Plus de 20 000 personnes, dont une grande majorité de lycéens, sont descendues dans la rue.
Après une semaine de mobilisation, le mouvement lycéen prend encore de l’ampleur et entraîne les universités et les syndicats de l’éducation. À Lyon, ce mardi 6 octobre, une manifestation a rassemblé plus de 20 000 personnes pour demander plus de moyens dans l’Éducation nationale et de meilleures conditions d’étude.
« Tu penses qu’il y a encore des lycées ouverts en France ? » s’interroge un lycéen, en route pour la place Bellecour (Lyon 2ᵉ) d’où la manifestation doit débuter à 10 heures. Le jeune homme n’est pas si loin de la réalité : 1 800 lycées sont fermés ou bloqués ce mardi 6 octobre en France, ainsi qu’une trentaine d’universités.
L’appel conjoint de l’Union syndicale lycéenne et étudiante et de l’intersyndicale de l’éducation (FO, CGT Éduc’Action, Solidaires, CNT et SNES-FSU) à manifester ce mardi a été largement entendu à Lyon : 20 000 personnes selon la préfecture, 25 000 selon les organisateurs. Une telle mobilisation n’avait pas été atteinte depuis les manifestations contre la réforme des retraites en 2023.
Le mouvement de protestation lycéen, débuté il y a une semaine, a pris de l’ampleur et s’élargit à d’autres secteurs. Pour Oriane, membre du bureau de la CGT du personnel de l’université Lyon 2, il était naturel de le rejoindre.
« À l’université, on a les mêmes problèmes qu’eux, observe-t-elle. Les lycéens donnent l’élan, on espère que ça va prendre. » Elle se dit « particulièrement choquée » par la répression policière à laquelle les élèves font face depuis le début des blocages.


Des lycéens venus de loin pour manifester
Il est rare de voir autant de lycéens dans un cortège. Des élèves de toute la Métropole lyonnaise se sont déplacés ce matin. Tristan, en fauteuil roulant, fait partie de la délégation du lycée Robert Doisneau de Vaulx-en-Velin.
Avec ses camarades, il a établi une liste de pas moins de 59 revendications, certaines sur des besoins élémentaires : « garantir l’accès au lavage des mains dans les toilettes », « garantir un chauffage fonctionnel dans toutes les salles » ou encore « donner suffisamment de moyens aux agents d’entretien ». S’il descend dans la rue aujourd’hui, c’est qu’il a le sentiment de ne pas être écouté.
De leur côté, Thilelli et ses amis ont fait la route en train depuis Vienne ce matin pour se joindre à la manifestation. Ils sont une quinzaine d’élèves du lycée Ella Fitzgerald autour de leur banderole.
« Ça fait du bien de se rassembler, car chez nous on n’est pas entendus par le proviseur et par les élus », confie la jeune fille. Les élèves dénoncent des conditions de travail dégradées dans leur établissement : des classes surchargées, un manque d’isolation thermique, des horaires à rallonge…
Derrière eux, certains de leurs professeurs ainsi que quelques parents d’élèves, dont ceux de Thilelli, les ont suivis. « On a peur de la police, donc on vient pour assurer la sécurité de nos enfants et montrer qu’ils ne sont pas tous seuls », revendiquent Valérie et Slimane.


Se mobiliser « pour protéger les gamins »
Face aux vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des interpellations très violentes qui ont émaillé les derniers jours de mobilisation, de nombreux adultes ont été poussés à se joindre à la manifestation.
Alors que le cortège avance au son de la fanfare, les forces de l’ordre se tiennent à distance. Face à eux, des membres de la CGT forment des barrières humaines « pour protéger les gamins ».
Michel et Noëla, employés de l’entreprise bioMérieux, ont été choqués par la réponse répressive du gouvernement. « Cette société ne donne pas d’avenir à la jeunesse, on préfère la tabasser, grogne Michel. Quand on prend du gaz et des coups de matraque, forcément on est en colère ! »
Tristan, à la CGT TCL (Transports en commun lyonnais), espère de son côté que le mouvement va continuer à s’élargir. « Je pense que ça va arriver du côté des travailleurs, espère-t-il. Il faut que les jeunes ne lâchent rien et continuent de montrer l’exemple. »


Du côté des associations, la colère est la même. « On est à la fois effarés, scandalisés et affreusement inquiets, confie Myriam Matonog, de la Ligue des droits de l’Homme. Les revendications des jeunes sont justes, on espère que la pression collective va être suffisamment forte pour que le gouvernement comprenne. »
Des revendications « légitimes » pour les élus
La manifestation avance dans une ambiance festive. Arrivés sur les quais du Rhône, les lycéens sont accueillis par un concert de klaxons venus de l’autoroute. Idir Boumertit, député LFI et maire de Vénissieux (dont l’élection a été annulée par la justice mardi 29 septembre), se sent solidaire des manifestant·es.
« Il faut venir en soutien à cette jeunesse qui a des demandes qui me semblent légitimes, affirme-t-il. La convergence des enseignants, lycéens et universitaires doit faire entendre au gouvernement ce qu’on essaye de dire depuis des années à l’Assemblée nationale, à savoir que l’école est malade. »
L’élu n’hésite pas à qualifier la répression des blocages par les forces de l’ordre de « déplorable » et salue la bonne organisation de la manifestation du jour. « Il ne faut pas mélanger les exactions de certains casseurs et les revendications des jeunes », justifie-t-il.


D’autres élus de la Métropole de Lyon se sont joints à la marche. Parmi eux, quatre communistes marchent côte à côte. « On a des élèves qui font leur rentrée sans profs, d’autres ont des profs qui ne sont pas remplacés pendant des semaines », rappelle Alexandra Servigne, adjointe à l’urbanisme dans le 9ᵉ arrondissement. Mathilde Hardy, adjointe à la santé dans le 3ᵉ, renchérit : « On veut plus de moyens dans les services publics en général et une revalorisation des salaires. »
Thierno Touré, élu d’opposition communiste à la mairie de Décines-Charpieu et professeur, se montre quant à lui inquiet. « On sent chez nos élèves une angoisse de l’avenir, confie-t-il. Ils sont malheureux, et on ne réussit pas ses études en étant malheureux. »
Une convergence des luttes étudiantes et lycéennes
Kylian et Lola, deux étudiants en licence de psychologie à Lyon 2, ont apporté leur aide aux lycéens sur les blocages des derniers jours. « C’est pas normal que la jeunesse ait des perspectives aussi négatives, s’insurgent-ils. Il y a un ras-le-bol général, se mobiliser est une nécessité. »
Lou, secrétaire générale de l’Union étudiante à Lyon, souligne l’importance de joindre les forces. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un rassemblement des étudiants, des lycéens, des professionnels et des syndicats, se réjouit-elle. On ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on demande. »


La jeune femme observe la manifestation qui a à présent atteint la place Guichard, bien trop petite pour accueillir tout ce monde. Le cortège se diffuse dans les rues attenantes. Quelques feux de poubelle sont allumés, une manifestation sauvage s’organise en direction du rectorat. La police lance des tirs de lacrymogènes. Lou soupire : « De toutes façons, on n’a plus rien à perdre. »
