Illustration : Flock
Anthropic traverse une crise de croissance : les services proposés par la startup sont toujours plus populaires, mais les capacités de calcul ne sont pas extensibles à l’infini. Un nouvel accord avec SpaceX donne de l’air à Claude.
Anthropic a signé avec SpaceX pour accéder à la puissance de calcul de Colossus 1, le centre de données installé dans le Tennessee qui contient plus de 220 000 GPU de NVIDIA. Le labo IA va tout simplement utiliser l’intégralité des capacités de l’infrastructure, soit l’équivalent de 300 mégawatts de puissance de calcul. Un coup de turbo bienvenu, notamment pour l’inférence des services d’Anthropic, très courus.
Grok prête ses GPU
L’engouement pour Claude ne faiblit pas, en particulier du côté des entreprises et des développeurs : cette activité florissante permet à Anthropic d’afficher un chiffre d’affaires annualisé dépassant les 30 milliards de dollars. Revers de la médaille : Claude a du mal à suivre. L’entreprise a ainsi testé la suppression de l’option Claude Code de l’abonnement Claude Pro et imposé des limites d’usage durant les heures de pointe histoire de soulager ses serveurs.

Si on ne connait pas les détails financiers de l’accord, il devrait donc satisfaire les deux parties. SpaceX va trouver quelque chose à faire faire à Colossus 1, et Anthropic accède à une réserve de puissance dont il a bien besoin.
D’ailleurs, la startup annonce dans la foulée la suppression des restrictions d’usage pendant les heures les plus chargées sur Claude Code (comptes Pro et Max), le relèvement du plafond des heures de Claude Code pour tous les abonnés (il passe à 10 heures au lieu de 5), ainsi qu’une forte hausse des maximums d’entrées et de sorties de l’API pour Claude Opus.
Anthropic avait récemment signé pour 5 gigawatts avec Amazon, dont 1 GW dès la fin de l’année et pour 5 GW supplémentaires avec Google et Broadcom qui seront disponibles en 2027. Par ailleurs, un partenariat stratégique a été noué l’an dernier avec Microsoft et NVIDIA qui inclut 30 milliards de dollars de capacité Azure.
Et puisque tout cela n’est pas suffisant, Anthropic s’intéresse également au développement de centres de données en orbite, la dernière marotte de SpaceX dont la faisabilité reste encore à démontrer. L’entreprise l’admet d’ailleurs : « Si les obstacles techniques peuvent être surmontés, l’informatique spatiale offre une source d’énergie durable quasi illimitée, avec un impact moindre sur la Terre », explique-t-elle. C’est un grand « si ».
Claude Code sort des heures de pointe
En attendant, il faudra s’arranger avec les datacenters installés sur le plancher des vaches. Construit en 122 jours, Colossus 1 est devenu opérationnel en juillet 2024, où il sert principalement à entraîner Grok, le chatbot de xAI, et à d’autres activités en lien avec les entreprises d’Elon Musk. xAI, désormais intégré dans SpaceX, avait l’ambition de l’équiper d’un million de GPU, mais on en est encore loin.
Quant au projet d’extension Colossus II annoncé en mars 2025, il se fait plus discret. Ses capacités de calcul sont utilisées pour entraîner les modèles de SpaceX, comme l’a confirmé Elon Musk.
Le milliardaire, actuellement en pleine bisbilles de prétoires contre OpenAI, a tressé des lauriers à Anthropic : « J’ai passé beaucoup de temps la semaine dernière avec des membres seniors de l’équipe d’Anthropic afin de comprendre ce qu’ils font pour s’assurer que Claude soit bénéfique pour l’humanité, et j’ai été impressionné. Toutes les personnes que j’ai rencontrées étaient très compétentes et tenaient énormément à faire ce qui est juste. Aucune n’a déclenché mon détecteur de malveillance ». Nous voilà rassurés.
Il se réserve tout de même le droit de reprendre ces capacités de calcul si l’IA d’Anthropic adoptait des « comportements nuisibles à l’humanité ». Il est quelque peu singulier de voir Elon Musk et Anthropic travailler ensemble : le premier défend un modèle IA complètement débridé et sans censure (et qui va trop loin), le second a bataillé contre le Pentagone pour imposer des limites à l’utilisation militaire de ses technologies. Ce qui lui a valu d’être blacklisté par l’administration Trump.
Se rapprocher d’un ancien conseiller du président américain ne peut pas faire de mal. Enfin, et ce n’est pas négligeable, cet accord intervient alors qu’Anthropic et SpaceX préparent très sérieusement leur introduction en Bourse.
