La tour To Lyon, construite par SCCV To Lyon, filiale de Vinci, dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon. ©Elian Delacôte/Rue89Lyon
[Lyon tour à tour #6] Terminée en 2023, la récente tour To-Lyon est le deuxième immeuble le plus haut de Lyon. Sa courte histoire est déjà mouvementée entre ambition revue à la baisse, alternance politique et une enquête pour favoritisme. À l’heure de la crise de l’immobilier de bureau, elle pourrait bien être la dernière tour de cette envergure à Lyon pour plusieurs décennies.
« Les premiers seront les mieux servis ! » Devant un parterre de promoteurs et de chefs d’entreprise, Gérard Collomb, maire de Lyon et président du Grand Lyon, présente son projet pour le quartier de la Part-Dieu. Nous sommes en 2011. Le maire de Lyon et président de l’agglo est présent, comme chaque année au Mipim, la grande messe internationale de l’immobilier à Cannes.
Cette année-là, Gérard Collomb annonce deux nouveaux projets de tour à la Part-Dieu : les tours Eva et Silex 2. En 2013, il récidive en annonçant la future double tour « Two-Lyon », et donne corps à son rêve de skyline pour la Part-Dieu. Et tant pis si les opérations ne sont alors pas tout à fait équilibrées financièrement.
La tour Eva est finalement abandonnée, mais la dernière pierre de la tour To-Lyon est, elle, bien posée en 2023. Le bâtiment a légèrement changé de nom, à la suite de l’abandon d’un des deux immeubles de grande hauteur initialement prévu dans le projet.
La deuxième tour devait comporter un hôtel quatre étoiles de 460 chambres, mais l’ambition a été revue à la baisse, « pour des raisons d’équilibre économique », explique Michel Le Faou, vice-président de la Métropole de Lyon à l’urbanisme entre 2014 et 2020 et désormais élu dans la majorité de droite à la tête de la collectivité.
Le géant noir, qui s’offre à la vue des visiteurs sortant de la gare, mesure 170 mètres et a été réalisé par l’architecte Dominique Perrault, notamment à l’origine de la Bibliothèque nationale de France à Paris. To-Lyon est devenu la deuxième tour la plus haute à Lyon, après Incity. Elle contient 80 000 m² de bureaux, majoritairement occupés par le groupe Apicil et EDF, un hôtel quatre étoiles, attenant à la tour, et des commerces en rez-de-chaussée.
« On ne voulait pas faire une deuxième Défense »
« Gérard Collomb voulait que la puissance économique de Lyon se matérialise au travers de plusieurs projets. La Part-Dieu était sans doute le plus visible », retrace Michel Le Faou. Il invite à voir plus loin que les tours, même si c’est ce que le grand public a retenu de l’ambition de Gérard Collomb.
« On ne voulait pas faire une deuxième Défense (quartier d’affaires de Paris, ndlr) avec une forêt de tours sur une dalle de béton, résume-t-il. Nous avons réfléchi à la qualité des espaces publics, la végétalisation, les mobilités, les commerces, les logements… »

Symbole de cette ambition, la création de la tour To-Lyon ne comprenait pas seulement l’érection d’un immeuble. Vinci a aussi été chargé de la restructuration de la partie basse de la place Béraudier attenante à la tour, d’un accès au métro et d’un parking souterrain. La « pièce d’un puzzle plus large », autour de la réhabilitation de la gare Part-Dieu, que Gérard Collomb pilotait lui-même étroitement.
Tour To-Lyon : une enquête ouverte pour favoritisme
Peut-être un peu trop étroitement. En septembre 2023, quelques mois avant l’inauguration de la tour, la Chambre régionale des comptes (CRC) rend un rapport sur la Société publique locale (SPL) la Part-Dieu, structure mixte privé-public créée par Gérard Collomb pour gérer la transformation du quartier.
Le rapport se montre très critique sur les conditions d’attribution du marché de la tour To-Lyon et de la réhabilitation de la place « basse » Béraudier. « La chambre souligne l’absence de transparence dans le choix de Vinci », explique la CRC, qui va même plus loin.
« Il est inenvisageable d’imaginer que ce choix n’ait pas donné lieu à des contacts préalables étroits et réguliers, tant des services techniques que des décideurs, notamment le président de la SPL qui était alors aussi le président de la métropole de Lyon [Gérard Collomb, ndlr] », relève la Chambre. Ce qui contreviendrait aux règles établies pour l’attribution de travaux par une collectivité.
En octobre 2023, quelques jours après la publication de ce rapport, le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour « favoritisme ». Sans vouloir faire de commentaire sur le fond du dossier, Michel Le Faou défend le montage public-privé de cette opération. « Si on avait voulu faire du 100 % public, je ne suis pas sûr qu’on aurait déjà livré ce projet », défend-il.
Vers une nouvelle tour à la Part-Dieu ?
Depuis, aucun projet de tour de très grande hauteur n’a concrètement émergé pour Lyon. Même si, fin juillet 2026, le promoteur DCB International s’est targué d’avoir négocié avec la majorité écologiste au pouvoir entre 2020 et mars 2026.
« Nous étions quasiment tombés d’accord pour une tour de 145 mètres de haut », a déclaré Didier Caudard-Breille, président du groupe à Actu Lyon. DCB International doit déjà inaugurer fin 2026 un immeuble de bureau plus petit, appelé M+, près du siège de la Métropole de Lyon. Il espère depuis plusieurs années ériger une tour plus monumentale sur la parcelle attenante, où la Métropole de Lyon pourrait louer des bureaux.
« Nous avions discuté de plusieurs scénarios, dont un où nous pourrions louer des bureaux, mais il n’y avait pas d’accord sur une tour de 145 mètres », nuance Béatrice Vessilier (Les Écologistes), ancienne vice-présidente à l’urbanisme. Elle évoque plutôt des hauteurs allant de 80 à 120 mètres.
D’autant que lors de leur mandature 2020-2026, les écologistes ont fait réviser le plan local d’urbanisme (PLU) pour limiter la hauteur des immeubles à 50 mètres. Pour des projets plus élevés, une révision du PLU devra être votée par le conseil de la Métropole. Dès le début du mandat, les écologistes avaient aussi réorienté le projet de la Part-Dieu pour limiter la création de nouveaux bureaux.
Crise de l’immobilier de bureau et divergences politiques
Avec l’arrivée d’une nouvelle majorité à la tête de la Métropole, composée de la droite et (de moins en moins) du centre (dont fait partie Michel Le Faou), cette donne pourrait-elle changer ? Le contexte n’est pour l’instant pas favorable à l’immobilier tertiaire, estime l’ancien membre de l’équipe de Gérard Collomb. Car depuis la fin de la crise sanitaire, le secteur est en crise.
« La vacance tertiaire a progressé dans le quartier de la Part-Dieu, détaille Michel Le Faou. On ne va pas créer de l’immobilier de bureau pour créer de l’immobilier de bureaux, au risque de créer une bulle. » Mais si le contexte redevenait favorable un jour, il l’assure : « Si on doit reconstruire de la hauteur un jour, c’est à la Part-Dieu qu’il faut le faire. »
Si la majorité de Véronique Sarselli (LR) à la Métropole décide de prendre cette orientation à proximité de la gare, elle devra de toute façon négocier avec la Ville de Lyon, toujours dirigée par les écologistes, qui détient la compétence de délivrer les permis de construire. Et qui est plutôt opposée à l’idée de créer de nouvelles tours.
« Ce n’est pas un non de principe, mais aujourd’hui, ces projets sont difficiles à équilibrer économiquement, ont des coûts de fonctionnement importants et sont souvent peu adaptés aux enjeux climatiques », détaille Antoine Jobert, adjoint à l’Urbanisme.
Celui-ci espère trouver une place à la table de la Métropole de Lyon, pour une « gouvernance partagée » sur le quartier de la Part-Dieu. Entre l’îlot Milan, la cité administrative d’État ou France Télévisions, plusieurs parcelles sont encore en attente d’un projet.
