Published on 23 juin 2026

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Stationnement, encadrement des loyers : les principaux points débattus au conseil municipal

#Pouvoirs

Le conseil municipal de Strasbourg du 22 juin, qui a duré plus de neuf heures, a été dominé par la baisse du prix du stationnement résidentiel, des mesures sociales et de nouveaux échanges tendus sur les finances et les premiers choix de la majorité.

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Le dernier conseil municipal s’est tenu le 22 juin.

Le conseil municipal de Strasbourg du 22 juin, qui a duré plus de neuf heures, a été dominé par la baisse du prix du stationnement résidentiel, des mesures sociales et de nouveaux échanges tendus sur les finances et les premiers choix de la majorité.

La promesse figurait parmi les mesures phares de la campagne de Catherine Trautmann. La majorité a donc fait adopter la baisse du prix du stationnement résidentiel. À partir du 1er juillet, les abonnements seront divisés par trois pour les ménages les plus modestes, passant de 15 à 5 euros par mois, et de 30 à 10 euros pour les classes moyennes. Le forfait le plus élevé passera quant à lui de 40 à 20 euros. Une mesure qui concernera environ 15 000 Strasbourgeois et leur permettra d’économiser entre 120 et 240 euros par an.

La délibération a toutefois rapidement ravivé les clivages du conseil. « Votre premier acte n’est pas pour les vélos, le tram ou la sécurité routière, mais pour la baisse du prix du stationnement automobile. On s’étonne du choix de ce totem comme première mesure de ce mandat », a lancé Benjamin Kuntz (La France insoumise). L’élu a regretté l’absence de gratuité pour les ménages les plus précaires et dénoncé une modification qui accorde un montant de réduction plus important, 20 euros, pour les plus aisés.

Même opposition chez les écologistes. L’ancienne adjointe aux solidarités, Floriane Varieras, regrette que les réductions les plus importantes bénéficient aux ménages les plus aisés : « Quand on baisse de 20 euros pour les ménages les plus aisés et de 10 euros pour les plus précaires, on n’est pas vraiment dans la justice sociale mais dans une logique libérale. » L’ancien premier adjoint Syamak Agha Babaei l’appuie et pointe un manque à gagner de plus de deux millions d’euros par an : « Cela correspond à une année complète de la politique de la petite enfance à Strasbourg. À quoi renonçons-nous en contrepartie ? »

À droite, les critiques ont justement porté sur l’attractivité du centre-ville. Mohamed Siaaliti (Les Républicains) a estimé que la mesure ne répond pas aux difficultés des commerçants :

« Pour un client qui souhaite faire ses achats ou déjeuner en ville, la réalité reste la même. Stationner dans l’hypercentre reste coûteux, très coûteux. Douze euros pour deux heures trente, c’est plus cher qu’un plat du jour dans la plupart des restaurants strasbourgeois. »

Jean-Philippe Maurer a pour sa part plaidé pour la gratuité du stationnement entre midi et deux.

Face aux critiques, la majorité a revendiqué une promesse tenue. « Nous abolissons la taxe Barseghian », a lancé Pierre Jakubowicz, adjoint à la culture, saluant « l’une des principales promesses tenues au bout de trois mois de mandat ». Le point est finalement été voté à 55 voix pour et 10 contre.

Des places gratuites dans les centres de loisirs

Autre promesse de campagne mise en avant par la majorité : la gratuité des places vacantes en accueil de loisirs pendant les vacances scolaires pour les enfants de 3 à 11 ans issus de familles en situation de grande précarité. Le repas du midi sera également pris en charge. « Quelques mois auront suffi pour montrer que cette mesure était réalisable », s’est félicitée Céline Geissmann, adjointe en charge de la ville éducative et des droits de l’enfant. Présenté sous forme de communication, le point n’a pas donné lieu à un vote.

À gauche, Germain Mignot de l’ancienne majorité (PCF) a salué une mesure « juste et utile » tout en rappelant qu’elle s’inscrivait dans la continuité des politiques sociales du précédent mandat. L’élu a également regretté que le dispositif repose uniquement sur les places vacantes : « Aucun enfant en situation de précarité ne devrait dépendre d’une place vacante. » Halima Meneceur (LFI) a, elle, plaidé pour l’intégration des allocataires du RSA et le développement de séjours de vacances. « Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité éducative », a-t-elle défendu. Céline Geissmann a répondu qu’il s’agissait d’« une première étape », avant de lancer à ses opposants : « Pourquoi ne l’avez-vous pas fait pendant six ans ? »

Renouvellement du déontologue

Pas de débat cette fois-ci. Les élus ont reconduit à l’unanimité Étienne Muller dans ses fonctions de déontologue de la Ville de Strasbourg pour la durée du mandat. La délibération évoquait la « satisfaction unanime des présidents de groupe » concernant l’universitaire, nommé en mai 2024, après la démission de son prédécesseur.

Devant le conseil municipal, Étienne Muller a rappelé ses deux missions : accompagner les élus dans leurs obligations déclaratives auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et répondre aux saisines liées à d’éventuels conflits d’intérêts. Le déontologue a indiqué avoir été saisi une douzaine de fois par le public lors du précédent mandat, même si la moitié des demandes ont été jugées irrecevables car elles concernaient l’action municipale plutôt que des questions déontologiques. Il a également relevé que seuls quatre cadeaux de plus de 150 euros avaient été déclarés par des élus, estimant que cette obligation légale n’était « pas encore intégrée ».

« Coche loupé » sur l’encadrement des loyers

Le point consacré à la communication sur le logement social et à deux rapports de la Chambre régionale des comptes — l’un sur l’accès au logement social, l’autre sur la gestion du Parc des expositions — a permis à Lisa Farault, de La France insoumise, d’attaquer frontalement l’exécutif en pointant le besoin accru de logements sociaux avec plus de 30 000 demandes en attente : « Qu’allez-vous faire pour y répondre ? » avant d’enchaîner sur l’encadrement des loyers : « Qu’en est-il de cette mesure ? Quand sera la mise en œuvre concrète ? »

En réponse, Paul Meyer, adjoint à l’urbanisme, a renvoyé la responsabilité au passé : « L’encadrement des loyers, c’est une mesure demandée à la majorité précédente par l’opposition de Catherine Trautmann et qui avait reçu un refus de participer à l’expérimentation nationale. » Il estime que la Ville a « raté le coche » de cette expérimentation. Il a défendu l’engagement actuel de la municipalité auprès de la Fondation pour le logement pour participer au dispositif s’il était reconduit, tout en tempérant les attentes : « On a les plus grandes inquiétudes sur le fait d’être retenu, le coche loupé risque donc de ne pas pouvoir être repris. »

Règlement de comptes

Quant au point n°7 sur le compte financier unique 2025, il a surtout servi de prétexte à rejouer le match du bilan du mandat précédent, chacun campant sur sa lecture des chiffres. Mathieu Cahn, le premier adjoint a surtout insisté sur la trajectoire financière : « Les dépenses évoluent deux fois plus vite que les recettes », « l’épargne brute recule », « l’autofinancement diminue », pendant que « la dette augmente », avec une collectivité « sous tension » et un manque estimé de 5 millions d’euros dès l’arrivée de la nouvelle équipe.

En face, Jean-Philippe Vetter, président de la commission des finances (Les Républicains) a dégainé une lecture alarmiste des mêmes indicateurs : +16 % de dépenses de fonctionnement entre 2021 et 2025, une épargne brute « historiquement faible », et « 100 000 euros de dette supplémentaire par jour », avec une capacité de désendettement qui « frôle les 12 ans ». Pour lui, la trajectoire impose des « corrections rapides ».

Dans le débat, Syamak Agha Babaei a répondu en assumant les choix du mandat : « 124 millions d’euros d’investissement », une logique dictée par la crise Covid, l’inflation et la transition écologique, et une question posée frontalement à l’opposition :« Qu’est-ce que vous coupez demain pour faire mieux ? ». Florian Kobryn, de La France Insoumise a défendu au contraire l’endettement comme outil politique : « S’endetter n’est pas un crime. Laisser les gens crever, si. »

La majorité sortante, incarnée par Jeanne Barseghian, a continué à se défendre en invoquant un mandat d’investissement massif dans les écoles et la rénovation énergétique, estimant que la dette reste « absorbable » et dénonçant une lecture « caricaturale » du bilan. Le tout dans un climat de plus en plus tendu, où le débat a surtout confirmé une chose : sur les finances, chacun lit les mêmes chiffres mais ne raconte pas la même histoire. Le point est adopté.

La pédagogie Steiner en débat

Au point 21, consacré à une subvention de 75 000 euros pour des structures de la petite enfance, les échanges ont porté sur la décision de la Ville de ne pas renouveler le soutien au jardin d’enfants « Les Bons Amis ».

Jeanne Barseghian a dénoncé une décision prise « en plein été », à deux mois de la rentrée, évoquant « la fin des subventions par la CAF et donc un risque certain de fermeture » pour une centaine d’enfants, ainsi qu’une pétition de près de 10 000 signatures. Jean-Philippe Maurer, des Républicains, a jugé la mesure « très surprenante » et « brutale », estimant qu’« il n’y a eu aucun rapport de l’Éducation nationale » justifiant ce retrait, et rappelant qu’aucun d’agrément n’avait été retiré à l’institution.

En réponse, Céline Geissmann, adjointe en charge de la petite enfance, a indiqué que la décision reposait sur plusieurs éléments, dont un rapport de l’Éducation nationale ayant conduit à une mise en demeure d’un établissement lié, l’école Michaël à Strasbourg et des alertes de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) sur la pédagogie Steiner-Waldorf. Elle a affirmé que « la Ville ne pouvait pas financer avec de l’argent public l’établissement concerné » et assuré que les familles seraient accompagnées.

Jeanne Barseghian a contesté le lien entre les structures et dénoncé une remise en cause de la pédagogie Steiner : « Si c’est le cas, il faut le dire clairement. » Des accusations qu’ont démenti les socialistes.

Pas de suppression du Ring

La résolution déposée par le groupe de Jeanne Barseghian pour demander l’achèvement du Ring cycliste et piétons au centre-ville a donné lieu à des débats sur ses limites et ses améliorations.

Pour la majorité, Landry Augier de Lajallet a reconnu que le Ring est un aménagement « utile » et « structurant », qui permet de contourner la Grande Île et de réduire les conflits d’usage. Mais il a estimé qu’il devait être « observé, corrigé et amélioré« , citant notamment la place Saint-Guillaume comme un « point noir » régulièrement signalé lors des concertations.

Nicolas Matt, pour le groupe d’opposition des LR et centristes, a plaidé pour se concentrer sur « l’amélioration de l’existant« , tandis que les élus LFI ont fustigé les écologistes et ont estimé que le projet avait été « vidé de son sens » sur certains tronçons où les cyclistes cohabitent avec les voitures.

Pas d’opposition sur sa finalisation, mais pour la majorité, l’objectif est d’abord d’améliorer les points de blocage remontés lors des nombreuses concertations menées ces dernières semaines autour du Ring. Au final, la résolution n’a pas été votée par les autres groupes, les socialistes estimant notamment qu’elle devait encore être retravaillée avant de poursuivre les travaux.

Maison de santé : simple report ?

Sur l’avenir de la maison urbaine de santé prévue dans le quartier Laiterie, Jeanne Barseghian a rappelé qu’il s’agit d’un dossier « engagé depuis trois ans » et qui devait voir le jour « d’ici deux ans dans un quartier où les besoins d’accès aux soins sont particulièrement importants ». Les écologistes craignent qu’un changement de cap ne décourage les professionnels de santé déjà impliqués.

Face à ces inquiétudes, l’adjointe à la santé, Christelle Sturtz-Froelicher, a assuré que « la maison urbaine de santé n’est pas abandonnée ». Elle a expliqué que la majorité souhaitait désormais l’intégrer à un projet plus vaste associant d’autres équipements et services pour le quartier. « Il ne s’agit pas d’un recul mais de lui donner plus de cohérence », a-t-elle affirmé.

Reste que les contours de cette nouvelle orientation sont restés flous… La majorité assure que le projet s’intègre désormais à une réflexion plus large sur l’avenir du quartier, en ne sachant répondre ni sur un lieu, ni sur une date. De quoi alimenter les craintes des écologistes, qui voient dans cette réorientation un risque de report, sans calendrier précis à ce stade. Les élus LR ont d’ailleurs soutenu la motion des Écologistes demandant le maintien du projet. Tout comme les élus insoumis. Elle a toutefois été rejetée avec 45 voix contre, 17 voix pour.

Place d’Islande, « trop tard » pour être annulée

La question de la future résidence universitaire du Crous place d’Islande a permis à l’opposition de droite et du centre de rappeler certaines positions défendues pendant la campagne municipale par des membres de la nouvelle majorité. Nicolas Matt a notamment interpellé le nouvel adjoint Pierre Jakubowicz, qui s’était opposé au projet de 500 logements étudiants, lui préférant la création d’un parc dans un quartier qu’il jugeait déjà trop dense. Le projet étant désormais lancé, il ne peut plus être remis en cause. « Ceux qui vous ont fait confiance vont se sentir trompés », a lancé Nicolas Matt.

La réponse est finalement venue de Catherine Trautmann. L’édile a souligné que le dossier était désormais trop avancé. « Il est trop tard pour le mettre à mal, je le regrette », a-t-elle déclaré, rappelant que l’État avait engagé la phase opérationnelle et s’était préparé à d’éventuels contentieux. Catherine Trautmann a répété qu’elle jugeait le projet « trop grand, très grand », et indiqué qu’un « bras de fer » était en cours pour obtenir davantage d’espaces verts, avec un square, un jardin et des plantations autour de la résidence.

Une motion commune pour Noahm

L’hommage à Noahm, jeune homme tué à Metz dont l’agression fait désormais l’objet d’une enquête pour son caractère homophobe, a donné lieu à une motion adoptée à l’unanimité et à une minute de silence. Le texte rappelle la « responsabilité immense » de Strasbourg dans la défense des droits humains, son engagement en faveur des droits LGBTQIA+ et de la lutte contre toutes les discriminations. « Ce combat est celui de tous, quelles que soient les convictions », a appuyé Anne Reymann (LR), dont le groupe a voté la motion.

Derrière cette unanimité affichée, les tensions ont toutefois rapidement ressurgi. Pierre Jakubowicz, adjoint à la culture, a lors du débat dénoncé certaines pratiques militantes lors de rassemblement, affirmant s’y être senti « exclu » et accusant certains élus de La France insoumise de distinguer les « bonnes » et les « mauvaises » victimes de l’homophobie. « Vous et vos amis êtes les premiers à m’avoir renvoyé au silence et au placard », a-t-il lancé aux élus insoumis. Il a expliqué avoir hésité à voter le texte commun mais assuré qu’il ne souhaitait pas « prendre en otage une cause qui nous dépasse pour un jeu politicien ».

Written by Eva Chibane

Published on 23 juin 2026

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