Julie Martinez est, depuis un mois, porte-parole du Parti Socialiste. Mais elle exerce aussi les fonctions de Déléguée mondiale à la Protection des données au sein de Palantir, l’entreprise fondée notamment par Peter Thiel et Alexander Karp pour accomplir leur vision politique d’extrême droite.
Depuis un mois, Julie Martinez est une des porte-paroles du Parti Socialiste. Mais elle est aussi déléguée mondiale à la Protection des Données pour l’entreprise Palantir, co-fondée par Peter Thiel et Alexander Karp, révélait le journal l’Humanité vendredi 5 septembre. Cette juriste est entrée au PS en 2017.
Des tribunes sur la souveraineté et le sexisme dans l’IA
Julie Martinez est aussi Directrice Générale du think tank France Positive, présidé par Jacques Attali. Avec cette casquette, elle publie notamment des tribunes sur le numérique. Par exemple, en février dernier, elle co-signait dans La Tribune, que « l’IA ne nait pas sexiste, elle le devient. Nourrie par des données du passé, elle hérite des rapports de domination trop longtemps établis. Et comme 88 % des algorithmes sont créés par des hommes, elle reproduit leurs biais, diffuse et amplifie les clichés des inégalités de genre ».
À l’occasion de la sortie de DeepSeek-R1, elle publiait dans le Monde une tribune dans laquelle elle pointait des questions de souveraineté et d’intégrité des données si le modèle de l’entreprise chinoise était utilisé dans des secteurs stratégiques et publics : « L’adoption massive de DeepSeek-R1 dans des secteurs stratégiques et publics pose des questions de souveraineté et d’intégrité des données. Si ce reproche est souvent fait à l’encontre de nombreux géants américains, les entreprises technologiques chinoises opèrent, elles, dans un cadre de gouvernance étroitement supervisé par l’État. Sous le couvert d’innovation, ces technologies pourraient s’avérer être des chevaux de Troie numériques prêts à s’immiscer dans nos activités nationales », affirmait-elle.
Depuis 2022, « legal ninja » puis DPO chez Palantir
Mais Julie Martinez a aussi rejoint Palantir en 2022. En tant qu’avocate ( « legal ninja » sur son profil Linkedin) puis en tant que déléguée mondiale à la Protection des Données. Cette entreprise n’est pas n’importe quelle startup d’analyse de données. Elle a été fondée par les libertariens Peter Thiel, Stephen Cohen, Joe Lonsdale, et Alex Karp. Ce projet a été financé notamment par David Sacks.
Dès l’origine, Palantir a été pensée comme une entreprise qui récupère le plus de données possible pour mettre en place leur projet politique, notamment en aidant les agences de renseignement à faire proliférer leurs programmes de surveillance. Alex Karp, qui en est encore le CEO, assume toujours dans une publicité affichée sur des abribus et diffusée sur X : « Nous avons créé Palantir pour assurer l’avenir de l’Amérique, pas pour bricoler à la marge. […] Dans les usines, dans les salles d’opération, sur les champs de bataille, nous construisons pour dominer ».
Ses fondateurs ont réussi non seulement à mettre en place leurs solutions dans les administrations, mais aussi à entretenir des liens étroits avec les équipes de l’actuel président des États-Unis.
Ainsi, Peter Thiel est devenu dès le premier mandat de Donald Trump un de ses conseillers et David Sacks a été nommé « tsar » de la crypto et de l’IA à la Maison-Blanche au début de son deuxième mandat. C’est au cours d’un show co-animé par David Sacks que Donald Trump a signé ses décrets imposant son idéologie dans les modèles d’IA utilisés dans les agences étasuniennes.
Le deuxième mandat de Donald Trump marque aussi une accélération de l’utilisation des logiciels de Palantir dans les agences étasuniennes au risque d’une fusion des données, l’entreprise profitant à fond de cette élection. Elle a, par exemple, bénéficié d’un contrat de 30 millions de dollars avec le gouvernement étasunien pour mettre en place Immigration OS, un outil d’assistance à l’expulsion des étrangers du sol étasunien.
Palantir « accompagne la lutte contre les extrémismes », selon Julie Martinez
Mais pour Julie Martinez, son poste de déléguée mondiale à la Protection des Données chez Palantir n’est pas incompatible avec celui de porte-parole du PS. Interrogée par l’Humanité, elle affirme être chargée de « veiller à ce que nos valeurs européennes soient prises en compte » et avoir un poste « à impact ». Elle ajoute qu’elle est « coriace et redoutable » et qu’elle a l’impression d’être « efficace ».
À nos confrères, elle assure que travailler pour Palantir, ce n’est pas renier les « convictions de militante socialiste, antifasciste, anti-extrême droite » qui lui sont « chevillées au corps ». Ça serait même « défendre des convictions là où ça compte vraiment ». Toujours à l’Humanité, elle assure que les responsables de l’entreprise connaissent « parfaitement [ses] positions publiques ». Elle juge que Peter Thiel est « un libertarien qu’[elle] méprise », que son idéologie est « mortifère » mais qu’il n’a « plus aucun pouvoir opérationnel ».
Selon elle, toujours en réponse à l’Humanité, Palantir « accompagne la lutte contre les extrémismes », appuie les Ukrainiens et s’engage « contre le trafic de bébés » et elle balaie l’information sur le contrat Immigration OS d’un très trumpien « fake news ».
Interrogée par Next, Julie Martinez n’a pas répondu, notamment sur les prises de positions récentes de l’actuel CEO de Palantir, Alex Karp, affirmant que les entreprises d’informatique les plus importantes sont celles dont les produits « renforcent la supériorité évidente et innée de l’Occident » et « apportent violence et mort à nos ennemis ».
Le Parti socialiste ne s’en offusque pas auprès de l’Humanité. Si pour le directeur général du PS, Floran Vadillo, « travailler pour Palantir n’est pas un non-sujet », il ajoute que « les fonctions de Julie Martinez sont conformes à son engagement » et qu’ « elle porte un discours de régulation ».
Erratum : Nous avons corrigé une erreur suite à la confusion avec une homonyme engagée aussi au PS dans le Tarn.
