l’approche des élections législatives du 27 octobre, le Premier ministre sait qu’il ne peut pas trop froisser les ministres d’extrême droite – eux-mêmes colons – qui composent son gouvernement. Et ce, malgré la pression internationale qui s’accentue d’un cran avec l’intention, affirmée dans un communiqué conjoint mardi 8 septembre, de douze pays – dont la France – « d’imposer des sanctions au commerce ce biens avec des colonies illégales » de Cisjordanie occupée.
Depuis le 7 octobre 2023, plus de 1 100 Palestinien·nes ont été tué·es par des colons mais également par l’armée israélienne. Une armée dont la brutalité s’exerce sur place depuis des décennies. Le 23 août dernier, un adolescent a été tué lors d’une incursion dans un camp de réfugié·es de Naplouse. Il a reçu une balle en pleine poitrine. Il avait 14 ans. Il s’appelait Islam Ahmad Maher Ajouri. L’armée israélienne a promis une enquête. Mais comme toujours cette enquête devrait être rapidement classée. Et Islam Ahmad Maher Ajouri sera un nom de plus sur la liste déjà bien trop longue des victimes de l’armée israélienne.