Roskomnadzor, le régulateur russe d’internet et des médias, a annoncé la restriction « partielle » des appels via Telegram et WhatsApp sur son territoire sous prétexte de lutte contre la criminalité. En parallèle, l’entreprise russe VK a lancé une nouvelle messagerie nommée Max qui, elle, n’est pas concernée.
Mise à jour du 22 aout :
Le gouvernement russe a expliqué sur Telegram le jeudi 21 aout qu’une loi votée en juillet dernier oblige les distributeurs de smartphone à préinstaller le magasin d’applications RuStore, développé par l’entreprise russe VK, officiellement soutenu par le ministère du numérique russe.
Ainsi, les smartphones Android distribués en Russie ont dès maintenant ce magasin d’applications installé d’office. C’est le cas aussi des smartphones qui tournent sous HarmonyOS, le système d’exploitation du chinois Huawei.
Quant aux iPhone, Apple devra y installer RuStore sur ceux qui seront vendus en Russie à partir du 1er septembre prochain. Même chose pour les smartphones chinois qui utilisent HyperOS de Xiaomi.
Article originel publié le 14 aout :
Dans un nouvel élan de restriction d’Internet, le régulateur russe Roskomnadzor a confirmé mercredi 13 aout qu’il allait restreindre les appels vocaux et vidéos des applications WhatsApp et Telegram en Russie. L’autorité qualifie cette mesure d’ « anti-fraude » permettant de « protéger les citoyens ».
L’agence de presse officielle TACC cite un communiqué de l’agence : « Les appels passés via ces plateformes de messagerie étrangères sont partiellement restreints afin de lutter contre les activités criminelles ». Selon l’agence, l’objectif est de lutter contre des fraudeurs qui utilisent ces applications pour escroquer des Russes ou en recruter à des fins de « sabotage et d’activités terroristes », explique le média anglophone et russophone letton The Insider.
Roskomnadzor affirme que les propriétaires des deux applications auraient ignoré ses demandes pour mettre en place des contre-mesures. Selon le média The Moscow Times, le député russe Anton Nemkin a, en parallèle accusé les deux applications d’ignorer les lois russes « depuis de nombreuses années » et qu’elles ne supprimaient pas les contenus interdits. Il a aussi affirmé que les cas de fraude sur WhatsApp avaient augmenté de 250 % en 2024.
Mais The Insider explique que les quatre grands opérateurs mobiles russes ont récemment approché le gouvernement avec la demande de bloquer ce genre d’applications étrangères permettant les appels audio et vidéo. Nos confrères lettons expliquent que dès lundi, certains russes ont rencontré des problèmes avec les fonctions d’appels de WhatsApp et Telegram. Ainsi, le projet de monitoring d’internet en Russie « Na Svyazi » a reçu des signalements venant de 27 régions russes lundi et mardi.
« L’accès aux appels dans les messageries étrangères sera rétabli dès qu’elles se conformeront à la législation russe », a affirmé le ministère russe du Numérique cité par le Guardian.
WhatsApp affiche sa volonté de protéger le chiffrement, Telegram dit lutter contre la fraude
La messagerie de Meta a répliqué, selon le média britannique : « WhatsApp est une application privée, dotée d’un chiffrement de bout en bout, qui résiste aux tentatives des gouvernements de violer le droit des citoyens à une communication sécurisée. C’est pourquoi la Russie tente de la bloquer pour plus de 100 millions de Russes. Nous continuerons à faire tout notre possible pour que la communication chiffrée de bout en bout soit accessible à tous, y compris en Russie ». Tandis que Telegram affirme lutter « activement contre l’utilisation abusive de sa plateforme, y compris les appels au sabotage ou à la violence, ainsi que la fraude » et qu’elle supprime « des millions de contenus préjudiciables chaque jour ».
Max, la nouvelle application russe obligatoire dès le 1er septembre sur les nouveaux appareils
Mais, selon Na Svyazi, les autorités bloqueraient les appels sur WhatsApp et Telegram pour pousser les russes à adopter la nouvelle application Max de l’entreprise nationale VK. En juillet dernier, le journal britannique The Times annonçait déjà de forts risques que la Russie interdise WhatsApp au profit de cette nouvelle application.
Développée sur ordre de Poutine selon le média britannique, outre une messagerie, elle permet donc de passer des appels vidéo, d’effectuer des paiements, d’accéder à des réseaux sociaux officiels et aux services gouvernementaux. Et une loi votée récemment va obliger les constructeurs à installer Max sur tous les appareils vendus en Russie dès le 1er septembre.
Le média britannique compare Max au WeChat chinois qui permettrait au pouvoir russe d’avoir une application qui espionne les utilisateurs russes. « Les données collectées par Max seront facilement accessibles aux services de sécurité du FSB et les agents du Kremlin pourraient même être en mesure de surveiller les conversations en ligne en temps réel », affirment nos confrères.
Le journaliste russe Andrey Okun cité par le Times qualifie Max comme un élément clé des plans du Kremlin visant à construire un « goulag numérique ».
