La question des frais de scolarité différenciés continue d’engendrer une mobilisation sociale, notamment à l’Université de Strasbourg.
Dans une tribune envoyée à Rue89 Strasbourg, des étudiants et étudiantes, ainsi que des personnels de l’Université de Strasbourg appellent la maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, et la présidente de l’Université, Frédérique Berrod, à lutter contre les frais de scolarité majorés pour les étudiants et la volonté de les généraliser à l’avenir par le gouvernement.
Madame la Maire de Strasbourg,
Madame la Présidente de l’Université de Strasbourg,
Nous sommes des étudiants et étudiantes et personnels de l’Université de Strasbourg, attachés, comme vous l’êtes toutes les deux, à notre université, symbole d’ouverture au monde dans la capitale européenne.
Le gouvernement et notre ministre de tutelle Philippe Baptiste s’entêtent à vouloir imposer une augmentation massive des frais d’inscription des étudiant·es extracommunautaires et présentaient, le 12 mai, un décret en ce sens devant la communauté universitaire lors de la séance du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) reprogrammée après le boycott unanime des organisations syndicales le 5 mai dernier.
Le CNESER a rejeté de manière écrasante le décret par un vote quasi unanime (62 contre, 2 pour, 4 abstentions).
Ce vote confirme l’opposition unitaire contre cette mesure discriminatoire aux forts relents xénophobes de préférence nationale, contraire aux valeurs humanistes et émancipatrices du service public de l’enseignement supérieur mais aussi de la ville de Strasbourg.
Des propos forts de la maire et de l’Unistra
Madame la Maire, vous avez récemment publié une expression sur ce projet, listant une partie des risques auquel il exposerait l’Université de Strasbourg et se concluant de la sorte : “Parce que l’université est un bien commun et un levier majeur d’émancipation, Strasbourg restera pleinement mobilisée pour défendre un modèle d’enseignement supérieur ouvert et accessible à toutes et tous.”
Madame la Présidente, le 28 janvier 2020, le Congrès de l’Université de Strasbourg approuvait le document d’orientation stratégique “Université de Strasbourg 2030” dont voici un extrait :
“Une université inclusive. Notre communauté est riche avant tout de la diversité de ses membres, et elle doit s’efforcer d’en faire un atout au bénéfice de tous, condamnant ainsi toute forme de racisme et de discrimination.”
« Que ces paroles se rencontrent, se renforcent »
Mesdames, nous vous écrivons car nous estimons qu’il faut que ces paroles se rencontrent, se renforcent et surtout se traduisent en actes concrets. Si le décret Baptiste venait à s’appliquer pleinement dans notre établissement, ce seraient des milliers d’étudiant·es qui seraient impacté·es par ces frais différenciés. Combien d’entre elleux devraient se résigner à devoir choisir entre renoncer à leurs études ou à les cumuler au-delà du raisonnable avec un travail ultra-précaire?
En cette année universitaire, entre 310 et 400 étudiant·es de notre établissement ont été assujetti·es aux frais différenciés. Notre université a été le premier établissement du supérieur à procéder à des désinscriptions d’étudiant·es ne pouvant s’acquitter de ces frais : 27 étudiant·es ont été désincrit·es cet hiver, 20 n’auraient pas répondu à la dernière convocation de la présidence et 17 doivent encore trouver les sommes nécessaires pour finaliser leur inscription. Ainsi, 16 à 20% des étudiants et étudiantes assujettis aux frais différenciés pourraient se voir désinscrits.
L’humanisme rhénan en question
Le conseil d’administration a pris, ces deux dernières années, des mesures pour appliquer partiellement le plan “Bienvenue en France” en se basant sur des projections qui estimaient le pourcentage des étudiant·es exonéré·es par notre établissement au-dessus des 10% réglementaires. Cependant, ce pourcentage effectif, selon les derniers chiffres fourni aux élu·es de la Commission de la formation de la vie universitaire (CVFU) de notre établissement, serait actuellement de 9,80%, laissant une marge amplement suffisante pour permettre aux étudiant·es concerné·es de finir leur année universitaire en étant régulièrement inscrit·es. Nous sommes convaincu·es que municipalité et université sauront trouver des solutions pour cela.
Mesdames, de part vos mandats, vous vous devez de faire vivre l’humanisme rhénan. Il vous revient ainsi de travailler conjointement, et nous le pensons, avec la Fondation de l’Université de Strasbourg, pour que notre ville et notre université entrent en résistance contre ce projet de décret de notre ministre.