Published on 19 septembre 2025

5 min

Reconnaissance de l’État palestinien : d’un combat de la France à une lutte des Français

#News

La dernière fois qu’un premier ministre français a eu un mot pour la Palestine, il était de droite. Bien de droite. C’était François Fillon, en 2007. À la tribune de l’Assemblée nationale, lors de sa déclaration de politique générale, le chef du gouvernement déclamait : « La France ne se résigne pas à voir la bande de […]

Source:

Open link

La dernière fois qu’un premier ministre français a eu un mot pour la Palestine, il était de droite. Bien de droite. C’était François Fillon, en 2007. À la tribune de l’Assemblée nationale, lors de sa déclaration de politique générale, le chef du gouvernement déclamait : « La France ne se résigne pas à voir la bande de Gaza en état de siège permanent et la Palestine condamnée à une partition de fait avant même davoir pu exercer réellement sa souveraineté sur son territoire. La France va prendre des initiatives […] pour ranimer la petite flamme de lespoir dune Palestine libre et démocratique coexistant pacifiquement avec un État dIsraël reconnu et respecté par tous ses voisins. »

Que la France reconnaisse l’État palestinien, c’est bel et bien l’aboutissement d’une lutte.

C’était le dernier souffle politique français en faveur d’une Palestine libre. 18 ans plus tard, Emmanuel Macron s’apprête à reconnaître, officiellement, l’État palestinien. Un symbole. Car, de fait, la France reconnaît déjà la Palestine : elle lui reconnaît une capitale ; l’Autorité palestinienne dispose d’une ambassade en France. Mais ne boudons pas notre plaisir : que la France reconnaisse l’État palestinien, c’est bel et bien l’aboutissement d’une lutte.

Sur le même sujet : Insaf Rezagui : « La France pourrait être poursuivie pour complicité si elle continue de soutenir Israël »

Une lutte initiée de longue date par d’anciens présidents de la République française. En 1967, le Général de Gaulle se fâche avec Israël, suite à la guerre des Six Jours, quitte à se fâcher aussi avec une bonne partie de son camp politique. Débute alors la fameuse « politique arabe de la France ». Valéry Giscard d’Estaing, en 1974, emboîte le pas. Il affirme que le peuple palestinien « doit pouvoir disposer d’une patrie » puis, en juin 1980, il fait signer aux Européens la déclaration de Venise qui inscrit la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination et la volonté de négocier avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). La « normalisation » de la figure de Yasser Arafat et sa relation avec la France contribuent pour beaucoup dans l’avancée du processus.

Sarkozy puis Hollande seront les meilleurs amis de Netanyahou, quoi qu’il en coûte. C’en est fini de la politique arabe.

En 1982, François Mitterrand permet l’évacuation de la direction de l’OLP prise au piège dans Beyrouth assiégé par Israël. À la tribune de la Knesset, il appelle à ce que « les habitants arabes de Cisjordanie et de Gaza disposent d’une patrie ». En 1989, année du bicentenaire de la Révolution, le président socialiste invite Yasser Arafat à Paris. Celui-ci déclare alors qu’une partie de la charte de l’OLP est « caduque ». Le mot est des plus importants : l’organisation palestinienne abandonne l’idée de « détruire Israël ». La paix avance. Parallèlement à ces décennies de relations franco palestiniennes, les guerres et les massacres qui brisent la région sensibilisent les Français au sort des Palestiniens.

La rue ne lâche pas

En 1996, Jacques Chirac marque les esprits avec son « You want me to go back to my plane ? », lancé à Jérusalem lors d’une altercation avec des officiers de sécurité israéliens. Mais le 11 septembre 2001, le monde change. Cette lutte quitte le premier plan des journaux. Partout en Occident, la priorité devient la lutte contre le terrorisme islamiste.

La France, reconnaissant la Palestine, continuera-t-elle d’aider militairement Israël à tuer les Palestiniens ?

La mort d’Arafat, en 2004, ouvre une période de forte division parmi les militants palestiniens et contribue – un peu – à l’éclipse de cette lutte auprès des opinions occidentales. La France, jusqu’alors tant investie dans la reconnaissance de l’État palestinien, prend fait et cause pour Israël. Sarkozy puis Hollande seront les meilleurs amis de Netanyahou, quoi qu’il en coûte. C’en est fini de la politique arabe.

Mais la rue, elle, ne lâche pas la Palestine. Les mobilisations s’intensifient à chaque guerre. Se radicalisent aussi. La réponse de l’État est répressive, les accusations en antisémitisme fusent, confondant volontairement ce racisme spécifique à l’antisionisme, voire à la simple critique de la politique israélienne. Les amalgames ont la belle vie.

Sur le même sujet : Antisionisme et antisémitisme, une opération politique avortée

Il aura fallu attendre. Attendre que le Hamas, le 7 octobre 2023, provoque une nouvelle guerre et plonge la Palestine dans la lumière médiatique et politique. Emmanuel Macron se montre en retard d’un train sur nombre de ses homologues. Sa reconnaissance de l’État palestinien serait « à conditions » : libération de tous les otages ; éviction totale du Hamas ; renouvellement de l’Autorité palestinienne et reconnaissance d’Israël par l’ensemble des États arabes voisins – un non-sens vis-à-vis du droit international, un État souverain n’existe sous aucune condition.

Et après ? Reste une épineuse question : la France, reconnaissant la Palestine, continuera-t-elle d’aider militairement Israël à tuer les Palestiniens ?

Written by Loïc Le Clerc

Published on 19 septembre 2025

article.similars

#Pouvoirs #Médias

Caroline Yadan et ses relais médiatiques : machine à censure ?

Published on 16/03/2026 à 16:36

13 min

Habituée aux plateaux, obsédée par LFI et porte-voix de la politique du gouvernement israélien, Caroline Yadan développe son influence dans les médias français depuis son élection comme députée de la 8e circonscription des Français·es de l’étranger - comprenant Israël. Début avril, elle soutiendra à l’Assemblée Nationale une loi "visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme", vue par beaucoup comme une manière de criminaliser l'antisionisme. Quels sont les principaux relais médiatiques de Caroline Yadan, et comment se comporte-t-elle avec les journalistes dont le travail lui déplaît ? Portrait.

#Pouvoirs

Jean-Luc Mélenchon : « Nous sommes les plus forts à gauche »

Published on 18/11/2025 à 17:42

23 min

Alors que le gouvernement échappe à un vote budgétaire et que le PS choisit la négociation, le leader insoumis dénonce une « comédie démocratique » et acte la rupture avec les socialistes. Sa stratégie : refonder une gauche de rupture, préparer les municipales en autonomisant La France insoumise et affronter les grands débats sur l'immigration, le syndicalisme, l'Ukraine, la Chine et le Proche-Orient.

Unrestricted access
#News

Depuis Gaza et Ramallah : « Macron parle de deux États tout en continuant d’armer Israël »

Published on 19/09/2025 à 16:00

6 min

« Cette annonce à New York ne changera rien. Elle n’apportera aucune sécurité aux habitants de Gaza ni même de Cisjordanie Occupée. Nous faisons face à l’arrogance d’Israël. Elle est d’une ampleur que le monde n’a jamais connue. » La réponse de Mohamed est immédiate lorsqu’on lui demande par Whatsapp ce qu’il pense de cette […]

Unrestricted access
#News

Reconnaissance de la Palestine : le très politique revirement d’Emmanuel Macron

Published on 19/09/2025 à 16:00

9 min

Mais quelle mouche a bien pu piquer Emmanuel Macron ? Reconnaître l’État de Palestine, le président s’y est longtemps refusé. Une ligne infranchissable. En 2017, le candidat Macron ne voulait même pas utiliser le mot de « reconnaissance ». « La sécurité d’Israël est pour nous un principe intangible, de même que la légitimité de l’État palestinien. Nous devrons […]

Hello 👋

Here is the edition of  

Par Léna Rosada

Pourquoi si peu de discours médiatiques sur les responsabilités politiques autour de la contamination massive au cadmium ? Arrêt sur images revient sur les angles morts du scandale sanitaire lié à ce métal lourd, toxique et cancérogène omniprésent dans nos aliments du quotidien.

Recréer une vie loin de l'Ukraine, tout en continuant à soutenir leurs pays d'origine. Après quatre ans de guerre, Rue89 Bordeaux donne la parole aux réfugié·es de guerre ukrainien·es, qui se confient sur les difficultés de l'exil. 

#International

Quatre ans après l’invasion russe, les réfugiés ont « la tête en Gironde, et le cœur en Ukraine »

Published on 13/04/2026 à 06:00

13 min

Ils sont arrivés en 2022, souvent avec peu de choses et beaucoup d’incertitudes. Quatre ans plus tard, sur les 1790 réfugiés qui vivent en Gironde, certains ont trouvé un équilibre, d’autres peinent encore à s’en sortir. Entre problèmes d’hébergement et déconvenues professionnelles, ils racontent leur vie loin de l’Ukraine, quatre ans après le déclenchement de la guerre à grande échelle.

Unrestricted access
#International

Frappes israéliennes au Liban : « Les responsables doivent être amenés devant la justice et rendre des comptes »

Published on 10/04/2026 à 16:17

1 min
#Libertés

Avec les interprètes judiciaires, ces rouages de la justice qu’un sénateur veut remplacer par l’intelligence artificielle

Published on 13/04/2026 à 06:00

6 min

Si l’assistance d’un interprète et la traduction des pièces en langue étrangère est imposée par la loi, le métier de traducteur et interprète judiciaire reste méconnu. Plongée dans un des rouages essentiels et pourtant précaire du système judiciaire français, à l’heure où un sénateur a proposé d’expérimenter l’intelligence artificielle pour les remplacer.