Hervé Pupier, journaliste, Lucille Paulet, dessinatrice de presse, et Nicolas Barriquand, directeur de la publication de Mediacités, le 28 août dernier, après leur convocation par une juge d’instruction. Photo : O.Da Rocha.
«Je vous mets en examen. » Ce vendredi 28 août dernier, dans les étages du nouveau palais de justice de Lyon, une juge d’instruction nous notifie notre mise en examen – une formalité quasi‐automatique en droit de la presse – suite à la plainte pour diffamation déposée par Grégory Morel, délégué général du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) d’Auvergne-Rhône-Alpes [lire plus bas].
Nous ? Oui, car ce matin‐là, nous sommes trois à défiler successivement dans le bureau de la juge, accompagnés de l’avocate Oïhana Da Rocha, collaboratrice du cabinet Chango qui défend notre journal depuis sa création. D’abord, l’auteur de ces lignes, en tant que directeur de la publication et donc responsable juridique de tout ce qui est mis en ligne sur Mediacités. Ensuite, Hervé Pupier, qui a signé l’enquête incriminée sur le Ceser publiée en novembre 2025. A 67 ans et après quelque quarante années de journalisme à son actif, notamment au Progrès, c’est la première fois qu’Hervé est traîné en justice pour son travail. Enfin, la dessinatrice Lucille Paulet, alias « Twister ».

Corrosif, jamais gratuit
Que Mediacités soit poursuivi pour une enquête n’a, malheureusement, rien d’exceptionnel. Depuis nos premières publications, nous avons essuyé plus d’une vingtaine de procédures – dont bon nombre de procès‐bâillons – remportées, à l’exception d’une, ou toujours en cours [vous pouvez retrouver le détail de nos (més)aventures à la barre des tribunaux dans cet article récapitulatif]. Mais que notre journal soit attaqué pour un dessin, c’est une première. Et elle a de quoi inquiéter sur les conditions du débat public et la conception qu’en ont certains…
Lucille collabore depuis le printemps 2025 avec l’édition lyonnaise de Mediacités. Chaque semaine, elle « croque » une de nos enquêtes ou une autre actualité locale dans la rubrique « L’Œil de Twister ». Ses dessins se caractérisent par un humour souvent corrosif mais jamais gratuit. Ils offrent à nos lectrices et lecteurs un regard complémentaire à nos autres publications. Un regard qui donne à réfléchir, à réagir, à débattre. Bref, Lucille perpétue à l’échelle de Mediacités cette pratique salutaire et indispensable du dessin de presse.
Sous d’autres latitudes
Alors, que lui reproche Grégory Morel ? Quelques jours après les révélations d’Hervé Puppier sur le climat délétère régnant au sein du Ceser d’Auvergne-Rhône-Alpes, nombreux témoignages et documents à l’appui, Lucille avait « rebondi » sur cette enquête. Dans son dessin de la semaine, elle caricaturait notre accusateur au micro d’une intervieweuse fictive. Celle‐ci l’interrogeait en reprenant des éléments de l’article d’Hervé.
> A retrouver au lien ci‐dessous le dessin de Twister publié le 2 décembre 2025, poursuivi en justice par Grégory Morel :
Crise au Ceser d’Auvergne-Rhône-Alpes : « Séparer l’homme du délégué général »
Il y a vingt ans, dans une affaire d’une toute autre nature et d’une toute autre ampleur, Charlie Hebdo était poursuivi dans le retentissant « procès des caricatures de Mahomet ». Depuis, les actions en justice contre les dessinatrices et dessinateurs de presse « sont très peu fréquents et assez incompréhensibles », commente Vincent Fillola, l’avocat de Mediacités.
Dans les Hauts‐de‐France, le puissant patron de la fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, a bien porté plainte contre un caricaturiste. Mais d’après le dernier rapport de Cartooning for peace, ce genre de procédures renvoie plutôt à d’autres latitudes : Inde, Portugal, Croatie, Turquie… En Algérie, le dessinateur Dilem cumule lui une cinquantaine de procès en diffamation, comptabilise TV5 Monde.
La mise en examen de Lucille interpelle au‐delà du simple cas de Mediacités. Poursuivre une dessinatrice de presse devant les tribunaux attente, selon nous, à la liberté d’expression. C’est également une façon de placer sous la menace le débat sur des sujets d’intérêt public – la gestion d’une institution comme le Ceser d’Auvergne-Rhône-Alpes en est assurément un.
Face à de telles intimidations, Mediacités n’a jamais cédé. Mais nous défendre mobilise du temps et de l’énergie que nous ne consacrons pas à la réalisation d’enquêtes et autres articles.
Face à cette nouvelle procédure, vous pouvez soutenir notre rédaction en effectuant un don. Merci.
Le journal d’une « pas prisonnière »
Parce qu’il n’est pas question de ranger son crayon, notre dessinatrice « Twister » revient à sa manière sur la procédure intentée par Grégory Morel.





