Published on 02 septembre 2026

4 min

La Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer était un lieu précieux

#Culture

Célia Viale* et Karim Ghelloussi** sont artistes plasticien·nes, vivant, travaillant et militant à Nice. Membres du Snap-CGT, iels dénoncent la décision du maire RN, Bryan Masson, de fermer la Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer, espace privilégié de liberté de création. Et appellent à la reconnaissance du travail des artistes à travers l’élaboration d’un véritable statut.

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L’exposition « Dans les plis du monde », à la Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer, en 2016.

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* Née à Nice, Célia Viale est diplômée en design textile de l’Académie des beaux-arts de Tournai, en Belgique. 

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Né à Argenteuil, Karim Ghelloussi
est diplômé de la Villa Arson à Nice. Iels se sont rencontré·es en adhérant au Snap 06 et en rejoignant la CGT Spectacle 06.

La Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer (Mdac), c’est, ou c’était, un espace et un collectif ouverts à l’expérimentation artistique de formes, de dispositifs, d’idées, d’échanges, de partages, de rencontres, de situations, d’atmosphères, de sentiments, d’intuitions et de gestes. Toutes ces choses qui n’entrent pas dans l’esprit rabougri, autocentré et suffisant des élu·es d’extrême droite. Quand iels entendent le mot culture… iels répondent patrimoine !

C’est bien, le patrimoine. C’est même très bien. Les artistes mort·es, ça ne déborde pas, on sait où ça commence et où ça finit. Puis ça flatte les contribuables pour peu qu’on soit raccord avec la couleur des géraniums de la jardinière municipale. Ça fait joli, puis c’est bien pratique parce qu’on peut lui faire dire ce qu’on veut, quitte à réécrire l’histoire. Pierre-Édouard Stérin leur montre le chemin.

Il se dit que le maire nouvellement élu, Bryan Masson, et son adjointe à la culture, au patrimoine et au mécénat, Caroline d’Amat, ambitionnent d’ouvrir une boutique de souvenirs en lieu et place de la Mdac. C’est le projet pour l’avenir et le rayonnement de l’art et de la culture à Cagnes-sur-Mer, petite ville idéalement située sur la Côte d’Azur.

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Et on les voit déjà, ces hordes de touristes tant désirées, achetant des babioles fabriquées au bout du monde par des travailleur·euses précaires, mais si subtilement rehaussées de lavande et de mimosa qu’iels penseront rapporter dans leur propre bout du monde un véritable morceau de Provence.

C’est bien, le patrimoine. C’est même très bien. Les artistes mort·es, ça ne déborde pas.

Et quoi ? Que représentent ces artistes qui, en plus d’avoir l’indécence d’être toujours vivant·es, sont perclus·es de doutes et d’incertitudes ? Eh bien, rien ! Ou si peu, tant les gouvernements successifs de droite extrême comme d’extrême centre ont préparé le terrain à l’artillerie lourde de l’extrême droite revancharde et désormais complètement décomplexée. Tant ils ont fragilisé financièrement, épuisé mentalement les structures associatives, les collectifs d’artistes, les réseaux d’entraide et de partage.

L’art est un travail

Car il faut bien comprendre ce que c’est qu’être artiste aujourd’hui à Cagnes, à Nice ou ailleurs en France. Être artiste, défendre cette position, c’est connaître la précarité, c’est cumuler les emplois alimentaires déclassés et ponctuels, c’est chercher sans cesse l’équilibre économique qui permet de maintenir son travail artistique.  L’art est un travail et les artistes sont des travailleurs et des travailleuses. Il y a en France, aujourd’hui, plus de 450 000 travailleur·euses de l’art, et iels sont exclu·es de fait de l’assurance chômage comme de l’assurance maladie parce qu’on ne leur reconnaît pas de statut.

Le Snap-CGT, syndicat des artistes plasticien·nes, avec d’autres syndicats et collectifs, porte à bout de bras le projet de loi sur la continuité des revenus, qui changerait concrètement la vie de 30 000 personnes et en mettrait en sécurité 28 000 autres. C’est chiffré, c’est carré, c’est la réalité des artistes vivant et travaillant aujourd’hui en France. Et pour elles, pour eux, pour nous, la Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer était un lieu précieux.

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Nous souhaitons, pour conclure cette tribune, en confier les derniers mots à Donia Ouassit. Donia est artiste plasticienne. Elle est membre du collectif La Station à Nice. Elle participe à l’exposition visible jusqu’au 4 octobre à la Mdac. Le culinaire et l’alimentation occupent une place centrale dans sa démarche artistique : préparer des mets issus d’un long héritage méditerranéen et qui donnent naissance tantôt à des sculptures, tantôt à des installations qu’activent des rituels performés d’échanges et de partage.

« Constater la réceptivité du public, sa curiosité face à chaque histoire et son plaisir à déguster ces mets reste la plus belle des récompenses : chaque personne repart avec un souvenir ancré et une histoire à raconter. » La Mdac fermera définitivement ses portes, après dix-sept ans d’existence, le 5 octobre 2026.

Published on 02 septembre 2026

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#Culture

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