Des invectives édifiantes dans la bouche d’un édile. Dans une vidéo publiée lundi par le média Vakita, Yves Foulon, maire sortant Les Républicains de la ville d’Arcachon en Gironde s’en prend verbalement très violemment à son concurrent écologiste Vital Baude. La scène a lieu le dimanche 15 mars, dans la matinée du premier tour des élections municipales, devant un bureau de vote. Des insultes et des menaces distinctement prononcées (“Je vais vous baiser”, “Vous êtes une merde”...) sont captées par la caméra et le micro-cravate posé par Stéphane Scotto, documentariste qui suivait la campagne de Vital Baude. Hors-champs, une gifle est également dénoncée par le candidat Les Écologistes.
Lors de l’échange, Yves Fallon reproche à Vital Baude “d’avoir mis sa maison sur [une] publication” pendant sa campagne. L’édile fait référence à la Villa Salesse, une demeure emblématique de la ville d'Arcachon où le peintre Dali et sa muse Gala ont séjourné. Construite en 1854, celle-ci a été rachetée par Yves Foulon et son demi-frère, avant d’être détruite pour travaux.
Si Yves Foulon est réélu le soir même avec 66,51 % des voix, la publication de la vidéo marque le début d’une polémique. Simon Barthélémy, journaliste à Rue89 Bordeaux, éclaire pour La Presse libre les tenants et les aboutissants possibles de l’affaire
— Qui est Yves Foulon, le maire d'Arcachon ?
Maire inamovible depuis 2001 dans la très droitière Arcachon, Yves Foulon a également été le dernier député Les Républicains de la Gironde de 2012 à 2017, avant d’être battu par la macroniste Sophie Panonacle. Ce cadre du parti, d’abord sarkozyste, a soutenu en 2016 François Fillon pendant la primaire de la droite contre Alain Juppé – selon les mauvaises langues, ses troupes auraient même sifflé le maire de Bordeaux lors d’un meeting sur ses terres pendant cette campagne. Il dirige par ailleurs le SIBA (syndicat intercommunal du Bassin d’Arcachon), au cœur du scandale des eaux usées qui s’étaient déversées en 2023 dans la lagune, contaminant les huîtres et des consommateurs.
À Arcachon, l’opposition est très faible – seulement quatre élus sur 33 dans le précédent conseil municipal, cinq dans le nouveau (dont 2 RN, qui monte en puissance sur le Bassin). Son chef de file à gauche est l’écologiste Vital Baude, qui, avec d’autres associations de défense de l’environnement dénonce particulièrement l’urbanisation galopante du Bassin, et la prime donnée au tourisme au détriment du logement des habitants (social, notamment). De nombreuses procédures judiciaires ont visé le SCOT(schéma de cohérence territorial), le document d’urbanisme référence, qui malgré la pression forte sur les milieux valide la construction de 30 000 nouveaux logements.
— La destruction de la Villa Salesse, est-elle le seul centre de conflit entre les deux hommes politiques ?
Elle est moins au centre des conflits sur ces sujets qu’un autre dossier emblématique de la préservation du patrimoine, celle de l’ancien aquarium, revendu par l’université de Bordeaux et qui a failli être rasé pour laisser place à un hôtel de luxe. Mais Vital Baude a repris le cas de cette villa car elle appartient à Yves Foulon, et illustre les libertés prises par certains avec les règlements d’urbanisme (à l’instar de constructions illégales avérées et de démolitions ordonnées par la justice ailleurs sur le bassin). S’il n’a à ce stade rien fait d’illégal concernant la Villa Salesse, le maire se retrouve en effet dans un potentiel conflit d’intérêt, le conseil municipal qu’il préside ayant validé des permis de démolir et de construire, et cette démolition ayant été faite sans respecter le PLU (plan local d’urbanisme), imposant le respect d’éléments remarquables du bâti. C’est sur ce fondement que l’ASSA (association de sauvegarde du site d’Arcachon) compte porter plainte contre X.
— La vidéo a été tournée le jour du premier tour des élections municipales. Yves Foulon venait juste d'être réélu. Quelles sont les suites possibles après la diffusion de cette vidéo ?
Le parquet a rapidement annoncé qu’il ouvrait une enquête pour les chefs d’injures non publiques, violences et menaces de commettre un crime ou un délit envers un élu public. Cette dernière infraction est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende quand cette menace est proférée à l'encontre d'une personne investie d'un mandat électif public.
Le maire élu, qui s’est excusé de ses propos tout en criant au complot, doit prochainement être investi par le nouveau conseil municipal. Il n’entend pas démissionner, et ne devrait pas y être poussé ni par sa majorité, ni par son parti, malgré les demandes de la gauche.