Published on 23 juin 2026

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7 min

« Grand épluchage » des notes de frais de Laurent Wauquiez : « L’idée de participer à quelque chose d’important »

#Communs

Le 18 juin dernier, à l’appel de Mediacités, une soixantaine de bénévoles – étudiants, actifs, retraités… - se sont mobilisés pour décortiquer les dépenses des élus de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ils témoignent de leur participation à ce chantier « franchement gratifiant ».

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Un trio d’éplucheurs‐bénévoles de la journée du 18 juin. Photo : N.Liponne/MAXPPP.

Et Yann Barthès de lancer : « Bon courage à Mediacités ! » De l’émission Quotidien au journal Le Monde, d’une vidéo Instagram de l’influenceur Le Jeune engagé à une savoureuse chronique de RTL, en passant par une dépêche AFP ou un reportage de Libération, nos confrères et consœurs se sont délectés de notre « grand épluchage ». Une opération inédite de journalisme participatif pour décortiquer les notes de frais de Laurent Wauquiez, quand il présidait la région Auvergne‐Rhône‐Alpes, et celles de ses anciens vice‐présidents et ex‐collaborateurs.

Comme vous l’avez lu dans nos pages – ou ailleurs donc –, la collectivité a mis près de cinq ans à nous transmettre ces documents administratifs, en théorie consultables par tout le monde, après une fastidieuse procédure judiciaire. Et une ultime manœuvre dilatoire : la Région nous les a remis sous format papier. Plus de 7000 pages volantes. En vrac.

D’où notre appel aux bonnes volontés pour venir aider les journalistes de Mediacités à trier et éplucher ces factures et autres reçus. Vous avez été près de 800 à y répondre et – faute de place pour tous vous accueillir dans nos locaux lyonnais – une soixantaine à participer aux opérations le 18 juin dernier.

Plus de 7000 documents : aidez Mediacités à éplucher les notes de frais de Laurent Wauquiez !

Parole aux « éplucheurs »

Cinq jours plus tard, plutôt que de vous re‐raconter une nouvelle fois l’histoire de « la mesquinerie » de Laurent Wauquiez et de « l’effet Streisand » qu’elle a provoqué, pour reprendre les mots d’un billet du journaliste Jonathan Bouchet‐Petersen dans Libération, nous avons préféré donner la parole aux « éplucheurs ». Ecouter Monique, Simon ou encore Danny qui ont consacré trois ou quatre heures de leur temps, jeudi dernier, à passer en revue les fameuses notes de frais et remplir des tableurs Excel dans la chaleur torride de nos bureaux.

« C’était franchement gratifiant de participer à ce chantier, considère Maïwen. On a mis un peu de temps à se mettre dans le rythme, mais après, on était en mode “machine” avec quand même les rires et la bonne humeur en sus. » « J’ai eu l’impression de collaborer au travail indispensable que vous [les journalistes de Mediacités] menez quotidiennement. Et ce, dans la bonne humeur », renchérit Damien. De fait, au fil des notes de restaurants ou de déplacements en avion, les blagues et les rires – parfois un peu jaune, car il s’agissait de l’usage de l’argent public – n’ont pas manqué.

« Je retiens la lourde tâche qu’ont les journalistes à analyser, trier et investiguer. Cet évènement m’a fait aussi réaliser à quel point la presse locale travaille avec de faibles moyens », note Thibault. La remarque, très juste, fait écho à la stratégie de la Région d’avoir tenté d’entraver le travail de transparence de notre modeste rédaction en imprimant des milliers et des milliers de fichiers.

Un trio d’éplucheurs‐bénévoles de la journée du 18 juin. Photo : N.Liponne/MaxPPP.

« C’est juste que nous n’avons pas transmis les documents tout de suite »

Auprès de l’AFP, la collectivité a justifié le format papier car « les documents demandés étaient archivés ». Dommage alors de ne pas nous les avoir communiqués avant de les ranger dans les cartons, quand nous les avons demandés et sans attendre cinq ans… « Nous n’avons pas refusé d’envoyer les documents. C’est juste que nous ne les avons pas transmis tout de suite », a aussi soutenu – sans rire – le conseil régional de Laurent Wauquiez, cité par Le Monde. C’est passer un peu vite sur sa détermination à garder secrètes les notes de frais, jusqu’à saisir (et encombrer) le Conseil d’Etat sur le sujet.

Sans nul doute, cette attitude de la région Auvergne‐Rhône‐Alpes a motivé nombre d’entre vous à nous aider. C’était « un plaisir d’avoir participé à “entraver” les manœuvres dilatoires d’une institution politique qui s’est crue au‐dessus de la loi commune », confirme « l’éplucheur » Thierry. « C’est inadmissible que cela [consulter les notes de frais] ait pris tant de temps et d’argent, avec toutes ces procédures », nous a aussi écrit Virginie, qui, habitant à Paris, n’a pas pu participer à « la noble tâche d’éplucher les notes de frais de Laurent Wauquiez ».

Plus de 1100 documents traités

Au‐delà, plusieurs bénévoles du 18 juin soulignent la portée politique et symbolique de l’opération. Lily salue « la volonté collective de personnes très différentes de venir en aide à Mediacités pour établir la vérité sur les dépenses de la Région ». Danny confie avoir éprouvé « un sentiment d’utilité et l’idée d’œuvrer à quelque chose d’important ». « L’expérience m’a permis de rencontrer des gens tous motivés par un sentiment de justice sociale », témoigne encore Sébastien.

Pour quel résultat ? Au terme de douze heures d’épluchage, les troupes mobilisées ont passé en revue un peu plus de 1100 documents et en ont extrait les informations essentielles. Un travail colossal, mais loin d’avoir épuisé la meule de papier livrée par la Région. Faut‐il en conclure pour autant que la collectivité a réussi à nous tenir en échec ? Non.

Une partie des fameuses notes de frais triées. Photo : NB/Mediacités.

D’une part, au fil de la journée, nous avons effectué un pré‐tri pour prioriser les dépenses de certains élus (dont, sans surprise, Laurent Wauquiez). Cette stratégie nous permettra, dans les prochaines semaines, de publier de premiers articles basés sur l’analyse des notes de frais de ces responsables. Nous envisagerons ensuite la meilleure façon de traiter le reste des documents.

D’autre part, l’élan citoyen suscité par notre appel et son incroyable écho médiatique ont mis en lumière le manque de transparence de la région Auvergne‐Rhône‐Alpes. Peut‐être ce coup de boomerang dissuadera‐t‐il d’autres collectivités et d’autres élus de faire mystère de leurs notes de frais ?

En attendant cette éventuelle « jurisprudence Wauquiez », Clément, éplucheur‐bénévole, résume sa participation par ces mots : « Une bonne ambiance, une bonne organisation, la sensation d’être utile, l’envie d’en faire plus et de revenir, la modestie face à l’ampleur du travail et la joie de faire partie d’un collectif spontané au service de l’intérêt général. »

 


Vous pouvez soutenir le travail des journalistes de Mediacités en vous abonnant ou en effectuant un don (défiscalisable à 66 %) :


 

Au lendemain du 18 juin, nous avons adressé un mot de remerciement aux « éplucheurs » des notes de frais, en leur proposant, s’ils le souhaitaient, de nous donner leurs impressions sur leur participation. Leurs citations dans cet article sont extraites de leurs réponses.

Written by Nicolas Barriquand•

Published on 23 juin 2026

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