A l’entrée de l’école Berthelot, à Villeurbanne. Photo : N.Barriquand/Mediacités.
«Je me suis écroulé en me tenant le ventre, je me roulais par terre de douleur et je pleurais. » Ce samedi 28 septembre 2024, Yanis* livre son témoignage à un agent de police judiciaire du commissariat de Villeurbanne. Accompagné de sa mère, cet écolier alors âgé de 8 ans est venu déposer plainte. Cinq jours auparavant, Yanis a été frappé par un animateur de l’école Berthelot, dans le quartier Grandclément.
Nous sommes un lundi, le souvenir de la rentrée des classes est encore frais dans les têtes des élèves. Après la pause méridienne, Yanis et les autres élèves de sa classe de CE2 se mettent en rang dans la cour. L’animateur leur intime alors de reculer. Au policier qui recueille sa déposition, Yanis explique ne pas s’être exécuté, « ne comprenant pas pourquoi il voulait que je recule ». Sans sommation, l’animateur lui porte un coup de poing dans le ventre, selon le récit de l’enfant, qui s’effondre aussitôt, en pleurs.
Une fois en classe, l’animateur raconte à la maîtresse de Yanis que celui‐ci a pris « un ballon dans le ventre ». « Totalement faux », dément l’élève devant de l’agent de police, selon sa déposition. Une fois la journée d’école et son entraînement de basket terminés, sa mère Samia* confie à Mediacités avoir vu son fils « s’écrouler » sous la douche. Le lendemain, « impossible pour lui de marcher », poursuit‐elle.
Double casquette
Quelques jours après, elle sollicite une rencontre avec le coordinateur du périscolaire de l’école afin d’établir une fiche d’incident, que Mediacités a pu consulter. Signé de leurs deux mains, le document relate les faits et les circonstances de l’agression. Le même jour, Yanis est présenté à un médecin qui l’examine. Selon son rapport, que nous avons également pu consulter, Yanis se plaint de troubles du sommeil. Trois jours d’ITT lui sont prescrits. Lors de son audition au commissariat, l’élève de CE2 déclarera ne plus avoir « envie d’aller à l’école ».
Et pour cause… L’animateur en question avait une double casquette au sein de l’établissement puisqu’il était aussi le gardien de l’école. A ce titre, il était chargé de la « sécurité et de l’entretien des bâtiments », apprend la mère de Yanis dans un mail que la direction de l’éducation de Villeurbanne lui a adressé. Suspendu de ses missions d’animation suite à l’agression du 23 septembre 2024, l’incident n’a pourtant pas « remis en cause son travail de gardien de groupe scolaire » assume la collectivité. La Ville explique à Samia que cet adulte peut être amené « à croiser les enfants dans ce cadre, mais pas du tout à en avoir la responsabilité ».
Malgré les aveux et excuses que l’ancien animateur a adressés à Samia, une plainte est donc déposée pour violence sur mineur de moins de 15 ans. Deux ans plus tard, malgré des coups de fil réguliers à la police, elle reste sans nouvelle de la procédure. Contacté, le parquet de Lyon n’avait pas répondu à notre sollicitation au moment de notre publication.
« Le phénomène, hélas, ne connaît pas de frontières administratives »
Le témoignage de Yanis et de sa mère révélé par Mediacités s’ajoute à d’autres récentes mises en cause du dispositif périscolaire de Villeurbanne. Le 22 mai dernier, une parent d’élève, inquiète face à l’ampleur des révélations sur des faits de violence dans les écoles de Paris, publie une pétition en ligne. Convaincue que le « phénomène, hélas, ne connaît pas de frontières administratives », elle réclame de la part de la Ville un exercice de « transparence totale » et invite la collectivité à communiquer sur les procédures concernant ses agents chargés du périscolaire. Leurs antécédents et casiers judiciaires sont‐ils bien vérifiés, pointe‐t‐elle ? Un sujet sur lequel Mediacités reviendra en détail la semaine prochaine, à l’occasion de la publication du deuxième volet de notre enquête.
Hasard du calendrier, quelques jours après la publication de cette pétition, Le Progrès se fait l’écho de trois autres agressions sexuelles dans les écoles villeurbannaises. Le 9 juin, le quotidien local rapporte qu’une famille de l’établissement Nigritelle Noire a déposé plainte contre un animateur du périscolaire. L’agent est mis en cause pour des faits présumés d’agression sexuelle sur un enfant de 7 ans.
Par la suite, les parents de l’école apprendront que deux autres écoliers ont également été victimes d’agressions sexuelles de la part de cet animateur, dorénavant visé par trois plaintes. Celui‐ci a été placé sous contrôle judiciaire. D’après le parquet de Lyon, les faits concerneraient l’ensemble de l’année scolaire 2025–2026. Du côté de la mairie, Sonia Tron, adjointe à l’éducation a annoncé que l’agent avait été suspendu le 4 juin et assuré que son casier judiciaire avait bien été vérifié.
« Une faute administrative lourde »
Deux semaines plus tard, le 23 juin, c’est au tour de l’école Antonin Perrin d’être plongée dans la tourmente. Le Progrès révèle un autre cas d’agression sexuelle. Cette fois‐ci, un membre du service de restauration est suspecté d’avoir demandé à une élève de maternelle de l’embrasser sur la bouche. Le maire (PS) de Villeurbanne Cédric Van Styvendael reconnaît « une faute administrative lourde » de la collectivité qui a recruté cet agent sans vérifier son casier judiciaire.
L’élu précise alors que « ce qui figure dans son profil judiciaire aurait dû le rendre inéligible à un poste au sein de la commune ». Comprendre : « Il avait un casier judiciaire long comme le bras, avec plusieurs mentions d’infractions sexuelles », lâche à Mediacités une source interne à la mairie qui a eu accès au dossier de l’agent. Sollicitée pour cet article dès le 26 août dernier, la ville de Villeurbanne n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant notre bouclage.
Ce même 23 juin dernier, les parents d’élèves villeurbannais apprennent qu’un troisième agent a été suspendu. Cet animateur de l’école Emile Zola aurait, selon Le Progrès, fait « des chatouilles » et mis « des doigts dans les oreilles » des élèves. Ces gestes pouvant être assimilables à une agression sexuelle, il a été suspendu une première fois en février. Après avoir été réintégré, il a récidivé. La mairie l’a définitivement suspendu en mai dernier.
« La commune n’a pas à traiter la pédocriminalité dans son ensemble »
Embarrassée par les révélations du mois de juin, les élus de la Ville se sont plusieurs fois exprimés dans la presse pour rassurer les parents. Et d’énumérer les mesures entreprises : vérification des casiers, formations des agents aux enjeux de violences sexuelles, mise en place d’un dispositif de signalement, etc. A la mi‐juillet, le maire et son adjointe à l’éducation ont aussi adressé un courrier aux parents d’élèves de Villeurbanne.
S’ils reconnaissent « la responsabilité directe des enfants qui sont confiés à la Ville », ils estiment que la « commune n’a pas à traiter la pédocriminalité dans son ensemble », ces affaires s’inscrivant « dans un moment plus large, qui dépasse Villeurbanne ». A cette occasion, la majorité de Cédric Van Styvendael promet que « des sanctions seront prises » après la réalisation d’un audit au sein des services de la mairie. D’après nos informations, ses conclusions auraient été remises, à la fin du mois d’août, à l’exécutif.

Un animateur suspendu puis déplacé
La vague de révélations qui a embarrassé la ville de Villeurbanne avant l’été fait écho à une précédente affaire. En 2024, une maman de l’école Jules Guesde témoignait, au micro de BFMTV Lyon, de violences qu’aurait subi son fils de quatre ans de la part d’un animateur. Ce dernier lui avait rapporté des gestes s’apparentant à des agressions sexuelles, survenus « à la couchette et aux toilettes ». Accompagnée par la famille d’une autre victime présumée de cet agent, elle avait décidé de porter plainte. Dans la foulée, la mairie avait suspendu l’animateur.
Sauf que… huit mois plus tard, arrivé au terme de sa suspension, celui‐ci est réintégré et déplacé. Il est alors reconnu par des parents d’élèves au portail d’un autre établissement : l’école Berthelot. A l’époque, si la ville de Villeurbanne admettait une faute, elle justifiait, en creux, sa réintégration par les délais de la procédure judiciaire. L’agent était arrivé au terme de sa sanction administrative mais la plainte, elle, était restée lettre morte.
* A leur demande et dans le souci de préserver leur anonymat, les prénoms suivis d’un astérisque ont été modifiés.
À suivre
Violences dans le périscolaire à Villeurbanne : retrouvez la semaine prochaine, sur Mediacités, le deuxième volet de notre enquête.
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