Meeting électoral pro-Bolsonaro, dans le quartier de Campo Grande, dans la zone ouest de Rio de Janeiro, au Brésil, le 3 octobre 2026.
On aurait pu croire le bolsonarisme frappé à l’os il y a un an, avec la courageuse incarcération de son inventeur Jair Bolsonaro, condamné à vingt-sept ans de prison pour la tentative de coup d’État du 8 janvier 2023. Mais non. L’ex-président d’extrême droite a une femme et des enfants, et son nom est devenu une marque florissante. Michelle Bolsonaro, zéro expérience en politique, vient d’être élue au Sénat, tout comme leur fils Carlos Bolsonaro. Son plus jeune frère, Jair Renan, siègera à la Chambre des députés. Mais surtout, Flávio, son aîné affectueusement surnommé « 01 » par son père, a viré en tête du premier tour du scrutin présidentiel, lors des élections générales du 4 octobre dernier.
Quand bien même la magie de Lula opérerait une dernière fois, il ne déferait que Bolsonaro fils.
Car la messe politique est déjà pratiquement dite.
La famille Bolsonaro revient à l’avant de la scène politique en grande pompe et en toute homogénéité idéologique. Cependant, ce népotisme affleurant serait presque anecdotique si le bolsonarisme n’avait pas rallié plus de 56 millions de personnes derrière Flávio (Parti libéral, PL), qui devance Lula (Parti de travailleurs, PT) – 47,0 % des voix contre 45,2 %. À touche-touche, mais l’apparence est bien trompeuse. Le président sortant était donné devant dans tous les sondages, et il fait même moins bien qu’au premier tour de 2022.
Les trois semaines à venir, jusqu’au second tour le 25 octobre, vont sans nul doute voir cet animal politique, fort de sept candidatures présidentielles, déployer toute sa science électorale pour mobiliser en vue d’un exploit : le plus performant des autres candidats n’a recueilli que 2,9 % des bulletins, et tous ou presque sont classés à droite. Quant au vivier des abstentionnistes (21 %, comme en 2022), le péril de l’extrême droite ne l’a pas convaincu d’aller voter.
Lula n’a pas su préparer sa succession
Quand bien même la magie de Lula opérerait une dernière fois, il ne déferait que Bolsonaro fils. Car la messe politique est déjà pratiquement dite. Le 4 octobre au soir a acté la victoire du PL, qui accroît encore son emprise sur la Chambre des députés, et sur le Sénat surtout. Pendant quatre ans, le gouvernement Lula s’est trouvé sans cesse entravé par un législatif dominé par l’extrême droite, alliée à la droite conservatrice et au centre mou. Un éventuel nouveau mandat (le quatrième depuis 2003) du vieux guerrier pourrait se traduire par l’enlisement permanent de l’exécutif.
La poussière ne retombera qu’après le 25 octobre. Il sera alors l’heure d’une profonde introspection pour la gauche ; Lula n’a pas su préparer sa succession, faute de relève crédible aussi. Le bilan 2022-2026 du fondateur du PT est pourtant loin d’être mauvais. Il a réussi à regagner tout ou partie des terrains mis à sac par Bolsonaro entre 2019 et 2022 – politiques sociales, environnementales, droit des peuples autochtones, etc.
Les forces progressistes brésiliennes sont abasourdies devant un pays qu’elles ne reconnaissent plus.
Mais c’est ailleurs, sur le coût de la vie et la sécurité en particulier, que les électrices et électeurs attendaient en priorité des réponses. Même la défense de la souveraineté nationale contre Trump et ses ingérences, corde jouée avec talent par Lula, ne l’aura pas intronisé comme sauveur de la nation. Là où Lula propose une « continuité mais en mieux », Bolsonaro matraque le dégagisme. Flávio, lui, est plus policé que son père, mais tout aussi dangereux.
La gauche serinait depuis des mois qu’une réélection du vieux guerrier ne servirait guère si le Congrès ne se rééquilibrait pas sur sa gauche. Rien à faire. Les forces progressistes brésiliennes sont abasourdies devant un pays qu’elles ne reconnaissent plus. Ça pourrait bien nous arriver ici.