Catherine Graef-Eckert, vice-présidente à l’Eurométropole.
Le conseil de l’Eurométropole se réunit vendredi 9 octobre pour examiner 95 délibérations. Au menu : le budget supplémentaire 2026, le nouveau règlement intérieur, un pacte de gouvernance avec les communes et plusieurs dossiers qui reviennent sur des choix de l’ancienne majorité écologiste.
Après le conseil municipal de Strasbourg lundi, c’est au tour de l’Eurométropole de se pencher sur ses finances. Réunis vendredi 9 octobre, les élus des 33 communes de l’agglomération strasbourgeoise doivent notamment voter le budget supplémentaire 2026, quelques semaines après la présentation de l’audit financier commandé par la nouvelle majorité.
L’exercice doit permettre d’ajuster le budget voté en décembre 2025, mais aussi de modifier plusieurs crédits et autorisations de programme. Avec, en toile de fond, le constat dressé par l’audit des finances et notamment une dette passée de 579 millions d’euros en 2020 à 911 millions fin 2026.
Le budget supplémentaire, premier gros morceau
La collectivité souligne un contexte financier « très contraint », notamment en raison de recettes fiscales et de compensations moins importantes que prévu. Au total, les recettes sont inférieures de 8,9 millions d’euros aux prévisions.
Et les arbitrages seront très concrets, avec de nombreuses réductions de dépenses « qui ne sont que des décalages sur les années à venir », précise toutefois Carole Barrière, vice-présidente (Parti socialiste) en charge des finances. L’enveloppe consacrée aux baignades urbaines et aux îlots de fraîcheur est ramenée de 8 à 1 million d’euros. Les crédits sont également réduits de 3,3 millions d’euros pour la mise aux normes de l’usine de valorisation énergétique des déchets, de 2,1 millions pour la voirie et les pistes cyclables dans les communes et de 1,6 million pour les acquisitions foncières liées aux extensions du tramway.
D’autres enveloppes augmentent au contraire, notamment grâce à des recettes de l’État : 17,7 millions d’euros sont prévus pour l’habitat, 5,9 millions pour le sport, principalement pour la toiture du stade de la Meinau, et 3,5 millions pour le développement économique et l’enseignement supérieur. Le parc des expositions bénéficie notamment de 1,9 million d’euros supplémentaires. Au total, côté investissements, 65,6 millions d’euros de crédits supplémentaires sont inscrits.
Le règlement intérieur, avec d’autres nouveautés
Autre délibération susceptible de provoquer des remous : le règlement intérieur du conseil de l’Eurométropole. Le texte reprend plusieurs dispositions du règlement présenté lundi au conseil municipal de Strasbourg, avec un encadrement plus strict du temps de parole et des textes déposés par les groupes. Les résolutions sont supprimées et le temps consacré aux textes additionnels est limité. Les questions d’actualité et les interventions des groupes sont également davantage encadrées.
À Strasbourg, ces nouvelles règles ont conduit les groupes Strasbourg Juste et Vivante, Strasbourg Insoumise, Fière et Solidaire et la droite avec les centristes à quitter la séance après le rejet de leurs amendements par la majorité.
Une autre nouvelle disposition risque en plus de susciter les critiques : la réintroduction d’une commission permanente qui se réunira à huis clos et dans laquelle pourront être examinés certains points qui ne passeront donc plus devant le conseil de l’Eurométropole. L’instance avait été créée par Robert Herrmann en 2014 avant d’être supprimée par Jeanne Barseghian et Pia Imbs, qui avaient fait le choix de soumettre l’ensemble des points au débat public.
Redevenue opposante, Jeanne Barseghian redoute que des sujets politiques puissent être examinés dans cette instance à huis clos. « Ce qu’on trouvait problématique, c’est que des points très politiques passaient en commission permanente », explique-t-elle. Catherine Trautmann défend, elle, une instance destinée à alléger les séances publiques. Il s’agira selon elle seulement de « points techniques » et « n’importe quel point que les élus voudront mettre à l’ordre du jour » pourra continuer à être débattu en conseil. « Si on sépare les points qui ne font pas de débat des autres, ça permettra de délibérer plus facilement. »
À l’Esplanade, la nouvelle majorité détricote une décision écologiste
Le point 56 propose d’abroger une délibération votée le 19 décembre 2025, sous l’ancienne majorité écologiste, qui avait étendu le périmètre du droit de préemption urbain renforcé à l’Esplanade.
Cet outil avait été présenté par l’ancienne majorité comme un moyen de disposer de davantage de maîtrise foncière pour préparer la transformation du cœur de quartier et du centre commercial. Le droit renforcé permet notamment d’intervenir sur certains lots de copropriété qui échappent au droit de préemption classique.
La nouvelle majorité estime que cette disposition ne se justifie plus et entend « travailler avec les habitants, copropriétaires, commerçants et acteurs du quartier pour réfléchir à l’avenir du centre commercial et des espaces publics ». Cette abrogation avait été annoncée par Catherine Trautmann, qui en avait fait un engagement de campagne. La maire expliquait alors vouloir revenir sur un dispositif ayant suscité « de nombreuses interrogations et une forte incompréhension » parmi les habitants et copropriétaires de l’Esplanade. Mais de nombreux groupes politiques ont prévu d’intervenir à ce sujet dont les Écologistes et le groupe des centristes et LR autour de Jean-Philippe Vetter.
Un pacte pour donner davantage de poids aux maires
Le point 18 porte sur le futur pacte de gouvernance entre les communes et l’Eurométropole. Le principe avait été posé dès l’installation de la nouvelle majorité autour de Catherine Trautmann et des élus de droite Thibaud Philipps et Catherine Graef-Eckert. Les trois élus avaient alors promis une « rupture de méthode » et davantage de poids aux maires des 33 communes.
Le projet présenté vendredi insiste précisément sur ce rôle. Les maires y sont présentés comme les « premiers interlocuteurs des habitants et comme les détenteurs d’un mandat démocratique qui doit être davantage pris en compte dans la construction des politiques métropolitaines« .
Le texte doit encore faire l’objet d’un débat : il ne s’agit donc pas encore d’adopter définitivement un pacte entièrement ficelé, mais de lancer son élaboration. C’est l’un des marqueurs politiques de la nouvelle majorité métropolitaine, qui veut afficher une relation différente entre Strasbourg et les autres communes de l’agglomération.
Le prix de l’eau, sujet à surveiller
Le rapport annuel sur l’eau et l’assainissement, au point 53, sera également à suivre. Le document indique qu’en 2025, le prix moyen de l’eau s’élevait à 3,04 euros TTC le mètre cube, contre 2,97 euros en 2024. La hausse est attribuée notamment à la refonte des redevances de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et à la révision des prix du délégataire.
Le document ne fixe toutefois pas à lui seul les prochains tarifs. Il indique seulement que le prix de l’eau devra « préserver la capacité d’autofinancement du budget annexe, alors que d’importants investissements restent programmés. »
Ce point intervient alors que Rue89 Strasbourg a dévoilé, en septembre, une évolution possible du tarif de l’eau à partir de 2027. Selon les documents que nous avions consultés, les services de l’Eurométropole travaillent sur une hausse d’environ un euro par mois et par foyer, principalement liée à l’assainissement, pour financer les investissements à venir. Notre enquête avait également montré que la promesse de Catherine Trautmann de rendre gratuits les 15 premiers mètres cubes d’eau avait été mise de côté. La délibération soumise au vote vendredi ne revient pas sur cette promesse ni sur son abandon, mais le groupe d’opposition de gauche de Schiltigheim compte les interroger sur ce point.
Sécurité dans le réseau CTS
Les 95 points comprennent ensuite une longue série de subventions et de dossiers plus techniques. Plusieurs délibérations concernent des opérations foncières, dont l’extension de la zone d’activités de Fegersheim ou des acquisitions et portages fonciers dans différentes communes. Plusieurs délibérations portent par ailleurs sur des subventions, notamment les points 20, 27, 29, 30, 32, 37, 40, 41, 42, 45, 47, 66, 67, 68 et 69.
Côté questions diverses, Jean-Philippe Maurer (Les Républicains) doit interroger l’exécutif sur la sécurité dans les transports en commun de l’Eurométropole. Florian Kobryn (LFI) souhaite, lui, ouvrir un débat sur la mobilisation lycéenne. Mais une demande similaire déposée par Irène Weiss (LR), portant sur les violences liées aux blocages, n’a pas été retenue au motif que le sujet ne relevait pas suffisamment des compétences de l’Eurométropole. Le débat demandé par l’élu insoumis pourrait connaître le même sort.