En mars, Florian Azema a été élu maire de Castres avec seulement 29,8 % des voix. / Illustration Mediacités – Instagram
Visite de personnes âgées dans leurs résidences, rétablissement du « concert de rentrée », absent depuis 2020, sur la place Druot… Dans un style plus policé que son voisin de Carcassonne, le maire de Castres travaille son ancrage dans la ville depuis son élection en mars dernier dans le cadre d’une quinquangulaire (Voir un rappel des résultats en bas de l’article). « Il est présent partout : sur le terrain, sur les réseaux sociaux. Il se donne un côté rassembleur », observe Jean‐Antoine Escande, membre de l’opposition socialiste.
Mais cette image policée ne résiste pas longtemps à l’examen. Derrière les discours de proximité et de rassemblement, les marqueurs de l’extrême droite affleurent rapidement.
Le comédien Alexis Michalik en a fait les frais en juin dernier lorsque la municipalité a déprogrammé sa pièce de théâtre « Passeport ». Cette œuvre, qui retrace le parcours d’un exilé érythréen, est accusée par Florian Azema, de faire « la promotion des clandestins » et ne correspondait pas « aux idées défendues pendant la campagne ».
Saisi sur la question, le tribunal administratif a jugé, en août dernier, qu’en l’absence d’un contrat définitif avec la compagnie, la municipalité était en droit de modifier sa programmation.
La sécurité et l’équilibre budgétaire au cœur du récit municipal
Comme il est d’usage dans les municipalités RN, la question sécuritaire fait l’objet de toutes les attentions. À Castres, Florian Azema a mis en place une brigade canine, augmenté le nombre de caméras et renforcé la présence policière sur le terrain. À grand renfort de vidéos publiées sur les réseaux sociaux, le maire se place en première ligne de la lutte contre la délinquance, notamment contre les rodéos urbains.
Sur un autre terrain, Florian Azéma entend également se présenter en gestionnaire rigoureux des finances publiques. Celui qui appelait dès le début de son mandat à « une gestion du budget en bon père de famille », a annoncé un vaste plan d’économies, baptisé « 3R » pour « redresser, rebondir, réussir ». Objectif affiché : relever les comptes après un rapport très critique de la Chambre régionale des comptes, publié fin 2025, sur l’état des finances de la Ville.
Un rapport musclé aux oppositions
Les tensions entre majorité et opposition ne sont pas propres aux municipalités d’extrême droite. Mais, force est de constater que les séances du conseil municipal donnent lieu à de vifs affrontements. En juin, Florian Azéma a publiquement demandé à Jean‐Antoine Escande, élu socialiste, de s’expliquer sur sa présence lors d’une manifestation marquée, selon la mairie, par des insultes envers des policiers municipaux. Une séquence en dehors de tout cadre réglementaire, qui a interrompu les débats municipaux pendant plusieurs minutes.
Cette tension s’est également illustrée, au printemps, par le refus de la mairie de mettre une salle municipale à disposition de l’Institut La Boétie, le laboratoire intellectuel de La France insoumise. La municipalité a justifié sa décision en s’appuyant sur le règlement intérieur. Le groupe LFI local conteste l’interprétation faite par la Ville et dénonce une « censure politique déguisée en prétexte administratif ».
La place grandissante de la religion
Dès ses premières semaines de mandat, le maire de Castres a inscrit à l’agenda municipal la « Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme », un personnage historique depuis longtemps abandonné à l’extrême droite par les autres forces politiques. Peu après, la mairie a changé le logo de la commune pour le remplacer par le blason historique portant comme devise « Être toujours Debout pour le service de Dieu et de leur Roy ».
Florian Azema a également recruté ces deux plus proches collaborateurs dans les milieux catholiques rigoristes : Xavier Fruleux, au poste de directeur de cabinet, et Foulques de Ledinghen, comme directeur général adjoint des services (aujourd’hui passé DGS), tous deux proches de la Fraternité Saint Pie‑X, que le ministère de l’Intérieur classe parmi les groupes faisant l’objet de vigilance pour « dérives sectaires ».
Comme le détaillaient France 3 Occitanie et Mediacités, Xavier Fruleux entretient également des liens forts avec la galaxie de Pierre‐Édouard Stérin ; ce milliardaire d’extrême droite qui mène un projet politique au service d’une vision chrétienne conservatrice de la société. Interrogé à ce sujet, le maire assure les avoir recrutés pour leurs compétences et leur expérience.
Cet été, un autre épisode est venu prouver la prépondérance du catholicisme pour la nouvelle municipalité. Lors du défilé du 14 Juillet, un représentant du clergé catholique local a été invité à figurer au premier rang, aux côtés de Florian Azéma. En habit clérical, il apparaissait à droite du maire sur les photographies officielles que l’élu a lui‐même publiées sur ses réseaux sociaux.
Pour Paul Collin, porte‐parole de la Ligue des droits de l’Homme, dans le Tarn, ce choix pose question : « Le maire est en droit d’inviter des représentants religieux à des cérémonies officielles. Néanmoins, il ne doit favoriser aucun culte. Si les textes ont été respectés, l’esprit de la loi, quant à lui, ne l’a pas été : le représentant religieux a été placé au premier rang, à côté du maire. Symboliquement, c’est le respect de la laïcité et les fondements républicains qui sont mis en cause. »
Cet article fait partie du projet « On a déjà essayé ». Sept médias locaux indépendants – Le Poulpe (Normandie), Made In Perpignan, Marsactu (Marseille), Mediacités, Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg – s’unissent pour enquêter sur les municipalités d’extrême droite avant la présidentielle.
