Les enseignants soutiennent leurs élèves (LB/Rue89 Bordeaux)
La réunion destinée à « ouvrir le dialogue » s’est tenue aujourd’hui entre les lycéens, la préfète et le recteur. Les réactions sont mitigées et la mobilisation n’est pas près de faiblir. Trente-quatre interpellations ont eu lieu ce vendredi.
Comme prévu, au lendemain des blocages qui ont débuté ce mardi 29 octobre, une vingtaine d’élèves élus aux Conseils de la Vie Lycéenne des établissements girondins a été reçue ce vendredi matin 11h au lycée Montesquieu à Bordeaux. Ils ont été entendus par la préfète Sophie Brocas, le recteur Jean-Marc Huart et le vice-président à l’Éducation du conseil régional Jean-Louis Nembrini.
« Cette concertation a permis aux représentants des élèves d’exposer leurs revendications et de faire part de leurs inquiétudes face aux violences commises, dont ils tiennent à se désolidariser », peut-on lire dans un communiqué de la préfecture qui n’entre pas plus dans les détails des échanges.
« On a peur que ça ne suive pas »
En sortant du bâtiment après la réunion, les expressions des lycéens étaient mitigées. Les échanges ont duré plus de deux heures durant lesquelles beaucoup de problèmes ont été soulevés par les jeunes représentants : les moyens alloués aux établissements, Parcoursup, la santé mentale des jeunes, voire les violences policières… Ils estiment que le dialogue autour de certains sujets reste encore fragile.
« Ils nous écoutaient mais ne répondaient pas vraiment à nos demandes, même s’ils ont été assez compréhensifs. On a peur que ça ne suive pas », expliquent Maëlle, élève de terminale au lycée Mauriac.
Cette dernière promet déjà de « revenir sur parcoursup, les volumes horaires, ou encore l’interdiction des portables », lors de la prochaine réunion qui devrait être organisée la semaine prochaine. Les lycéens aimeraient également comprendre les raisons du manque de moyens dans les établissements scolaires.
« Ils nous ont dit que le budget avait automatiquement augmenté avec la baisse démographique. Mais nous on pense le contraire avec la hausse des coûts », ajoute Paul dubitatif.

« Ensemble face à la répression »
Un peu plus tôt, devant le rectorat où devait se tenir initialement la réunion, des centaines d’élèves de différents lycées de la métropole, ainsi que des étudiants, des syndicats et des enseignants étaient rassemblés, dos à une rangée de policiers.
« C’est important qu’il y ait cette convergence des luttes. C’est en faisant front ensemble qu’on va pouvoir faire face à la répression », déclare Ulysse, du syndicat étudiant Le Poing levé.
Sous les applaudissements, plusieurs élèves des lycées bloqués comme Camille-Jullian, Gustave-Eiffel et François-Magendie, ont pris la parole pour faire le point sur les revendications : « Ce que nous voulons, c’est nous exprimer sans violences. Etudier c’est un droit ! » « On ne doit pas rester chez nous, on doit se faire entendre », lancent des élèves du lycée Gustave-Eiffel, dans la foule.
Pour éviter les débordements, les enseignants et les syndicats ont entouré le rassemblement des jeunes, surtout face aux forces de l’ordre. « Leurs problèmes c’est nos problèmes aussi », assure une enseignante du lycée Les Iris à Lormont qui a été bloqué la veille. Elle parle d’insalubrité, des fuites, du manque d’équipements, dans des établissements parfois « moins bien lotis » que d’autres.
Des blessés et des interpellations
Dans son communiqué, la préfecture a précisé que « la mobilisation initiée depuis mardi dans des lycées de la métropole bordelaise s’est poursuivie ce vendredi en Gironde mais dans une plus faible intensité : 1100 lycéens se sont mobilisés, 700 dans l’agglomération bordelaise et 400 dans le reste du département, contre 6 000 dénombrés hier ».
33 établissements dans le département étaient pourtant fermés suite à une décision prise en concertation entre la préfète et le recteur de l’académie de Bordeaux, avec les chefs d’établissements.
« Malgré cette mesure et la mobilisation renforcée des forces de sécurité et de secours (plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers) sept blessés sont à déplorer durant la journée : une lycéenne légèrement blessée a été prise en charge par un médecin pour difficulté respiratoire et six policiers ont également été blessés par des jets de mortiers et de projectiles. »
En marge de cette mobilisation lycéenne, de nouvelles échauffourées se sont produites « en particulier dans le secteur du Grand Parc à Bordeaux et à Arcachon » précise la préfecture qui fait état de 34 interpellations réalisées par les forces de l’ordre « dont certaines dans le cadre de violences urbaines ».
Depuis le début du mouvement, 19 mis en cause ont été déférés au parquet de Bordeaux (17 mineurs et 2 majeurs). Ils ont tous été placés sous contrôle judiciaire ou se sont vus imposer une mesure éducative judiciaire, dans l’attente de leur jugement.
