Published on 26 août 2026

5 min

L’échec du programme de renforcement du grand tétras scelle son arrêt dans les Vosges

#Écologie

Après un nouveau bilan négatif sur le renforcement de la population de grand tétras au sein du parc naturel régional des Ballons des Vosges, le ministère de la Transition écologique a annoncé mettre un terme au programme en 2029. Il reste toutefois flou sur l’avenir des captures.

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Un grand tétras observé lors d’un voyage ornithologique en Suède.

Après un nouveau bilan négatif sur le renforcement de la population de grand tétras au sein du parc naturel régional des Ballons des Vosges, le ministère de la Transition écologique a annoncé mettre un terme au programme en 2029. Il reste toutefois flou sur l’avenir des captures.

Les mois passent et le projet de voir un jour le grand tétras se réinstaller durablement dans le massif des Vosges prend de plus en plus des allures de chimère. Dernier coup porté au programme de réintroduction de cette espèce menacée d’extinction : le ministère de la Transition écologique a annoncé qu’il ne prolongerait pas, au-delà de 2029, le programme de renforcement de la population mené par le parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges.

Lancé en 2024, le programme visait à capturer des oiseaux en Norvège avant de les transloquer en Alsace, avec l’ambition de reconstituer une population viable dans le massif des Vosges et d’enrayer son déclin. 

Mais depuis les premiers lâchers, les suivis font état d’une mortalité importante parmi les oiseaux introduits. Le bilan de la dernière opération, menée au printemps 2026 et que Rue89 Strasbourg a pu consulter, fait ainsi état de trois morts sur les 17 individus introduits.

Une prédation en hausse

Oiseau lourd, le grand tétras se nourrit et se reproduit au sol, ce qui fait de lui une espèce vulnérable. « La prédation est à l’origine de 82% des cas de mortalité dans le cadre du programme de renforcement », concède le bilan du printemps, rejoignant les observations déjà formulées lors de la précédente opération d’avril 2025. Et d’ajouter qu’elle constitue « le principal obstacle sur le long terme des individus introduits ». Sur les 16 individus introduits lors des deux premières années de lâchers, seulement un ou deux étaient encore en vie en décembre 2025, portant la population totale d’oiseaux suivie dans le cadre du programme de renforcement à 20 individus. Si trois nichées ont eu lieu depuis le lancement du programme, toutes « ont été prédatées par des mammifères carnivores ou des sangliers sans avoir pu être protégées », renseigne le site du parc naturel régional.

Pour Dominique Humbert-Berretti, président de SOS Massif des Vosges, le changement climatique accentue cette pression sur l’espèce :

« Le réchauffement climatique induit une augmentation des micro-mammifères comme les souris ou les mulots, qui sont les proies privilégiées des méso-prédateurs. C’est le cas des martres des pins, des fouines ou des renards, qui sont aussi les prédateurs du grand tétras. Et qui dit plus de nourriture pour les méso-prédateurs dit plus de reproduction. »

Le pari d’une adaptation au climat

C’est notamment ce « retour d’expérience (…) sur la mortalité des individus déplacés » ainsi que « sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme au regard de la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) » qui ont conduit le ministère de la Transition écologique à « prévoir l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle », fait savoir le service communication du ministère auprès de Rue89 Strasbourg, confirmant une information de Reporterre

Pour le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, l’observation, début août, de quatre poussins d’une poule transloquée en 2024 serait pourtant la preuve que « les oiseaux s’adaptent au climat et au milieu qui semble donc favorable » :

« Pendant les premiers jours, les poussins sont principalement insectivores. Lors de cette période, ils sont particulièrement sensibles à l’humidité. Pour ces raisons, ces derniers mois chauds et secs semblent avoir été favorables à leur survie et à leur développement. »

Un enthousiasme loin d’être partagé par Dominique Humbert-Bertti. « Que vont manger ces poussins ? On se dirige vers un échec encore plus cuisant, prévient-il. Les chaleurs de juillet et d’août ont grillé les myrtilles, nourriture principale pour les grands tétras. »

L’été caniculaire aura-t-il raison du programme de réintroduction du grand tétras dans le massif des Vosges ? « Les experts scientifiques sont très partagés sur la question de l’adaptation au changement climatique », tempère de son côté le parc naturel régional des Ballons des Vosges. 

Écosystème « inadapté »

Lors de l’étude du projet porté par le comité Grand Tétras Massif des Vosges, en février 2023, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) du Grand Est avait rendu un avis défavorable à sa tenue. Parmi les arguments avancés figurait l’absence de prise en compte suffisante des changements climatiques en cours et de leurs projections à moyen et long terme. « L’écosystème vosgien pourrait, dans les prochaines années, du fait des changements climatiques, se révéler inadapté au maintien d’une population de grand tétras », soulignait alors le CNPN.

Après un premier report pour suivre les recommandations des deux instances, la préfète des Vosges avait finalement autorisé le projet pour cinq ans via un arrêté préfectoral en date du 16 avril 2024. L’arrêté fait actuellement l’objet d’un recours de la part de SOS massif des Vosges. Après avoir été débouté au tribunal administratif, le collectif a décidé de faire appel. 

De nouvelles captures possibles

Le président de SOS Massif des Vosges se dit favorable à la poursuite du suivi des grands tétras déjà réintroduits, mais s’oppose à toute nouvelle capture d’oiseaux depuis la Norvège. Le ministère, lui, entretient encore le flou sur ce point. « La troisième opération de translocation, actuellement en cours, ira à son terme », indique le service presse du ministère. 

Le Parc naturel régional refuse de s’exprimer sur l’avenir du programme : « Concernant la mortalité des animaux déplacés, il paraît sage d’attendre l’issue des cinq années d’expérimentation. » À l’automne, les données de l’été seront partagées lors du comité de pilotage annuel, rassemblant notamment le PNR, la préfecture, l’Office français de la biodiversité.

Written by Margaux Delanys

Published on 26 août 2026

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